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8.225223 - LUMBYE: Orchestral Works, Vol. 6
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Hans Christian Lumbye (1810-74)

Hans Christian Lumbye (1810-74)

Hans Christian Lumbye, aujourd’hui le plus connu et le plus aimé des compositeurs danois de musique de danse au dix-neuvième siècle, est né à Copenhague le 2 mai 1810. Lorsqu’il était encore enfant, sa famille déménagea en province, car son père, fonctionnaire militaire, fut muté à Jutlande puis à Odense, le futur lieu de naissance de son homonyme Hans Christian Andersen, l’auteur des contes pour enfants.

À Odense Lumbye reçut pour la première fois une véritable instruction musicale et à l’âge de 14 ans devint trompettiste dans la fanfare régimentaire de la ville. L’année suivante il obtint son diplôme de trompettiste attitré, et à 19 ans il retourna dans sa ville natale, où en 1829 il fut engagé comme trompettiste dans la Cavalerie de la Garde. Au cours des années 1830, en parallèle à ce poste, Lumbye était très actif dans le Stadsmusikantorkester de Copenhague (l’Orchestre de la Ville), et ses premières compositions de danse qui nous soient parvenues datent de cette époque.

En 1840 Lumbye fonda son propre orchestre, inspiré par une série de concerts donnée à Copenhague par une association musicale de Steiermark en Autriche. On y entendait pour la première fois en Scandinavie les nouvelles danses de Johann Strauss et de Joseph Lanner.

Le 4 février 1840, avec son premier concert à la Strauss à l’élégant Hôtel Raus à Copenhague (qui deviendra plus tard l’Hôtel d’Angleterre), Lumbye se lança définitivement dans une activité qui fit de lui indiscutablement et pour toute sa vie le premier compositeur de musique de danse au Danemark et en Scandinavie. Trois ans plus tard, lorsque le Tivoli, parc d’attractions aujourd’hui célèbre, ouvrit ses portes à Copenhague, Lumbye trouva une salle permanente pour sa longue et prolifique carrière de directeur de l’orchestre de la salle de concert. Pour cet orchestre il composa quelques 700 danses au cours des trente années suivantes, privilégiant par dessus tout la polka, la valse et le galop — ce dernier devenant presque synonyme avec lui. Mais ce fut dans ses nombreuses fantaisies orchestrales et dans plus de 25 ballets-divertissements que Lumbye révéla sa véritable maîtrise.

Dans ses meilleures œuvres, ses orchestrations possèdent un son caractéristique de Copenhague, lyrique, presque innocent, qui est très différent du ton plus passionné de l’orchestre des compositeurs viennois. Lumbye fait souvent accompagner les violons par la sonorité limpide des flûtes, alors que Johann Strauss, par exemple, aimait que les lignes mélodiques aux cordes soit renforcées par des instruments plus sonores comme le hautbois ou la clarinette. Lumbye forgea un son orchestral plus brillant et plus léger que celui des Viennois, grâce à son emploi du jeu de timbres, du triangle et des cuivres.

Une longue série de tournées à l’étranger, à Hambourg, à Berlin, à Vienne, à Paris, à Saint Petersburg et à Stockholm, consacra le renom de Lumbye, mais il n’abandonna pas pour autant son poste au parc d’attractions, où son personnage jovial est resté un élément populaire dans le monde de la musique et du spectacle, jusqu’à sa mort survenue le 20 mars 1874.

L’importance de H. C. Lumbye au 19ème siècle pour la création d’une large culture musicale populaire en Europe du Nord ne peut guère être exagérée, mais son importance réside surtout dans le fait que ses innombrables mélodies de danse ont pu garder leur fraîcheur et leur intégrité artistique jusqu’à nos jours.

Knud Arne Jürgensen

Traduction: Jeremy Drake

L’œuvre intégrale pour orchestre Vol. 6

[1] Le 5 juin, Marche (Marche d’Entrée) (1853)

Le 5 juin 1853, la nouvelle constitution du Danemark entra enfin en vigueur. Pour célébrer cet événement national, Lumbye fournit toute une série de danses festives. Le 3 juin 1853, il composa une Marche Festive du 5 juin (également connue sous le titre de Marche d’entrée) qui fut créée lors d’un concert à Tivoli à l’occasion du Jour de la Constitution. La marche fut rejouée l’année suivante à Eremitagesletten, sous la forme d’une marche des citoyens chorégraphiée par Auguste Bournonville à l’occasion du cinquième anniversaire de l’élaboration de la Constitution. Les autres danses ´ constitutionnelles ª de Lumbye datent des années 1859, 1861 et 1865. Chacune montre l’envergure de Lumbye dans les célébrations des grands événements nationaux.

[2] La Valse du petit prince Christian Carl (1871)

En 1871, pour rendre un hommage musical au prince Carl Christian, qui allait bientôt avoir un an, et qui, bien des années après, allait devenir roi sous le nom de Christian X, Lumbye composa une petite suite de valses sans prétention, La Valse du petit prince Christian Carl. Ce qu’on appelle ´ l’entrée ª est suivie de quatre autres valses, et l’œuvre se termine avec une reprise de la première valse. Tout comme dans bien d’autres danses de Lumbye, le glockenspiel joue un rôle important dans l’orchestration. Créée lors d’un concert public à Tivoli le 14 mai 1871, cette suite de valses n’est qu’un exemple parmi bien d’autres de l’aise avec laquelle Lumbye fournissait des œuvres fraîches et nouvelles pour marquer les jours importants dans la vie de la maison royale.

