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8.553755 - BACH, J.S.: Flute Sonatas, Vol. 2
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Jean-Sbastien Bach (1685 -1750)

Jean-Sébastien Bach (1685 -1750)

Sonates pour flûtes

Les sonates pour flûtes deJean-Sébastien Bach furent généralement conçues dans les années 1720-22, entre la publication des Principes de la Flûte Traversière de Jacques Hotteterre en 1707 et le Traité sur la méthode pour jouer de la flûte traversière de Johann Joachim Quantz en 1752, deux ouvrages fondamentaux quant aux techniques et style instrumental de l'époque. La flûte traversière était tenue en haute estime, d'autant plus que son origine antique en avait fait un instrument à part dans l'esprit de la Renaissance :

 

(La flûte) adoulcit les esprits, & penetre dedans les aureilles avec un si gracieux son, qu'elle porte une tranquillité & pacification de tous mouvements jusques dedans l'ame, tellement que s'il est encore demouré en l'entendement quelque ennuy, quelque cure & solicitude que le vin n'ait peu effacer & dechasser, par la grace amiable & doulceur de son chant, elle l'endort & assopit, prouveu qu'elle se maintiene aussi en la mediocrité, & qu'elle ne meuve & ne passionne point l'ame de trop de tons & de passages, lors qu'elle est destrempee & facile à glisser à cause du vin. (Les oeuvres morales & meslees de Plutarque, translatees du grec en françois par Messire Jacques Amyot, Michel de Vascosan, Paris 1572).

 

La flûte traversière, qui avait disparu en Europe avec la chute de l'empire romain, fut réintroduite dans la vie musicale au Moyen-Age grâce à des échanges entre l'Allemagne et l'empire byzantin. A partir du 14ième siècle, la "flûte allemande" se répandit en Europe et à partir du 16ième siècle, elle était acceptée en son nom propre, aussi bien dans les formations de musique de chambre que dans les orchestres de cours princières. Les traités contemporains (Sebastian Virdung, 1511, Martin Agricola, 1528, Philibert Jambe de Fer, 1556 par exemple) lui réservaient une place grandissante. La première moitié du 17ième siècle vit la flûte traversière entrer dans une période de léger déclin, son aigu n'était pas assez raffiné, le chromatisme pas suffisamment aisé et précis pour s'adapter au nouveau style expressif particulièrement associé au violon. Les transformations de l'instrument, dues principalement à des instrumentistes et à des facteurs français, lui permirent de retrouver sa place. "Le corps de la flûte était cylindrique au 16ième siècle, tandis qu'au 17ième il est plus ou moins conique, la partie la plus large étant toujours à la tête de l'instrument. ... D'autres améliorations furent apportées à la flûte ... qui correspondent à l'élargissement de l'éventail des tonalités et au raffinement de l'accord: la perforation d'un septième trou [couvert par une clef] et le partage du tube en plusieurs morceaux" (Raymond Meylan, La flûte,1978)

 

Au début du 18ième siècle, l'essor de la flûte traversière fut rapide. Elle était d'ailleurs simplement désignée par le terme de "flûte" qui jusqu'alors était attribué à la flûte à bec. L'importance de son rôle dans l'orchestre se développa tandis qu'apparaissaient pour la première fois des oeuvres qui lui étaient spécialement dévolues. Une véritable école de virtuoses français (Michel de la Barre, Jacques Hotteterre, Jean-Baptiste Loeillet) allaient consacrer l'agilité délicate et le lyrisme expressif de l'instrument tout en formant de nombreux élèves. Des compositeurs français (Michel Blavet, Jean- Marie Leclair, Joseph de Boismortier) et italiens (Antonio Lot ti, Tommaso Albinoni, Antonio Vivaldi) commencèrent à exploiter spécifiquement les nouvelles ressources de l'instrument. En Allemagne, leur influence se fit longtemps sentir et les compositions pour flûte de Jean-Sébastien Bach (1685- 1750) figurent parmi les premières écrites pour cet instrument, que ce soient la Partita pour flûte seule (BWV 1013), les quatre sonates pour flûte et clavier obbligato (BWV 1020, 1030-32) les trois pour flûte et basse continue (BWV 1038-39), le Concerto pour flûte, violon et clavier (BWV 1044), la Suite en si mineur (BWV 1067) et le cinquième Concerto brandebourgeois (BWV 1050) en addition des nombreuses parties solistes dans les cantates et les passions.

