About this Recording
8.223500 - ALKAN, C.-V.: Etudes, Opp. 12 and 76 (Martin)
English  French 

Charles-Valentin Alkan (1813-1888)

Charles-Valentin Alkan (1813-1888)

 

Mieux connu depuis quelques disques récents et une monagraphie qui lui fut consacrée en 1991, Charles Valentin Alkan (1813-1888) demeure encore l'un des grands inconnus de l'Histoire de la musique. Homme terriblement secret il abandonna la carrière de virtuosi pour se consacrer à l'étude de la Bible et à la méditation-, promoteur infatigable du piano à pédalier et de la musique des anciens maltres, ami de Liszt et surtout de Chopin, Alkan a presqu'exclusivement composé pour le piano. Les oeuvres qui sont gravées ici appartiennent toutes au genre romantique de l'etude de virtuosité ou de bravoure, un genre que Liszt, surtout, a brillamment illustré - Chopin, Schumann et Brahms l'ont aussi abordé. Chez Alkan comme chèz Liszt, il s'agit avant tout de transcender la matière musicale qui est par définition limitée, de dépasser les capacités habituelles de l'homme et de la machine, de créer une entité nouvelle qui confonde le pianiste et son piano.

 

En réalité, le genre de l'étude de virtuosité, bien qu'il se soit principalement développé dans les salons de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie, est né en même temps que la première révolution industrielle. Cette musique, inséparable de son époque, trahit une profonde confiance en l'avenir et dans le progrès; elle annonce un temps que l'homme sera délivré des contraintes matérielles grâce aux machines.

 

Une grande confusion rêgne parfois dans les titres des oeuvres d'Alkan. Parues en 1837, les Trois improvisations dans le style brillant sont aussi désignées par le compositeur comme le premier livre de ses Douze Caprices. Ce sont trois études de bravoure qui investissent la totalité du clavier et qui donnent l'illusion d'un super-instrument (ou mieux, d'un pianiste qui serait pourvu de trois ou quatre mains). On nage ici dans la virtuosité à l'état pur et cette prouesse sportive qui s'exhibe, sans sentiment, est à l'image du romantisme militant de l'époque.

 

Publié en 1844, Le Preux opus 17 va encore plus loin dans cette direction. Infatigable superposition de polyphonies, de traits vertigineux et d'accords plaqués, cette étude de concert donne le tournis, au pianiste (preux chevalier du clavier qui ne doit reculer devant rien) autant qu'à l'auditeur. Beaucoup plus étonnante encore, l'étude pour piano qui s'intitule Le Chemin de fer opus 27 et qu'Alkan fit paraltre en 1844, l'annee même où Turner peignit son célèbre Vent, vaneur, vitesse. Dans Le chemin de fer, Alkan, qui en 1829 déjà avait dédié aux omnibus une série de variations, célèbre ici la machine à vapeur, sa vitesse incroyable pour l'époque, ses rouages et le rythme qu'ils engendrent, mais aussi ses dangers - Berlioz et Saint-Saëns ne renieront pas d'ailleurs cette thématique, bien avant les compositeurs soviétiques.

 

Dans les Trois grandes études pour les deux mains séparées et réunies (opus 76), Alkan exploite (avant Brahms, Saint-Saëns, Ravel ou Godowsky) ce qu'on pourrait appeler la division du travail. Le tour de force pianistique consiste, dans les deux premières pièces, a donner l'illusion d'une polyphonie large et pleine, avec une seule main d'abord la gauche, puis la droite!

 

Dominique Druhen

 


Close the window