[3] Le Rêve du guerrier, fantaisie (1856)

Le programme du Rêve du guerrier, une fantaisie pour orchestre, est tiré d’un poème anonyme en quatre couplets racontant l’histoire d’un soldat qui retourne chez lui après les victoires de la guerre pour retrouver sa fiancée. Se reposant dans un bois, il voit en rêve que sa vie à elle est en danger. Réveillé par ce cauchemar, faisant fi des dangers de la guerre, il se précipite chez lui dans un sursaut d’énergie pour la retrouver. Dans ce ´ tableau sonore ª, titre que Lumbye aimait donner à ses fantaisies orchestrales, il déploie une orchestration d’un grand raffinement pour illustrer la vision du soldat. La partition est truffée d’effets sonores insolites: le bruit d’une enclume, l’éclat de la tonnerre, l’appel du rossignol… Par bien des aspects, l’œuvre suit la forme de la fantaisie orchestrale élaborée par le compositeur en 1846 dans Tableaux de rêve. Créée lors d’un concert à Tivoli le 1er juillet 1856, l’œuvre fut publiée en septembre de la même année dans une version pour piano accompagnée par le texte du programme.

[4] Des Égards pour les Frédériciens, Galop (1861)

Le galop Des Égards pour les Frédériciens fut composé à l’intention du grand nombre de provinciaux venus à la capitale au courant de l’été 1861, et qui, avec d’autres, se sont rendus à Tivoli. À cet occasion, une grande délégation de citoyens de la cité-forteresse Fredericia assista à la création de ce galop, composé en leur honneur, lors d’un concert à Tivoli le 7 août. Le début de l’œuvre cite une chanson patriotique de Peter Faber et de J. O. E. Hornemann qui était immensément populaire en 1848, Dengang jeg drog af sted (ici jouée pianissimo). Cet air bien connu est suivi d’un galop joyeux et optimiste, d’un caractère et d’une instrumentation typiques du compositeur.

[5] Fleur de la récolte#, Polka, Op. 208 (1856)

Fleur de la récolte, polka brève et bien féminine, est une des rares danses de Lumbye à porter un numéro d’opus. D’un ton charmant et lumineux, la polka est un exemple typique du style léger, presque chaste, de la musique de danse de Lumbye. Dans le cas actuel, il s’agit d’un simple air de polka qui revient fréquemment pendant la danse. Composée le 7 mars 1856 pour un des premiers concerts de la saison à Tivoli, l’œuvre fut créée le 12 mai de la même année et publiée le mois suivant dans une version pour piano.

[6] Valse ´ Tristesse ª (La résignation) (1844)

Tristesse, une suite de valses, démontre bien l’habileté précoce de Lumbye en matière d’orchestration. En effet, ce ne fut que plus tard qu’il permit à des membres de l’orchestre ayant toute particulièrement sa confiance d’entreprendre cette tâche à sa place. La suite ouvre avec une délicate introduction en pizzicato, suivie d’une cadence longue et très distinctive pour clarinette solo. S’ensuivent cinq mouvements de valse, et la suite se termine par un final exceptionnellement long qui comporte des reprises de la première valse et certaines sections de la troisième. La valse, créée à Tivoli le 3 juin 1844, remporta un très grand succès, se répandant vite à l’étranger, surtout en Suède et en Allemagne, où elle fut publiée respectivement en 1845 et en 1846 dans plusieurs versions pour piano.

[7] Écho des dieux anciens à

l’Île de Tivoli, Galop (1844)

Écho des dieux anciens à l’Île de Tivoli fait partie d’une série de galops, chacun l’évocation d’un endroit dans le parc d’attractions de Tivoli. C’est également une des œuvres les plus insolites dans son genre, représentant les dieux grecs du chant et du vin entourés des Muses et des Grâces, menant grand train ensemble dans l’Île de Tivoli. Leur présence dans le parc crée un enthousiasme et un ravissement en constante progression, et même un Vulcain revêche doit s’y mettre en battant la mesure sur une enclume dans un galop bachique. Lumbye voulait encourager le public à acheter des billets pour se rendre dans l’île, et il y réussit avec ce galop créé lors d’un concert gratuit donné à Tivoli le 9 juin 1844, sous le titre Divertissement musical.

[8] La Polka de la princesse Thyra (1871)

La Polka de la princesse Thyra fut composée pour la fille du roi Christian IX, la princesse Thyra, alors âgée de dix-huit ans, qui épousa par la suite le duc allemand Ernst August de Cumberland. L’œuvre fut publiée dans une version pour piano en mars 1871, avant d’être orchestrée et exécutée lors d’un concert public à Tivoli le 5 mai 1871. De ton vif, presque brusque, la danse est un bel exemple des capacités intarissables du compositeur pour rendre hommage aux membres de la Maison Royale par une musique à la fois belle et personnelle.