 

Les sonates pour flûtes semblent avoir été écrites pendant la période où Bach fut attaché à la cour du jeune prince Leopold féru de musique, à Cothen, entre 1717 à 1723. La cour était calviniste de tradition, si bien que Bach n'avait à fournir pour les divertissements princiers de la musique profane uniquement. L'orchestre comportait dix-huit excellents musiciens professionnels ce qui explique en grande partie la difficulté de certaines oeuvres composées à cette époque. Outres les six concertos brandebourgeois, il écrivit, par exemple, ses concertos pour violon, ses livres "d'enfant" pour clavier comme le premier livre du Clavecin tempéré. En ce qui concerne les oeuvres pour flûtes, il est parfois malaisé de définir non seulement la date exacte de compositions, même si la plupart ont certainement été conçues durant l'époque passée à Cothen, mais aussi qui du fils, CarI Philipp Emanuel, ou du père en est effectivement l'auteur.

 

La Sonate en si mineur pour flûte et clavecin, BWV 1030 nous est parvenue dans sa forme finale par un manuscrit datant du milieu des années 1730. Elle a pu néanmoins être entamée durant les années passées auprès du Prince Leopold. Contrairement aux réalisations de continuo, la partie de clavecin est entièrement composée et écrite: elle évolue autour de deux des voix de la sonate en trio, la main gauche reprenant la ligne de continuo, tandis que la droite tient le rôle du second instrument mélodique. La Sonate en si mineur est composée de trois mouvements: le premier, un Andante expressif au développement particulièrement riche, s'ouvre par une magnifique mélodie évoquant les arias soutenus de ses cantates. Concis, le Largo e dolce de structure clairement binaire, est en ré majeur. Cette sonate s'achève par un Presto échevelé à 2/2 puis à 12/16 dans une gigue de style italien. Les échanges du clavecin et de la flûte sont tantôt tendres, gais, vifs, humoristiques, dansants, et préservent constamment cette émotion que le fils, CarI Philipp Emanuel Bach, partagera dans ses humeurs proches de l'Empsindsamkeit. Comme l'écrivait Philippe Spitta dans son ouvrage sur Jean-Sébastien Bach, "la liberté magnifique et la beauté de sa forme, son intensité d'expression profonde et .puissante en font la meilleure sonate pour flûte qui n'ait jamais été. Il n'existe de qualité comparable dans aucune des oeuvres des grands maîtres ultérieurs; et elle correspond si parfaitement au caractère de cet instrument, qui est doux et plaisant".

 

Contrairement à la précédente, la Sonate en mi majeur pour flûte et continuo, BWV 1035 ne possèdait pas de partie réalisée pour le clavecin. Elle nous est parvenue sous la forme d'une copie du dix-neuvième siècle, avec une note mentionnant qu'elle fut composée en 1741 pour Gabriel Fredersdorf, un flûtiste amateur et secrétaire privé de Frédéric le Grand, à Potsdam. Beaucoup pensent cependant qu'elle aurait pu être entamée à Côthen et ensuite préservée. La Sonate en mi majeur BWV 1035 suit le plan des sonatas da chiesa avec ses quatres mouvements lent/vif/lent/vif. L'Adagio ma non tanto s'ouvre par une tendre cantilène, délicatement ornée, s'ensuit un Allegro dynamique de structure binaire, puis une gracieuse siciliana au relatif mineur. Enfin un Allegro assai énergique achève la sonate sur de nombreux traits virtuoses laissant transparaître l'écriture polyphonique pour instrument solo que Bach utilisait dans ses sonates et partitas pour violon, violoncelle et flûte seuls.

 

Les instruments des nombreuses sonates en trio baroques n'étaient pas définis rigoureusement et souvents étaient déterminés par ce qui était disponible pour l'occasion. Dans le cas présent, la Sonate en sol mineur BWV 1020 semble avoir été initialement conçue pour violon et clavier, puis selon la tradition d'alors, fut rapidement jouée à la flûte. Elle est en trois mouvements, Allegro, Adagio et Allegro et sa construction suit celle de la sonate en mi bémol majeur. Elle est attribuée à CarI Philipp Emanuel Bach tout comme la Sonate en ut majeur pour flûte et continuo, BWV 1033. Les quatre mouvements de cette dernière, Andante-Presto Allegro, Adagio, Menuet 1&2 sont concis et sans réelle ambiguïté de structure, binaire généralement. La flûte occupe clairement le rôle de soliste, et les traits évoquent les concertos italiens de Vivaldi. Egalement en quatre mouvements (Adagio, Allegro ma non presto, Adagio e piano et Presto), la Sonate en trio en sol majeur, BWV 1039 est tirée d'une sonate initialement conçue pour viole de gambe et clavecin (BWV 1027).

 

@ 1996 Isabelle Battioni

 


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