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8.553862 - DUPRE: Works for Organ, Vol. 1
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Marcel Dupr

Marcel Dupré

L'oeuvre pour orgue: Volume 1

 

Marcel Dupré est né le 3 mai 1886 à Rouen dans une famille de musiciens où tenir les orgues était une tradition particulièrement vivante: ses deux grands- pères étaient organistes et maîtres de chapelle, son père, Albert, chef de choeur d'une société chorale et surtout, organiste à l'église saint-Ouen de Rouen. L'orgue y avai été inauguré en 1890 par Charles-Marie Widor (1845-1937) lui- même qui l'avait décrit comme "le Michel-Ange de l'orgue". Sa mère, quant à elle, était violoncelliste et excellente pianiste. Très tôt, le jeune Marcel apprit la musique avec son père; à dix ans il donnait son premier récital d'oeuvres de Bach de mémoire, à douze ans il fut nommé organiste de l'église saint-Vivien à Rouen et à quinze ans sa première oeuvre chorale fut interprétée en famille. En 1898, il devint élève de Alexandre Guilmant (1837-1911), émerveillé par ses improvisations à La Trinité. Il fut aussi admis au Conservatoire de Paris (1902-14) où il étudia le piano avec Louis Diémer (1843-1919), l'orgue avec Guilmant et Louis Vierne (1870-1937), l'orgue et la fugue avec Widor dont il devint l'assistant à saint-sulpicedès 1906. Cette église avec son magnifique instrument Cavaillé-Coll devait demeurer son port d'attache sa vie durant. Outre ses nombreux premiers prix dans ces différentes classes, il obtint le Prix de Rome en 1914. "Reconnu inapte au service armé, il décide de réaliser une action d'éclat à défaut d'être militaire: l'étude de mémoire de l'oeuvre pour orgue de Jean- Sébastien Bach" (Xavier Darasse dans Guide de la musique d'orgue, 1991). Entre 1916 et 1920, remplaçant Vierne qui recevait un traitement spécial pour ses yeux, il fut un organiste particulièrement actif à Notre-Dame où ses dons pour l'improvisation liturgique furent rapidement reconnus et en 1920 il fit entendre au Conservatoire le résultat de ses années d'étude de la musique pour orgue de Bach, dans une série de dix récitals devenus célèbres. Sa réputation était alors assurée en France. En décembre de la même année, il se produisit pour la première fois à l'étranger dans la salle comble du Royal Albert Hall, à Londres et en 1921 à New York à l'invitation de John Wanamaker, le fondateur d'une chaîne de magasins célèbres aux Etat-Unis, qui avait fait construire dans plusieurs d'entre-eux des orgues. Celui du magasin de New York City était un instrument extraordinaire qui avait été réarrangé spécialement pour la visite de Dupré de 234 à 451 jeux actionnés depuis une console à six claviers. Ce fut le début d'une tournée de 94 récitals qui devaient marquer l'envol de sa carrière internationale. "Ses exécutions de Bach de mémoire soulevèrent l'enthousiasme; ses remarquables improvisations symphoniques firent sensation. Plusieurs de ses improvisations les plus importantes furent ultérieurement écrite et publiées. Le meilleur exemple de l'art de Dupré sont certainement la Symphonie-Passion Op. 23, (1924) et Le Chemin de la Croix, Op. 29, (1931)" (Arthur Wills, Musical Times, Juillet 1971)

 

Marcel Dupré continua activement une carrière internationale de récitaliste effectuant une tournée mondiale en 1939 et fêtant son 1900ième concert en 1959. Il poursuivit également la voie d'enseignant suivant les préceptes de son père "il ne faut jamais s'énerver avec un élève, il paye pour qu'on l'aide, il faut être gentil et patient avec lui" (cité par Graham steed: Marcel Dupré at 85 in, Musical Times, Avril 1971). Au Conservatoire de Paris, où il fut nommé en 1926 professeur de la classe d'orgue, il perpétua l'enseignement de Widor, Guilmant et Vierne. Son influence comme professeur fut immense, ponctuée par des ouvrages tels son Traité d'improvisation à l'orgue (1926), saMéthode d'orgue (1927) et son Cours d'harmonie (1936), son Manuel d'accompagnement du plain-chant grégorien (1937), de son Cours de contrepoint et fugue (138). Ses activités de compositeurs furent aussi guidées par des soucis pédagogiques comme en témoignent les Vingt-quatre Inventions Op. 50 et six des 79 Chorals Op. 28 de cet enregistrement. Il fut l'instigateur de l'édition des oeuvres complètes de J.s. Bach, César Franck et Franz Liszt.

