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8.225105 - LINDBLAD: Symphonies Nos. 1 and 2
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Adolf Fredrik Lindblad (1801–1878): Les Symphonies

 

La vie musicale en Suède au début du dix-neuvième siècle n’était guère florissante. Le désintéressement du roi Gustave IV pour les arts et la musique—àl’encontre de son père Gustave III—alla jusqu’à la fermeture de l’Opéra. Mqalgré tout, une activité musicale quelconque subsista et la musique des classiques viennois Haydn, Mozart et Beethoven commençait à être connue.

Dans la quasi-absence d’une tradition symphonique indigène en Suède, seules quelques œuvres bien modestes protant le titre de “sinfonia” avaient été composées au dix-huitième siècle par Roman et Agrell, et davantage par des musiciens allemands immigrés, mais, même le plus conséquent des symphonistes suédois de l’époque, Joachim Nikolas Eggert, est à peine connu des musicologues, et ce, malgré quatre symphonies sui mériteraient une place dans le réertoire international.

En fait le public suédois à cette époque prisait peu la symphonie, même celles de Franz Berwald, à moins qu’elle ne provienne de la plume d’un compositeur étranger. Un compositeur suédois composait par conséquent plutôt des mélodies et des morceaux pour piano.

Le jeune Lindblad apprit à jouer du piano et de la flûte. Pourtant, peu après, son père adoptif, avee les meilleurs intentions, l’envoya à Hambourg apprendre un métier. À son retour il partagea son temps entre le bureau et les leçons de piano, mais, lorsque il s’établit à Uppsala en 1823, il décida de se consacrer entièrement à la musique. Il y prit des leçons d’harmonie, mais aprè un an ou deux il put, grâce à Malla Silverstolpe, veuve de colonel et mécène notable, passer un an à Berlin où il étudia la composition avec Carl Friedrich Zelter, nouant les liens d’une amitié chaleureuse avec un autre élève, Félix Mendelssohn, alors âgé de 17 ans.

De retou en Suède en 1827 Lindblad fonda une école de piano à Stockholm, dont il resta le directeur jusqu’en 1861, bénéficiant de l’encouragement de la famille royale. Ce fut au cours des années 1820 qu’il composait les mélodies qui le rendirent célèbre de son vivant et pour lesquelles surtout il est encore connu aujourd’hui. Il en composa plus de 200, dont un tiers avec des paroles de lui-même. Sans utiliser directment la musique folklorique de son pays, ces œuvres sont néanmoins véritablement suédoises.

Très tôt, Lindblad eut le désir de composer une musique de plus grande envergure, et en 1831 il acheva une Symphonie en ut majeur. On joua le premier mouvement cette même année à Stockholm, et la création complète eut lieu au même endroit le 25 mars 1832.

S’inspirant des modèles viennois, cette Symphonie est une œuvre imposante, d’une durée d’environ quarante minutes. Lindblad fait preuve d’une bonne technique et montre qu’il a le sens de la forme et d’une thématique symphonique. L’excellence de son orchestration surprend dans la mesure où, pour autant que l’on sache, il n’eut jamais de leçons formelles en matiÈre d’Écriture pour l’orchestre.

La réception médiocre de l’œuvre par le public de Stockholm incita son ami Erik Gustaf Geijer à se lancer dans une critique accerbe des goûts musicaux en Suède. Par contre, une exécution au Gewandhaus, Leipzig, dirigée par Mendelssohn reçut une trés bonne critique de la part de Robert Schumann, ce qui amena le grand éditeur Breitkopf & Härtel à publier la partition.

Le succès médiocre de son opéra Frondörerna (Les Rebelles) à Stockholm calma son appétit pour la grande forme, et il se contentait àêtre le “père de la mélodie suédoise’, ne négligeant pas pour autant la musique de chambre (entre sept et dix quatuors à cordes, trois sonates pour violon et piano, deux quintettes à cordes, un trio avec piano et des morceauz pour piano solo).

Il fallut bien des années d’efforts de la part de Foroni, directeur du Hovkapellet, pour persuader Lindblad à composer une Seconde symphonie. Ce n’était que le 6 mai 1855 que l’on créa sa Symphonie n° 2 en ré majeur dans un concert qui comportait aussi la Neuvième de Beethoven. Il n’est peut-être pas étonnant que dans un tel contexte la symphonie de Lindblad semblait quelque peu pâle et insignifiante et qu’ausun éditeur ne s’y intéressa. Pourtant, l’œuvre n’est nullement inférieure À la Première symphonie. Sa facture est excellente, ainsi que l’orchestration, et elle marque même un net progrès dans le côle de la forme et la vigueur du contrepoint. Le langage musical n’a rien de particulièrement national, étant toujours imprégné de Mozart et de Beethoven, mais des influences romantiques se remarquent tout aussi clairement, notamment celles de Mendelssohn et de Schumann. Peut-être que la toute fin de la Symphonie vous semblera familière. Ce n’est guère étonnant. C’est du Mozart: l’air de Cherubino du premier acte des Noces de Figaro!


Version française: Jeremy Drake


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