[9] Nuit de fête à Tivoli,

Divertissement musical (1861)

En 1861, vers la fin de l’été, plusieurs délégations de citoyens originaires des provinces danoises se rendaient à Tivoli. Lors d’un concert de gala organisé pour l’occasion, Lumbye composa un divertissement musical nouveau pour les visiteurs, Nuit de fête à Tivoli, tableau sonore de la vie du lieu. L’œuvre, créée lors d’un concert le 21 septembre, est tout à fait caractéristique, comportant de nombreuses citations du riche répertoire musical du théâtre pantomime, ainsi que plusieurs comptines danoises, telles que Danser, danser ma poupée, et des extraits des musiques de ballet les plus en vogue à l’époque, par exemple, le galop du premier acte de Giselle. Du lyrisme d’une évocation pastorale au violoncelle solo et à la clarinette solo, jusqu’à quelques mouvements délicieux de danse, Lumbye présente une atmosphère riche, marquant bien des changements d’humeur dans le Jardin de Tivoli par le moyen d’une musique très variée. Ce divertissement musical se termine avec un dernier galop, sauvage, presque à la Offenbach. L’œuvre remporta rapidement un grand succès auprès du public, s’intégrant également au répertoire des concerts d’hiver organisés par Lumbye au Théâtre Casino, où elle fut créée le 29 janvier 1862.

[10] La Polka de la Señora Ysabel Cuba (1861)

Parmi les nombreux danseurs espagnols invités dans les théâtres privés à Copenhague au cours des années 1850 et 1860 figuraient Señora Ysabel Cuba et Señor Ximenes. Ils se produisaient ensemble au Théâtre Casino pendant la saison d’hiver de 1861 dans de nombreux pas de deux espagnols ainsi que dans des solos accompagnés par l’orchestre de Lumbye. S’inspirant du grand succès d’Ysabel Cuba auprès du public de Copenhague, Lumbye, le 23 janvier 1861, écrivit pour elle cette belle polka pleine d’entrain, hommage musical et personnel. La polka, qu’Ysabel Cuba ne dansa jamais sur scène, fut créée le 2 février 1861. C’est une des plus brillantes démonstrations de l’orchestration de Lumbye dans sa musique de danse.

[11] Valse ´ Pomone ª (1853)

Pomone était une déesse romaine, patronne du jardinage, à qui on sacrifiait des fleurs et des fruits. Elle figure dans les Métamorphoses d’Ovide sous la forme d’une nymphe habillée de fleurs, protégeant ses fleurs et ses arbres bien-aimés. Nul doute que la belle orchestration et la richesse de cette suite de valses en l’honneur de la déesse fut inspirée par la magnificence et la splendeur des fleurs dans le Jardin de Tivoli, mais, à l’origine, la suite fut composée pour un divertissement nocturne au Théâtre de la Cour, où elle fut créée le 4 octobre 1853.

[12] Galop ´ Tivoli Gondola ª (1843)

Au Lac de Tivoli on pouvait acheter un billet pour un voyage en gondola. Lumbye évoqua cet agrément populaire dans un galop, qui, après une section initiale maestoso, présente une section lyrique pour violon solo et orchestre avant d’arriver au galop lui-même, qui est presque un mouvement de caractère, comportant deux sections pour respectivement violon solo et clarinette solo, la dernière écrite à l’origine pour un czakan (une sorte de flûte-bâton), instrument très répandu à l’époque. L’œuvre fut créée lors d’un concert à Tivoli le 1er septembre 1843, et peu après fut publiée dans une version pour piano dans une collection de galops pour Tivoli tous composés par Lumbye.

[13] Polka ´ Pepita ª (1858)

La Polka ´ Pepita ª fut composé en tant qu’hommage personnel à la célèbre danseuse espagnole Pepita de Oliva, qui remporta un grand succès au Théâtre Casino à Copenhague pendant l’été de 1858. La sensualité de ses danses espagnoles fit sensation dans la capitale auprès d’un public plus habitué au caractère réservé du style chorégraphique d’August Bournonville. Lumbye rendit hommage à la danse de Pepita et à son succès immense au Théâtre Casino en lui écrivant cette belle et délicate polka, qui, d’après ses propres annotations dans la partition originale, fut terminée à deux heures trente du matin le 19 août 1858. La polka fut créée lors d’un concert public à Tivoli seulement deux jours plus tard, le 21 août.

[14] Galop des Frères jurés nordiques (1862)

Sous l’influence des tentatives de l’époque de créer une union scandinave, et à l’occasion des rencontres des étudiants nordiques qui eurent lieu à Copenhague pendant l’été de 1862, Lumbye composa ce Galop des frères jurés nordiques, créé lors d’un concert public à Tivoli le 16 juin de la même année. L’œuvre est un exemple typique de la musique de fête nationale de Lumbye, et inclut les hymnes nationaux des pays scandinaves. Ce galop très apprécié fut publié pour piano dans différentes versions dans tous les pays de scandinaves.

Traduction: Jeremy Drake

d’après Henrik Rørdam


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