 

Le Dupré compositeur fut quelquefois oublié en face de l'interprète aux dons de virtuosité et d'improvisation exceptionnels. Il est vrai que ses premières compositions (1910-20) reflètent ces facilités étonnantes aussi bien dans les oeuvres pour orgue (Elévation Op.l) que pour piano, orchestre ou formation de musique de chambre. A partir de 1921, avec la découverte des grandes orgues américaines et d'un public friand de virtuosité, s'ouvrit une période de maturité établissant les compositions les plus significatives pour l'orgue, avec entre autre son Cortège et Litanie Op. 19 de 1922 qui influença considérablement Jehan Alain poursesLitanies, sa Symphonie-Passion Op. 23 en quatre mouvements de 1924, sa Symphonie en sol mineur pour orgue et orchestre Op. 25 de 1928, sa fresque sonore sur un texte de Claudel, Le chemin de la Croix Op. 29, 1931 illustrant en quatorze stations le thème de la Passion, les 16 versets composés sur des mélodies grégoriennes du Tombeau de Titelouze Op. 38, 1942, etc. Les 79 Chorals Op. 28 datent de cette période, alors que Dupré vouait une grande partie de son temps à l'enseignement. Ils furent conçus durant l'été 1930, près des plages ensoleillées de Biarritz, comme une étape préparatoire aux chorals de Bach, souvent difficile à aborder pour les étudiants. La voix mélodique est généralement placée au soprano, comme dans les chorals suivants, à l'exception du No.34 où le chant està la pédale. LeNo. 30, Jésus-Christ,Filsuniquede Dieu, est enlamajeur à quatre voix, le No.31, Seigneur Dieu, maintenant ouvre moi le ciel, en la mineur à quatre voix, le No.32, Seigneur Jesus, tourne-toi vers nous, en sol majeur à trois voix, le No.33, Ardemment, j'aspire à une fin heureuse, en si mineur à quatre voix avec un canon à la quarte entre le soprano et l'alto, le No.34, Aujourd'hui triomphe le Fils de Dieu, en si bémol, est à trois voix, avec le chant à la pédale, No.35 Aide-moi, Seigneur pour que je réussisse est en fa majeur.

 

Les autres pièces de cet enregistrement appartiennent toutes à la période compositionnelle tardive du Dupré. Son style, toujours personnel, dont "le langage harmonique se fonde sur l'emploi d'un chromatisme linéaire assez sinueux, articulé sur des points forts diatoniques" s'y oriente vers un "atonalisme mouvant, se raccrochant passagèrement à une tonalité" (Xavier Darasse). Ses dernières oeuvres sont généralement peu connues et rarement enregistrées. Les Vingt-quatre inventions Op. 50 conçues en 1954 à la manière de Bach sont fondées sur des motifs et des phrases mélodiques surprenants et parfois inhabituels. Comme dans le Clavier bien tempéré, elles sont écrites dans toutes les tonalités majeures et mineures, dans un style contrapuntique emprunt d'imitations. "Une grande variété d'humeurs y sont explorées: sérieux (nos. 2, 4, 16), mystique (nos 7, Il, 15, 22), ludique et humoristique (nos 3 et 13), virtuose (nos 6 et 12), et même héroïque (no 18)" (James Biery, 1996). La plupart d'entre elles utilisent une texture à trois voix (aux deux mains età la pédale) de trois sonorités différentes. Les Quatre fugues modales Op. 63 furent écrites en 1963, elles nous offrent d'emblée un aperçu de l'habileté de Dupré dans le contrepoint strict. Utilisant les anciens modes grecs dorien (mode de ré), phrygien (mode de mi), locrien (mode de si) et ionien (mode de do), le sujet de chaque fugue comprend chacune des sept notes de la gamme du mode concerné, il débute et s'achève par la tonique. Il n'y a pas d'armature à la clé et les seules notes altérées sont le fa dièse et le si bémol. Quel contraste avec le chromatisme des inventions ponctué de nombreuses altérations! Les deux chorals Op. 59, Réjouis toi, ô mon âme et Emmanuel, Seigneur des fidèles furent publiés en 1963 aux Etats-Unis. Ils sont respectivement inspirés des chorals allemands Freu' dich sehr, o meine Seele des cantates 39 et 32 de J.s.Bach et Liebster Immanuel, Herzog der Frommen de la cantate 128.

 

Cet enregistrement a été réalisé sur l'orgue de la Cathédrale Ss Peter and Paul à Providence aux Etats-Unis. Il s'agit d'un Casavant à action mécanique dont la console comporte quatre claviers. Il fut l'un des derniers instruments conçu et réalisé par Lawrence Phelps, directeur de la firme canadienne de 1961 à 1972.

 

@ 1996 Isabelle Battioni

 


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