About this Recording
8.553885-86 - ELGAR: The Dream of Gerontius, Op. 38
English  French  German 

Edward Elgar (1857-1934)
The Dream of Gerontius, oratorio en deux parties, op. 38

 

Nul n’est prophète… Edward Elgar ne récolta en effet qu’assez tardivement les fruits de Ia ténacité dont il avait fait preuve au cours de débuts pour le moins difficiles et incertains.

Le musicien britannique était né Ia 2 juin 1857 à Broadheath, non loin de Worcester où son père tenait un magasin de musique — William Elgar était par ailleurs organiste de l’église St George. Dana Ia boutique paternelle Edward découvrit l’univers des sons et se fit remarquer, au piano, par ses dons d’improvisateur. Issu d’une famille de sept enfants, de condition modeste, le jeune musicien ne put étudier dans des institution prestigieuses et dut se contenter pour l’essentiel d’une formation d’autodidacte. Bien qu’il jouât de l’orgue, du piano et du basson, Ia violon occupait l’essentiel de son travail. II participa à diverses formations musicales de Worcester avant de devenir, en 1882, premier violon du Stockley’s Orchestra de Birmingham.

C’est néanmoins Ia composition qui attirait Ia plus Elgar, mais ses oeuvres de jeunesse, si elles traduisent une belle maîtrise de l’écriture, ne sauraient masquer un relatif manque de personnalité (ex : Harmony Music pour quintette à vent). Au printemps 1899, Elgar épousa l’une de sea élèves, Caroline Alice Roberts, et le couple s’installa à Londres l’année suivante. Au départ le public de Ia capitale ne manifesta que peu de chaleur envers cet artiste provincial d’ongine modeste — et catholique de surcroit!

Remarqué en 1897 pour sa Marche impériale, exécutée à l’occasion des festivités entourant Ia célébration du soixantième anniversaire de Ia reine Victoria, Edward Elgar remporta son premier triomphe deux ans plus tard lors de Ia création des Variations op. 36 “Enigma”. Preuve de l’intérêt que le monde musical commençait à manifester envers ses oeuvres, c’est le célèbre chef allemand Hans Richter qui conduisit Ia première exécution de l’Opus 36, au St James’s Hall le 19 juin 1899. L’année 1899 marque le début de Ia période dite de “maturité” du compositeur. Il Iivra en effet à partir de ce moment des partitions où il apparaît au faîte de son art. On en veut pour preuve, entre autres, trois grandes oeuvres chorales sacrées: Le Songe de Géronte (1900), Les Apôtres (1903) et Le Royaume (1906).

Première de Ia série, Le Songe de Géronte s’incrit d’un avis unanime parmi les plus belles réalisations d’Elgar. C’est à la suite d’une commande du Festival de Birmingham en 1898 qu’iI se Iança dans Ia rédaction de cet Oratorio pour mezzo soprano, ténor, basse, choeur et orchestre avec orgue. Achevé deux ans plus tard, l’ouvrage fut donné en première audition le 3 octobre 1900 à Birmingham sous Ia baguette d’un fervent partisan du musicien : Hans Richter. Hélas les répétitions furent compliquées par le décès du chef de choeur et son remplaçant ne parvint à mettre en place des parties chorales très difficiles : Ia création se solda par un échec. Toutefois certains auditeurs discernèrent, malgré les faiblesses de cette première exécution, les immenses qualités de Ia partition. Il voyaient juste : très rapidement, elle s’imposa au-delà des frontières britanniques, en Allemagne surtout, contribuant à asseoir Ia réputation de son auteur et à lui attirer des éloges flatteurs — parmi lesquels ceux de Richard Strauss.

Le Iivret du Songe de Géronte est tiré du poème éponyme du cardinal Henry Newman. Ce texte (daté de 1865), que le musicien avait découvert une douzaine d’années avant d’entreprendre son oratorio, a trouvé une résonance particulière chez un créateur dont on a souligné plus haut I’attachement au catholicisme. De manière très simplifiée, l’ouvrage exprime dans sa première partie les interrogations et les angoisses du personnage central, Géronte, face à une mort imminente, tandis que Ia seconde décrit le voyage de son âme jusqu’au purgatoire. A Ia différence de l’oratorio anglais traditionnel, très morcelé, Le Songe adopte une structure monolithique dans laquelle lea différents épisodes apparaissent étroitement imbriqués, grâce à une technique d’écriture qui n’est pas sans parenté avec le Leitmotiv wagnénien. II faut d’ailleurs sans doute voir ici l’influence de Parsifal qu’Edward Elgar avait entendu à deux reprises à Bayreuth en 1892.

