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8.553762 - SUK: Six Piano Pieces / De Maman / Moods
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Josef Suk (1874-1935)

Six Pièces pour piano, op. 7 • De Maman, op. 28 • Humeurs, op. 10

Josef Suk appartient à la seconde génération des compositeurs nationalistes tchèques qui succéda à celle de Smetana et Dvořák. Il naquit en 1874 à Křečovice où son père était maître d’école. Il commença à jouer du violon à l’âge de huit ans avant de se mettre au piano, puis de composer sa première pièce, une Polka, en 1882. A l’âge de onze ans, il entra au Conservatoire de Prague où il étudia le violon dans la classe du directeur Antonín Bennewitz et la théorie auprès de Josef Foerster, Karel Knittl et Karel Stecker. Au cours de l’année d’études supplémentaire qu’il suivit après l’obtention de son diplôme pour son Quatuor avec piano no.1 en 1891, son professeur de musique de chambre fut Hanus Wihan pour lequel Dvořák écrivit son célèbre Concerto pour violoncelle. Wihan fit également travailler l’éminent Quatuor Tchèque au sein duquel il joua pendant vingt ans, de 1894 à 1914, tandis que Suk tint le second violon dès la création de l’ensemble en 1892 jusqu’à sa retraite en 1933, deux ans avant sa mort. Il fut impossible de le remplacer et le quatuor fut dissout après un ultime concert donné à l’occasion du soixantième anniversaire du compositeur. Au cours de son existence le Quatuor Tchèque donna plus de quatre mille concerts dans son pays et à l’étranger. Suk étudia la composition avec Karel Stecker puis, à l’issue de son diplôme en 1891, avec Dvořák dont il devint l’élève préféré. En 1898, Suk épousa d’ailleurs sa fille Otilie dont la mort en 1905 le plongea dans une grande tristesse. Il enseigna la composition au Conservatoire de Prague, dont il devint le directeur, et exerça une profonde influence sur toute une génération de compositeurs tchèques.

En dépit de sa longue implication professionnelle dans le domaine de la musique de chambre, Josef Suk écrivit également quantité de musique vocale et orchestrale ainsi que des œuvres pour piano, un instrument qu’il considérait comme un moyen d’expression plus personnel. Ses Six pièces pour piano, op. 7, furent écrites entre 1891 et 1893. La première d’entre elles, Chanson d’amour, est relativement bien connue. Elle porte l’indication Adagio, non troppo lento et s’ouvre dans une discrète atmosphère romantique avant d’évoluer de l’intense tonalité de ré bémol majeur vers celle plus grandiose de fa majeur, puis de revenir à son atmosphère initiale et à sa tonalité d’origine. La charmante Humoresque en si bémol majeur, Allegretto grazioso, adopte un rythme vif de valse et est suivie par Souvenirs, marquée Andante con moto quasi improvisando, en ut mineur, inspiré par des souvenirs de temps moins heureux, qui culmine en un apogée passionné, avant de sombrer de nouveau. La première des deux Idylles marquée Moderato en fa majeur est emplie d’une atmosphère de valse nostalgique, et la seconde, marquée Tempo comodo en fa mineur suggère le même sentiment mais dans un rythme plus apaisé. La Dumka en ré mineur suit l’exemple de Dvořák qui avait déjà utilisé cette lamentation slave dans des œuvres pour piano et musique de chambre. La mélancolie de l’introduction est suivie d’une rapide section en mode majeur - une danse au caractère vif - avant de revenir à l’atmosphère initiale. Le cycle s’achève avec Capriccietto qui porte l’indication Allegro scherzando et constitue une conclusion rythmée en la mineur et en mesure triple.

De Maman, op. 28 fut composé en 1907 et réunit cinq pièces, décrites comme des morceaux simples destinés à son fils, sans doute plus comme auditeur que comme interprète au regard des difficultés que l’exécutant doit surmonter. La première pièce Quand maman était encore une petite fille n’est pas sans rappeler le caractère nostalgique de la première pièce de l’Opus 7. Le deuxième morceau, Jadis au printemps, en fa dièse majeur, passe d’un sentiment à un autre ; la section centrale en fa dièse mineur suggérant des souvenirs plus tristes. Comme maman chantait, la nuit, à son enfant malade déroule un accompagnement palpitant en si bémol dans le registre grave tandis que des harmonies ambiguës se frayent un chemin dans les aigus. La répétition constante d’octaves, dans Du cœur de maman crée un sentiment d’urgence qui cède la place, dans une section centrale, à une atmosphère plus légère. Le cycle s’achève avec Souvenirs, également accompagné par un rythme répété et qui évoque la mémoire de la femme de Suk qui mourut deux ans auparavant et que son fils ne put véritablement connaître.

Humeurs, op. 10, fut composé en 1895. La première de ces pièces, qui adoptent toutes une structure simple, est Légende. Son introduction, marquée par des accords arpégés suggère une dumka. Une transition de la tonalité de ré bémol majeur vers celle d’ut dièse mineur, donne une teinte plus sombre à la section centrale, avant le retour du matériau thématique précédent. Capriccio offre un cadre fantasque en mi bémol majeur à la section centrale Allegro scherzando composée dans la tonalité de la tonique majeure. La Romance contrastée, en si majeur, évoque une atmosphère tendrement mélancolique. Le quatrième morceau du cycle, une Bagatelle en la majeur, est d’un caractère discret. La série se conclut avec Idylle de printemps en mi bémol majeur qui développe une délicate section centrale en ut majeur avant que ne réapparaisse le matériau plus élaboré de l’ouverture qui évoque les épisodes précédents.

Keith Anderson

Traduction française : Pierre-Martin Juban


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