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8.553907 - NIELSEN, C.: String Quartets, Vol. 1
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Carl Nielsen (1865-1931)
Quatuars à cordes val. 1
Quatuor à cordes en mi bémol majeur, op. 14
Quatuor à cordes en fa majeur, op. 44

Danois d'origine, Carl Nielsen est né à Sortelung près de Nørre-Lyndelse, le 9 juin 1865. Comme beaucoup de jeunes musiciens en herbe, Nielsen travaille son violon avec son père dans un premier temps puis avec son instituteur. Très vite, il est second violon dans l'orchestre local – le "Braga" – et apprend parallèlement le cornet a piston, instrument qui le conduit dans l'orchestre de la Musique Militaire d'Odense (1879-1883). Il y joue également le bugle et le trombone alto. C'est en autodidacte qu'il s'initie au piano et qu'il compose ses premières pièces. Ayant fondé son propre quatuor, il livre, en effet, deux quatuors à cordes qu'on ne retrouvera pas, hélas – quatre autres suivront de 1888 à 1906. Au regard de ses talents évidents, il obtient une bourse pour poursuivre ses études au Conservatoire royal de Copenhague. C'est l'occasion pour lui de suivre, de 1884 à 1886, les cours de violon de Tolfe, d'histoire de la musique avec Niels Gade et Matthison-Hansen et de théorie avec Hartmann et Rosenhoff. C'est dans l'orchestre de la Chapelle Royale de Copenhague que Nielsen fait ses premières armes en tant que professionnel – le ler septembre 1889 – alors qu'il vient tout juste de se faire connaître grâce à sa Petite Suite pour cordes de 1888. Il s'improvise voyageur de septembre 1890 à juin 1891 et traverse la France, l'Italie et l'Allemagne. C'est alors qu'il rencontre sa future femme, le sculpteur Anne­-Marie Brodersen à laquelle il dédiera en 1892, sa Première Symphonie. Il travaille désormais à forger le principal caractère de sa musique, l'art de la "tonalité progressive", que l'on retrouve largement illustré dans la Symphonie nº2, Die fire temperamenter (Les quatre tempéraments) que le compositeur dirige à partir de 1893. Puisant dans les sources de la culture classique et de la peinture danoise de son époque, Nielsen compose un opéra-bouffe, Maskarade, qui fut reçu avec beaucoup d'enthousiasme. Lorsque le Danois prend la suite de Johan Svendsen à la tête du Théâtre Royal de Copenhague le ler août 1908, il vient de mettre la dernière main à son poème symphonique, Sagadrøm. (Le songe de Gunnar) Suivront sa Symphonie nº3 (Sinfonia espansiva – avril 1911), et son Concerto pour violon (décembre 1913). Durant l'épisode tragique de la Premiêre Guerre Mondiale, Nielsen dirige la Musikföreningen (Société de musique) et termine sa Symphonie nº4, Det Undslukkelige (L'Inextinguible). Chef d'orchestre avant tout, il retrouve son activité à la fin des combats et écrit sa Symphonie nº5 en 1921, partition qu'on considérera comme son chef-d'œuvre. En 1922, son Quintette à vent exploite à merveille les possibilités organologiques des instruments utilisés. Nielsen trahit par là son nouvel intérêt pour les couleurs et les petites formations. En effet, la fin de sa vie verra la naissance de sa petite Symphonie nº6 ou Sinfonia semplice, de son Concerto pour flûte et orchestre de chambre, de son Concerto pour clarinette et du Commotio pour orgue seul. Nielsen meurt le 3 octobre 1931 à Copenhague.

Parmi ses six Quatuors à cordes, nous en écouterons deux, les opus 14 et 44. Nous avons vu que les deux premiers n'ont été que des exercices de jeunesse. Les deux suivants ne sont pas considérés par les spécialistes comme des œuvres majeures, alors que les derniers, ceux du présent enregistrement, représentent la quintessence d'une certaine musique de chambre danoise.

Composé en 1897 ou 1898, le Quatuor en mi bémol majeur, opus 14 s'ouvre par un Allegro con brio puissant, très inspiré de la force beethovénienne, grâce aux chromatismes savamment utilisés dans les deux thèmes principaux. L'Andante sostenuto qui suit, présente un épisode central assez animé en do majeur au sein d'un calme élégiaque en la majeur. L'Allegretto pastorale, en do majeur, vient donner une note rustique à l'ensemble. Enfin, l'Allegro coraggioso, très pastoral également dans ses thèmes et sa rythmique, clôt le quatuor sur une note ferme.

L'histoire du Quatuor en fa majeur, opus 44 s'étale dans le temps. Composé en 1906 sous l'opus 19, il fut revu par Nielsen sous l'opus 44. L'Allegro non tanto e comodo initial rappelle ce qu'on a désigné par la forme "sonate-rondo". Tous les éléments de la réussite sont ici réunis: délicatesse, invention, construction, poésie... C'est en la mineur que l'Adagio suit une forme plus contrapuntique et élaborée. L'Allegretto moderato ed innocente, dans la même tonalité, varie moments suaves et sautes d'humeur. Dans le Finale, on repense aux accents crus de l'opéra Maskarade! Ce quatuor est sans doute l'apothéose de Nielsen dans ce répertoire.

Si l'on ne connaît pas encore bien Nielsen aujourd'hui, c'est sans doute à cause de sa nationalité. Etre danois n'incite peut-être pas au respect et au sérieux! Pourtant, l'inspiration et l'originalité sont bien au rendez-vous. Si ses symphonies souffrent également d'une comparaison trop appuyée avec celles de Gustav Mahler, elles s'en démarquent pourtant par un nationalisme important. Si Sibelius a joui d'une plus grande notoriété auprès du public européen courant, Nielsen devrait désormais apporter une touche originale. Compositeur infatigable, il laissa des compositions vocales en danois (chœurs, mélodies et cantates), des quintettes, des pièces pour piano et orgue, des ouvertures rhapsodiques, des paraphrases et de la musique de ballet. Abandonnant l'idée wagnérienne du leitmotiv, Nielsen a su forger une idée musicale originale et colorée, à l'image de son propre pays.

Stéphan Perreau


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