1re partie

La première partie du Songe de Géronte, débute par un vaste prélude orchestral où l’on découvre l’essentiel du matériau thematique constitutif de ce qui va suivre. On y trouve les motifs du Jugement, de Ia Peur, de Ia Prière, du Sommeil, du Désespoir, de Ia Confiance.

Géronte (ténor) fait sa première apparition avec l’air “Jesu, Maria — I am near to death” (Jésus, Marie, je suis près de Ia mort) où s’exprime sa peur de Géronte. II implore Ia prière de ses amis, qui entonnent bientôt le choeur “Kyrie elelson, Christe eleison, Kyrie eleison. Holy Mary, pray for him.” (Kyrie…, Sainte Marie, priez pour lui). Intervient à nouveau Géronte — “Rouse thee, my fainting soul…” (Eveille-toi, mon âme défaillante) — qui apparaît cette fois conforté par le soutien que lui apportent ses amis: “Be merciful, be gracious ; spare him, Lord” (Sois miséricordieux, sois bienveillant).

La complexité d’écriture de ces parties chorales, de caractère fugué, permet d’imaginer les conséquences du manque de préparation des exécutants lors de Ia création de l’oeuvre…

Bientôt Géronte s’engage dans une vibrante incantation, “Sanctus fortis, Sanctus Deus” (Dieu saint et puissant) qui constitue le sommet dramatique du premier volet du Songe. Au terme de ce solo, lea amis de Géronte prennent Ia parole pour implorer une nouvelle fois son salut : “Rescue him, O Lord, in this evil hour...” (Sauve-le, Seigneur, en cette heure funeste), avant que sa mort ne soit annoncée en conclusion dans un épisode au cours duquel Ia voix du prêtre (basse) se mêle à celle des amis : “Proficiscere…, Go forth upon thy journey, Christian soul !” (Poursuis ton voyage, ô âme chrétienne).

2e partie

Un bref prélude orchestral pour les cordes seules débouche sur le premier air de l’Âme de Géronte, d’une couleur très proche de ce qui le précédait : “I went to sleep ; and now I am refreshed.” (Je m’étais endormi ; et maintenant je me sens reposé). L’Ange (mezzo-soprano) entre alors en scène affirmant : “My work is done, My task is o’er” (Mon travail est achevé, ma tâche eat accomplie). L’Âme s’engage alors dans un long dialogue avec l’Ange chargé de Ia guider jusqu’à Dieu, dialogue durant lequel les démons offrent au choeur l’occasion de deux interventions d’un grand relief : “Low-born clods of brute earth” (Humble motte, faite de terre brute), puis “The mind bold and independent” (L’esprit audacieux et libre).

“Learn that the flame of the Everlasting Love doth burn ere it transform” (Apprends que Ia flamme de l’Amour éternel brûte avant de convertir), déclare l’Ange à l’Âme juste avant l’entrée du choeur angélique : “Praise to the Holiest in the height” (Loue le Saint des saints au plus haut des cieux).

L’heure du jugement approche… La voix de l’Ange de l’agonie (basse) entonne bientôt son saisissant “Jesu! by that shuddering dread which fell on Thee” (Jésus! Par cat effroi, à frémir, qui t’accabla).

Atom que l’Âme de Géronte se retrouve face à son juge, lea voix de Ia Terre chantent “Be merciful, be gracious, spare him, Lord”.

Dans in magnifique élan, l’Ange entonne alors son “Praise to His Name! O happy, suffering soul!”(Loué soit Son Nom ! O heureuse âme souffrante !).

Après une ultime intervention de l’Âme de Géronte, lea âmes du purgatoire proclament “Lord Thou hast been our refuge” (Seigneur, tu as été notre refuge), se mêlant un peu plus loin au chant de l’Ange. Le choeur angélique conclut l’ouvrage dans une atmosphère faite d’élévation et de sérénité: “Praise to the Holiest, etc.” (Loue le Saint des saints).

Preuve de l’importance qu’Elgar accordait au Songe de Géronte, il plaça à Ia fin de son manuscrit Ia citation suivante, extraite de Sesame and Lilies de J. Ruskin : “Cela est Ie meilleur de moi-même ; pour le reste j’ai mangé et bu, dormi, aimé et détesté comme tout un chacun ; ma vie fut semblable à Ia fumée et n’est plus ; mais voici ce que j’ai vu et ce que je sais : cela, plus que toute autre chose de moi, est digne de votre souvenir.”

© 1997 - Frédéric Castello


Close the window