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8.550792 - BALAKIREV: Symphony No. 1 / Islamey / Tamara
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Mili Balakirev
Symphonie no°1, Islamey (orch. Liapounov), Tamara


Mili Balakirev (1837- 1910) n'est certes pas le compositeur le plus important de la seconde moitié du XIXème siècle russe, pourtant il est impossible de tracer un portrait de cette période sans évoquer celui qui naquit à Nijni-Novgorod le 2 janvier 1837. Comme certains des musiciens qu'il rassembla par la suite autour de lui, Balakirev acquit l'essentiel de ses connaissances musicales en autodidacte, dévorant partitions et livres dans la bibliothèque d'A.D. Oubilichev, un amateur fortuné. C'est par l'intermédiaire de ce dernier qu'il rencontra Glinka en 1955. L'auteurd'une Vie pour le Tsarlui prodigua force encouragements. Balakirev, qui menait parallèlement des études scientifiques, décida alors de se consacrer uniquement à son art. Il connaissait déjà César Cui quand, en 1856, il fit la rencontre d'un musicien de 17 ans: Modeste Moussorgsky. Le processus de formation du Groupe des Cinq était désormais amorcé et s'acheva en 1862, lorsque Alexandre Borodine et Nicolaï Rimski-Korsakov les eurent rejoint. Dans les premières lignes de Ma Vie Musicale, son autobiographie, ce dernier évoque Balakirev en ces termes: "(II) a produit sur moi une forte impression dès notre première rencontre. Excellent pianiste, jouant tout parcoeur, il avait des pensées hardies et neuves et un talent de compositeur que je vénérais."

Vénération, le mot n'a rien d'excessif pour décrire l'influence qu'il exerçait sur les autres membres du groupe. Et Rimski de renchérir: "Balakirev s'attacha fortement à moi (...). Si Balakirev m'aimait comme un fils et un élève, j'étais moi, tout épris de lui. A mes yeux, son talent dépassait toutes les limites du possible et chacune de ses paroles m'apparaissait comme la vérité absolue".

L'oeuvre de Balakirev apparaît relativement réduite. Le futur auteur de Shéhérazade nous en fournit l'explication: "Chose étrange, la fécondité et la rapidité de production n'étaient nullement approuvées par Balakirev qui possédait pourtant au plus haut degré le talent d'improvisation. De fait, il y avait là quelque chose d'énigmatique. Balakirev, prêt à tout moment à exercer sa fantaisie avec un goût parfait sur n'importe quel thème de lui ou d'un autre; Balakirev qui saisissait instantanément les défauts de composition et qui indiquait immédiatement comment il fallait continuer telle partie ou éviter telle tournure; Balakirev, dont le talent de composition éclatait au yeux de tous, ce même Balakirev composait avec une excessive lenteur et après mûre réflexion".

Les deux oeuvres originellement conçues pour orchestre incluses dans ce programme offrent un bon exemple de cette lenteur évoquée par Rimski. En effet, l'élaboration de la première Symphonie en ut majeur débuta en 1864 pour ne s'achever qu'en 1897. C'est Balakirev qui en conduisit la création, à Saint­-Petersbourg, le 11 avril de l'année suivante. L'oeuvre obéit à une coupe classique en quatre mouvements. L'Allegro vivo initial est précédé de quelques mesures introductives notées largo où le compositeur expose un bonne partie du matériau thématique dont il fera usage par la suite. Le deuxième mouvement, Scherzo, superpose une mélodie, chantée par le cor anglais et le hautbois, aux dessins légers et nerveux des cordes. Dans le trio, un motif très lyrique se fait entendre.

L'Andante qui suit se singularise par son caractère nocture et calme et les accents orientalisants de la clarinette. Mais c'est néanmoins dans le mouvement conclusif, Allegro moderato, que Balakirevdonne le meilleur de lui-même. Apartir de thèmes d'origine populaire, il parvientà une page étonnante, caractérisée par son écriture puissante et sa débauche de couleurs.

Des qualités qui appartiennent aussi, ô combien!, au poème symphonique Tamara. Comme celle de la Symphonie n °1, sa gestation fut longue puisque, entamé en 1867, il ne fut créé que le 7 mars 1883 à Saint-Petersbourg, sous la direction du compositeur. Cette pièces s'inspire d'un poème de Michel Lermontov intitulé le Démon qui met en scène la princesse Tamara. Sous-titré "conte oriental", ce texte est à l'origine d'une partition qui impressionna Rimsky­ Korsakov. La parenté existant entre lethème de Tamara, exposé par la clarinette et celui de Shéhérazade en fournit la preuve. L'argument dont s'inspire Balakirev est le suivant: "Déchu, morose, solitaire / A jamais de l'Eden exclu", le Démon survole la terre. Soudain dans un chateau construit sur une colline surplombant le fleuve Terek, il aperçoit la princesse Tamara qui pleure la mort de son fiancé. Lajeune femme prend peuretse réfugie dans un couvent où le Démon la suit. Peu à peu il vient à bout de sa méfiance et la séduit. "D'une lèvre ardente", il "effleure sa bouche tremblante" et finalement "Avec Tamara il s'élance/ Etdisparait dans les hauteurs"...

En 1869, Balakirev composa Islamey, une page parmi les plus redoutables de toute le littérature de piano. Serge Liapounov (1859 -1924) - pianiste virtuose et compositeur, très lié à Balakirev à partir de 1885 - fut séduit par l'exotisme de cette Fantaisie orientale, où le compositeur utilise des thèmes d'origines caucasienne ou arménienne avec un sens de la couleur éblouissant, et décida d'en réaliser une transcription pour orchestre, rarement exécutée, que l'on découvrira dans ce programme.

@ 1994 Frédéric Castello


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