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8.553099 - SCHUBERT: Piano Sonatas, D. 845 and D. 568
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Franz Schubert

Franz Schubert

Sonates pour piano / Jenö Jandó

Sonate en la mineur Op.42, D.845

[1] Moderato [2] Andante, poco mosso [3] Scherzo: Allegro vivace [4] Rondo : Allegro vivace

Sonate en mi bémol majeur Op.122, D.568

[5] Allegro moderato [6] Andante molto [7] Menuetto: Allegretto [8] Allegro moderato

 

Fils d'un maître d'école, Franz Schubert vit le jour à Vienne en 1797 et passa l'essentiel de sa courte vie dans cette ville. Ses parents, toutefois, n'étaient pas originaires de Vienne ; venu de Moravie, son père s'y était installé en 1783 — rejoignant alors son frère, lui-même maître d'école dans le faubourg de Leopoldstadt — et y avait épousé en 1785 une femme originaire de Silésie qui devait lui donner quatorze enfants : Franz était leur douzième enfant, le quatrième seulement à dépasser l'enfance. Il commença à apprendre le piano à l'âge de cinq ans, avec l'aide de son frère Ignaz, de douze ans son aîné, puis trois ans plus tard débuta l'étude du violon tout en étant choriste à l'église de Liechtental. À la suite de quoi il tenta, sur recommandation d'Antonio Salieri, d'intégrer la Chapelle impériale : il y fut admis en octobre 1808 comme choriste, ce qui lui permettait de poursuivre ses études générales à l'Akademisches Gymnasium et d'être interne au Stadtkonvikt — son éducation future était ainsi assurée.

Durant ses années d'études, Schubert noua des relations amicales qui devaient l'accompagner jusqu'à la fin de sa vie. Sa voix ayant mué en 1812, on lui proposa, ainsi que l'on pouvait s'y attendre, une bourse lui permettant de poursuivre ses humanités ; Schubert préféra toutefois suivre la formation de maître d'école primaire cependant qu'il consacrait de plus en plus de son temps à la musique et, en particulier, à la composition, art dans lequel il avait déjà abondamment œuvré. En 1815, il fut en mesure de rejoindre son père comme maître d'école assistant mais ne manifesta ni grande aptitude ni beaucoup de goût pour ce travail. Il avait toutefois conservé ses anciennes amitiés du temps du Konvikt auxquelles de nouveaux liens étaient venus s'ajouter. Ayant rencontré en 1816 Franz von Schober, il accepta l'invitation de ce dernier à partager son appartement, arrangement qui le dispensait d'avoir à gagner sa vie à l'école. En août 1817, il revint dans sa famille lorsque Schober eut tout à coup besoin de sa chambre pour son propre frère mourant, reprenant, momentanément, sa place à l'école. Il passa une partie de l'été suivant à Zseliz, en Hongrie, comme maître de musique des deux filles du comte Johann Carl Esterházy von Galánta, puis rentra à Vienne où il logea avec un nouvel ami, le poète Johann Mayrhofer, situation qui se poursuivit jusque vers la fin de l'année 1820, après quoi Schubert vécut seul durant quelques mois, désormais en mesure d'acquitter lui-même un loyer.

Il semble que Schubert ait été à cette époque sur le point de remporter de beaux succès en tant que compositeur et musicien. Grâce à ses amis, en particulier Johann Michael Vogt, un chanteur plus âgé, camarade d'école de Süssmayr, l'élève de Mozart, mais aussi de Leopold von Sonnleithner et de bien d'autres encore, sa musique commençait à toucher un plus vaste public. Si sa collaboration avec Schober pour un nouvel opéra ne fut pas retenue par l'Opéra de la cour, son nom en tant que compositeur œuvrant dans bon nombre d'autres domaines musicaux finit par être reconnu au-delà de son seul cercle d'amis. Il logea ensuite, une fois de plus, chez les Schober, en 1822 et 1823, et c'est à cette époque que sa santé commença de se détériorer, à la suite d'une infection vénérienne alors incurable. La maladie devait assombrir le restant de ses jours et fut cause de sa mort prématurée. On a voulu y voir une conséquence directe du mode de vie dissolu dans lequel Schober l'avait entraîné et qui, durant un certain temps, le coupa de certains de ses anciens amis. Les années qui suivirent furent également ponctuées de retours intermittents vers la maison paternelle, depuis 1818 dans le faubourg de Rossau, cependant que sa propre vie sociale ce concentrait le plus souvent sur sa propre production musicale et son intense activité de compositeur. C'est en février 1828 que fut donné à Vienne le premier concert public consacré à sa musique, entreprise qui sur le plan financier se révéla fructueuse, lui permettant ainsi de passer l'été avec divers amis, dont Schober, avant son installation, en septembre, dans le faubourg de Weiden où il devait résider avec son frère Ferdinand — et l'espoir de voir sa santé s'améliorer. N'ayant alors nullement ralenti ses nombreuses activités sociales, on peut douter qu'il ait pressenti l'imminence de sa mort. Néanmoins, vers la fin du mois d'octobre, il fut pris d'un malaise à l'heure du dîner et son état ne cessa de s'aggraver durant les jours qui suivirent. Il mourut le 19 novembre.

