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8.553744 - CLERAMBAULT: Orphee / Leandre et Hero / Sonata Anonima
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Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
Cantates françaises et Simphanies
Parisien, Organiste du Roi, de l' Église Royale de Saint-Cyr, et de l' Église Paroissiale de Saint Sulpice, mort à Paris le 26 Octobre 1749 dans la soixante-douzième année de son âge, inhumé à Saint-Sulpice (...) Il a laissé deux fils qui remplissent avec distinction les places d'organiste qu'il occupait. <

Evrard Titon du Tillet, Vies des Musiciens et autres Joueurs d'Instrument du règne de Louis le Grand L'abbé Ladvocat, érudit de la première moitié du XVIIIe siècle, n'hésite pas, afin de donner encore plus de lustre à la personnalité de Louis-Nicolas Clérambault et accroître le respect que l'on doit tant à l'homme qu'à son art, à souligner que la famille de cet illustre musicien est "attachée au service du Roy depuis Louis XI [1423-1483]". Voilà une affirmation dont les fondements sont bien fragiles mais qui souligne cependant l'extrême renommée dont jouit le musicien. Il est vrai toutefois que la famille Clérambault peut s'enorgueillir d'être au service de la musique des souverains depuis de longues années. Dominique Clérambault (1644-1704), son père, ne jouait-il pas dans la fameuse Bande des Vingt-quatre Violons, connue aussi sous le nom de Grande Bande? Ayant acquis la charge de Louis Bruslard en 1670, il la conserve jusqu'en 1681, Voilà qui ne remonte guère au XVe siècle mais ancre bien la formation dont Louis-Nicolas Clérambault bénéficiera, aux meilleures sources de la musique française du XVIIe siècle. En effet, la Grande Bande a largement contribué à l'évolution de la virtuosité en France et se place à la pointe de la modernité musicale dans la Cour de Louis XIV. C'est en son sein que naît d'abord la notion de "suite", issue de la pratique des enchaînements des Airs de Ballet ou d'airs divers, dont la célèbre forme "d'ouverture à la française" procède. C'est encore en son sein que se développe la forme "sonate", en 1704, qui donnera à son tour naissance à la symphonie.

Fort de cet élan novateur qui anime la musique française depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, même si la pesanteur de la fin du règne de Louis XIV fige un peu les traditions, mais surtout fort d'un répertoire de formes et de manières dont il est nourri par son père violoniste, Louis Nicolas Clérambault complète ce savoir auprès des organistes Jean-Baptiste Moreau et André Raison. Avec le premier, il acquiert une sévérité de style dont l'origine s'explique sans doute par les liens unissant J-B. Moreau à l'institution de Saint-Cyr, fondée par la très dévote et austère Madame de Maintenon. Là, il apprend aussi bien l'art de la composition de graves cantiques, inspirés par l'œuvre de Racine alors tourné vers le Jansénisme, que des divertissements, intermèdes et chœurs de tragédies, destinés tant aux grands collèges jésuites qu'aux Demoiselles de Saint-Cyr. Avec A. Raison, il trouve la continuation de la tradition de Nivers, jouant de toutes les richesses de l'orgue par des registrations colorées et le goût de subtilités rythmiques que ce maître développe dans de belles improvisations. Enfin, Louis-Nicolas Clérambault partage avec Nivers l'orgue de la maison Royale de Saint-Cyr, cet orgue que son maître Moreau avait tenu lors de la fondation de cette Maison en 1686 et auquel Nivers avait succédé. Là, il supervise les leçons de musique données aux pensionnaires. Puis, il est titularisé en 1715, à la tribune de Saint-Sulpice où il succède à Nivers qu'il secondait ici aussi depuis de nombreuses années. Enfin, il est nommé organiste des Jacobins de la rue Saint Jacques en 1720.

Dès 1697, sa position lui permet de publier des Airs. Puis au fil des années, un Livre d'Orgue, un Livre de Clavecin, ainsi que des sonates et des symphonies qui le placent au premier rang des compositeurs de la fin du règne de Louis XIV. Sa renommée s'étend encore lorsqu'entre 1710 et 1726 sont publiés ses Livres de cantates. >

Evrard Titon du Tillet, musicographe du Grand Siècle, témoigne de sa fulgurante ascension:

Clérambault s'est fait connaitre par la savante manière dont il touchait l'orgue; mais ce qui avait le plus contribué à sa réputation, c'est le talent merveilleux qu'il avait pour la musique des cantates, où il excellait: il eut l' honneur d'enfaire chanter devant Louis XIV que sa Majesté entendit avec plaisir: ce prince lui fit donner plusieurs paroles de cantates qu'il mit en musique, et qui furent exécutées dans l' appartement de Madame de Maintenon: ce sont celles qui composent le troisième Livre de son Recueil. Le Roi en fut très satisfait, et le nomma Surintendant des Concerts particuliers de Madame de Maintenon.

