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8.553876 - Songs of Praise
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Chants de Louanges

La rupture de l'Angleterre avec Rome en 1534, sous le règne d'Henry VIII, et la naissance de l'Eglise anglicane eurent pour principale conséquence musicale l'apparition d'un genre vocal nouveau: l'anthern (terme issu d'une déformation d'antienne). Dans le Book of Common Prayer de 1622 ont peut d'ailleurs lire: in quires and places where they sing here followeth the anthem (dans les chœurs et les endroits où l'on chante, ici suit l'anthem). Ce genre commença à vraiment s'épanouir sous le règne d'Elisabeth Ière (1558-1603) grâce à des compositeurs tels que Mundy, Tye ou Tallis. Débutait alors une extraordinaire floraison d'ouvrages qui se poursuivit jusqu'au début du XVIIIe siècle – à l'exception toutefois des années de guerre civile au milieu du XVIIe siècle. Si la période 1750-1850 ne fut guère faste pour l'anthem, on assista en revanche à un regain d'intérêt des compositeurs britanniques pour cette forme durant la période victorienne, puis au début du XXe siècle. Les pages proposées ici, aux côtés d'une autre forme chère à la musique anglicane: l'hymne, permettront de juger du renouveau de la musique sacrée qui se produisit alors outre-Manche mais aussi, souvent, de faire connaissance avec des musiciens méconnus en France.

D'aucuns pourraient s'étonner de trouver les noms de Mozart et de Mendelssohn dans ce programme. Mais l'exemple de l'auteur de la Messe du Couronnement, par le degré d'élévation spirituelle et de perfection formelle de son écriture, ne s'impose-t-il pas à tout créateur de musique sacrée? De la plume du musicien autrichien, on découvre ici le tardif motet Avc verum corpus, KV 618 [3], pour chœur, cordes et orgue, véritable bijou de pureté et de concision que Mozart élabora en juin 1791. En moins de cinquante mesures tout est dit dans cette partition que Wyzeva et Saint-Foix décrivaient comme la "plus haute manifestation d'un art arrivé à sa limite".

Quant à Mendelssohn, sa présence, avec le motet Hör mein Bitten [6] (chanté ici en anglais), se justifie pleinement quand l'on se souvient de son attachement à la Grande-Bretagne et du succès jamais démenti qu'y remporte sa musique depuis la première venue de l'artiste allemand à Londres en 1829. Très actif compositeur de musique sacrée, l'auteur de Paulus n'a pas été sans influencer ses confrères britanniques.

Les hymnes interprétés par la Halifax Choral Society soulignent la variété d'un genre où des ouvrages mariant des textes du XIXe siècle à des musiques plus anciennes, tels le Praise to the holiest [4] ou le lmmortal invisible [5], cotoient des pièces telles que le Praise my soul [2] de Sir John Goss, le Dear Lord and Father of mankind [11] de Sir Hubert Parry ou, dans un langage plus audacieux, le Come down O love divine [8] de Ralph Vaughan Williams (1872-l958), probantes illustrations du renouveau de la musique sacrée britannique qui intervint à partir de la fin du siècle dernier.

On connaît certes d'abord Vaughan Williams comme auteur de musique symphonique. Mais ce compositeur se doublait d'un remarquable chef de chœur; ce qui permet de comprendre ses très belles réussites vocales, parmi lesquelles l'anthem Let all the world in every corner sing [1].

Charles Wood (1866-1926) consacra l'essentiel de son activité de compositeur au domaine sacré et l'art, traditionnel mais remarquable, de ce musicien – qui resplendit ici dans le O thou the central orb [4] – ne fut pas sans influencer un Vaughan Williams ou un Tippet, deux des principaux disciples du grand pédagogue qu'était par ailleurs C.Wood.

C'est d'abord aussi dans le domaine de l'enseignement, et celui de l'orgue – l'artiste fut titulaire de l'instrument de la cathédrale St Paul –, que John Stainer se fit connaître. On lui doit des partitions de belle qualité, tel l'oratorio The Crucifixion d'où provient le God so loved the world [7].

Figure prééminente de la musique anglaise, Edward Elgar (1857-1934) parvint à la célébrité avec la création de ses Variations Enigma en 1899 et domina ensuite la scène musicale britannique jusqu'à sa disparition. Grand symphoniste, le maître se dédia par ailleurs beaucoup au domaine sacré. On entendra ici son Give unto the Lord [10], ainsi que le premier mouvement de sa Sonate pour orgue en sol majeur [9] – une pièce lumineuse inscrite dans la tradition des voluntaries.

A la relative brièveté de la vie de Gerald Finzi (1901-1956) s'oppose à la longévité de John Joubert (né en 1927). Le contraste apparaît très prononcé également entre leurs langages puisqu'au puissant et spacieux anthem God is gone up [12] du premier s'oppose ici l'austère et intimiste O Lorde, the maker of al thing [13] du second.

Henry Balfour Gardiner (1877-1950) n'est guère connu et hormis, dans une certaine mesure, son Evening Hymn [15], sa production demeure très confidentielle. Tel n'est pas le cas avec Sir Hubert Parry (1848-1918) dont le nom est familier de tous les Britanniques grâce au fameux Jerusalem ou à l'anthem de couronnement I was glad [16], page puissante que l'on exécute lorsque le monarque pénètre dans la cathédrale de Westminster par la porte ouest.

Frédéric Castello


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