Durant les dernières années de la vie Schubert, les éditeurs avaient commencé de manifester leur intérêt pour son œuvre. Il avait répondu à différentes commandes pour le théâtre et comblé ses amis de lieder, de pièces pour piano et de musique de chambre. C'est avant tout grâce à ses lieder que Schubert s'acquit une durable renommée, sa contribution dans ce domaine étant aussi remarquable en qualité qu'en quantité, Schubert ayant mis en musique nombre de poètes majeurs ou mineurs, juste reflet des intérêts littéraires d'une période donnée. Son don créatif en matière de mélodie aussi bien adéquate que réellement chantante se retrouve dans presque tout ce qu'il composa.

C'est au cours du printemps 1825 que Schubert à nouveau se tourna vers la sonate pour piano. L'une des sonates qu'il commença à cette époque, la Sonate en ut majeur D.840, demeura inachevée — il semble que le finale ait été source de difficultés. Elle fut publiée en 1861 et alors dotée du titre fort explicite de Reliquie. Il y avait eu, durant cette période difficile, des disputes entre les amis de Schubert à la suite des fiançailles secrètes de Schober avec la sœur de l'un d'entre eux, cependant que sa santé demeurait bien précaire. Après avoir passé les premières semaines de cette année-là dans sa famille, Schubert, en février, déménagea et vint s'installer tout près de chez son ami Moritz von Schwind. Ce fut durant cette période que la Sonate en la mineur D.845 fut achevée, avant le séjour que le compositeur, en compagnie de Vogl, fit en mai à Steyr. L'œuvre fut publiée en 1826 sous le numéro d'Opus 42, accompagnée d'une dédicace à l'élève et mécène de Beethoven, l'archiduc Rodolphe, cardinal archevêque d'Olmütz. Le premier mouvement s'ouvre sur un motif qui révélera toute son importance dans le cours du développement central. On trouve également un second thème, en ut majeur, suivi d'une brève incursion vers le ton d'ut mineur avant la fin de l'exposition. Le développement explore d'autres tonalités avant que la réexposition ne soit introduite. En ut majeur, le mouvement lent est une suite de cinq variations, aux traits agités de la seconde faisant suite une troisième de caractère dramatique, en ut mineur, débouchant elle-même sur une quatrième en triolets rapides et en la bémol majeur. La tonalité initiale sera réintroduite sur un rythme aimable, toujours en triolets, au cours de la cinquième et dernière variation. Le Scherzo renferme un Trio en fa majeur, ce mouvement étant suivi d'un énergique Rondo.

La Sonate en la mineur fut publiée comme Première grande Sonate en même temps que la Sonate en majeur d'août 1825, également publiée en 1826 avec la mention Seconde grande Sonate. On pense aujourd'hui pouvoir identifier la Sonate en mi bémol majeur D.568, révision de la Sonate en bémol majeur de 1817, inachevée, comme étant la troisième de la série initialement prévue, révisée à cet effet en 1826 — et que devait suivre, en quatrième position, la Sonate en sol majeur D.894. La Sonate en mi bémol majeur fut publiée à titre posthume sous le numéro d'Opus 122. Le matériau thématique offre l'assise d'un premier mouvement empreint d'une atmosphère foncièrement joyeuse bien que non dépourvu de moments dramatiques durant le développement médian. Le mouvement lent, en sol mineur, présente une seconde section d'une intensité toujours croissante, les deux sections réapparaissant ensuite sous une forme plus élaborée. S'ensuit un Menuetto intégrant un Trio en la bémol majeur sur rythme pointé et en parfaite osmose, enchaînant sur un Allegro moderato final, mouvement de forme sonate présentant un second thème en si bémol mineur basculant en tonalité majeure dans la dernière section de l'exposition. Le développement, comme partout ailleurs dans ces sonates, se pare de quelques touches évoquant Beethoven, avant que la reprise des deux thèmes ne donne lieu à une réexposition variée.

Keith Anderson

Version française : Michel Roubinet

 


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