Désormais sa carrière est lancée: Saint-Cyr et les tribunes d'orgue parmi les plus fameuses, l'oreille de la Cour... puis le Concert Spirituel. Fondé en 1725, afin d'offrir des concerts "de musique de chapelle" les jours où l'Académie Royale de Musique fait relâche en raison des fêtes religieuses, ce concert accueille dès 1727 des cantates en français en accord avec la solennité des programmes proposés. Celles de Louis-Nicolas Clérambault, qui ne peuvent guère être soupçon nées de légèreté car elles sont régulièrement chantées à Saint-Cyr, rencontrent un vif succès. Dès 1728, Orphée, Léandre et Héro, ainsi que la Musette sont chantées plusieurs fois. L'année suivante, on peut encore applaudir Mademoiselle Antier, de l'Académie Royale de Musique, interpréter de sa voix majestueuse Alphée et Arétuse et >Le Soleil vainqueur des nuages, à-propos" écrit en 1721 pour le rétablissement de la santé du roi. De plus, tous les quinze jours, le musicien donne chez lui, "rue du Four", des concerts particuliers qui atrirent bien des amateurs. Là sont essayées les sonates, "simphonies" et autres pièces instrumentales du maître. Si son activité de compositeur ralentit dans les dernières décennies de sa vie, l'éclat de son renom ne connaît guère de déclin jusqu'à la fin du siècle et ses œuvres les plus fameuses continuent d'être réguliêrement données dans les divers concerts publics.

Les Cantates
Les Cantates de Clérambault sont distribuées en cinq Livres, contenant chacun six ou sept Cantates, dont quelques-unes à deux et même trois voix, avec symphonies: outre ces cinq livres, on en a gravé quelques autres pour des fêtes particuliêres.

Evrard Titon du Tillet, Vies des Musiciens et autres Joueurs d'Instrument du règne de Louis le Grand

La cantate est un genre neuf. Son modèle, d'origine italienne - la cantata - a été introduit en France au tournant des XVIle et XVlIIe siècle. Tout comme sa consœur la sonata, elle est d'abord le jouet d'une coterie férue de musique italienne. Mais elle ne tarde pas à se franciser et à prendre la forme d'une pièce où des récitatifs et des airs variés exposent une brève situation dramatique. Empruntant d'abord au langage de l'allégorie et de l'alerte pantomime les imitations du caractère allègre de la musique italienne, elle ne répond guère aux besoins de la Cour. Son succès est ailleurs, dans les salons, les chambres et les fêtes des riches particuliers. Les Grandes Nuits de Sceaux, instituées pour distraire de ses insomnies la duchesse du Maine, en marquent l'apogée. Mais avec Louis-Nicolas Clérarnbault, la cantate suit une autre pente. Elle se nourrit du grand style des scènes lyriques et se teinte de morale héroïque. Les contemporains ne tarissent pas d'éloge. Orphée, Léandre et Héro sont rapidement regardées comme les modèles d'un genre neuf. La structure alternée est plus souple, les audaces harmoniques et la réelle profondeur des sentiments exprimés par la mélodie donnent soudain des lettres de noblesse à un genre jusqu'alors de pur divellissement. Les cantates de Louis-Nicolas Clérambault frappent par Jeurs qualités expressives mais aussi par les hardiesses rythmiques empruntées aux accents italiens. Dans les airs, comme celui de la tempête de Léandre et Héro, c'est plus particulièrement à Vivaldi que l'on pense, lorsque la violence des éléments et des passions se déchaîne. Toutefois l’effet est si neuf que le critique Daquin n'hésite pas à affirmer que Louis-Nicolas Clérambault 'a trouvé des chants et des expressions qui n'appartiennent qu'à lui et le font regarder comme le seul et vrai modèle."

Suite pour le Clavecin
Le Livre de Clavecin, publié en 1702, ne procède pas du même esprit. C'est le souci de la tradition qui l'emporte ici. Peut-être doit-on y voir dans ces classiques suites, dignes de celles inventées par La Grande Bande quelques décennies plus tôt, une sorte d'hommage à son père vieillissant. Si la forme n'est guère moderne, le style quant à lui ne tombe pas dans la reproduction de poncifs dépassés et s'oriente vers des mélodies gracieuses destinées tant au concert qu'au divertissement. Un beau prélude "non mesuré" débute l'œuvre. Il est issu de la tradition de Louis Couperin, qui voyait dans cette pièce, outre le moyen "d'éprouver la justesse de l'instrument", Un exercice propre "à délier les doigts". Le prélude, tout d'abord entièrement improvisé, se fixe peu à peu au fil du XVII" siècle et, sous l'influence de Louis Couperin, prend les allures d'une pièce très réfléchie à la construction élaborée qui, par son intensité dramatique, introduit et dispose à l'audition de l'œuvre.

Sonates
Au tournant des XVIIle et XVIIIe siècles, la forme sonate, qu'elle soit destinée à un seul ou plusieurs instruments, est sous l'influence de Corelli (1653-1713) et de François Couperin (1668-1733) qui allie le lyrisme italien au "génie français". Elle observe une structure le plus souvent en quatre mouvements où la primauté de la mélodie est confiée aux dessus qui répondent aux graves d'un accompagnement encore très contra-puntique. De même qu'il a adopté la cantate italienne, jusqu'à lui donner une vie "à la française", Louis Nicolas Clérambault s'intéresse à la sonate. Il y retrouve un écho moderne des anciennes suites et donne au modèle italien un souffle personnel sans toutefois aller, comme il le fait pour la cantate, jusqu'à le renouveler. La structure de ses compositions suit le modèle corellien, faisant varier la forme de quatre à six mouvements. Toutefois l'influence de la musique italienne est très diffuse et, là encore, le style de Louis-Nicolas Clérambault, entremèlant facilement des airs de danses, se rapproche du grand style de l'écriture "à la française". Signe d'un moindre succès (?), beaucoup de ses sonates sont restées manuscrites. Désignées sur les manuscrits comme simphonia ou sonata, elle reçoivent par ailleurs des noms plus littéraires, tels l'Abondance, la Félicité, la Magnifique, l'Impromptu... ou énigmatiques, comme l'Anonima. C'est sans doute dans ces sonates que triomphe l'écriture très structurée de Louis-Nicolas Clérambault, témoin de sa formation d'organiste. Parfois, la mélodie des violons semble planer sur un soutien harmonique tout empli de méditation: le style "en imitation", cher aux organistes français - qui confère à la mélodie la poésie d'une épure - donne une intériorité particulière aux mouvements lents; les fugues enfin permettent de vastes mouvements harmoniques qui portent tou jours la marque de la souplesse. Toutes ces sonates débutent par des mouvements lents et s'achèvent sur la vivacité d'un Allegro ou d'une Gigue. Toutefois, rompant cette règle, le mouvement unique de chaconne de la Simphonia à cinq apporte, sur une basse continue qui se répète au long des 230 mesures de cette œuvre, une vision plus saccadée, très animée qui se rapproche plus de l'écriture pour clavier, démonstration brillante d'une parfaite maîtrise technique et d'une science profonde de l'écriture. Mais toujours le climat des œuvres de Louis-Nicolas Clérambault offre le champ d'une méditation que quelques traits mordants, voire amusés, viennent surprendre, comme pour la rendre palpable.

Jean-Yves Patte

Les laboratoires Pharmafarm
Le succès des motets de Heinrich Schütz en Allemagne incita le musicien français Anne Danican Philidor à fonder en 1725 l'institution "Le Concert Spirituel", destinée à interpréter de la musique religieuse. Le Concert Spirituel a donné près de 1300 concerts avant d'être dissout par la révolution en 1790. Cependant, son rayonnement fut si éclatant que son nom est devenu synonyme d'un concert de musique sacrée.

En 1988, le Concert Spirituel renaît sous la baguette d'Hervé Niquet, avec la même vocation que celle de son illustre aîné. Il reprend le répertoire de musique religieuse du XVIII siècle et fait redécouvrir notamment les œuvres de musiciens français un peu oubliés.

Le laboratoire Pharmafarm est heureux d'apporter son aide à cette formation. Les musiciens et les professionels de la santé ont toujours eu des relations étroites en contribuant à l'arnélioration du bien-être de l'ârne et du corps. Pharmafarm se réjouit d'être mécène de cette action de haute valeur morale et culturelle.


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