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8.553979 - HOFMANN, L.: Oboe Concertos / Concertos for Oboe and Harpsichord (Schilli, Jando)
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Leopold Hofmann (1738-1793)
Concertos pour hautbois
Concertos for Oboe and Harpsichord

 

Leopold Hofmann était le plus prolifique et peut-être le plus populaire des compositeurs de concertos à Vienne au milieu du dix-huitième siècle, écrivant une soixantaine de concertos pour divers instruments solistes. Si certains, notamment ceux pour clavier et pour violon, ont pu être écrits pour sa propre utilisation ou à des fins pédagogiques, d’autres, par contre, posent un problème. Bien qu’il soit possible qu’il ait écrit une quantité considérable de musique destinée aux amateurs, des œuvres de grande envergure telles que des symphonies et des concertos furent probablement des commandes.

Les concertos pour hautbois d’Hofmann sont exemplaires à cet égard. Dans le cas de certains, il n’est pas possible d’établir une source principale parmi les divers manuscrits, d’autres sont des arrangements de concertos pour flûte (réalisés par Hoffmann ou peut-être par quelqu’un d’autre). Le Concerto C3 contient le même mouvement lent que G1, pratique inhabituelle chez Hofmann et une indication, peut-être, de la main d’autrui. Il y a tout de même au moins quatre concertos authentiques.

Qu’aucune des œuvres fût largement diffusée ne doit pas étonner; le hautbois n’était pas spécialement prisé dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle. Mais, le fait même que les concertos d’Hofmann pour hautbois (et pour hautbois et clavecin) se trouvent à Berlin, à Dresde, à Hambourg, à Budapest et à Kromeriz semblerait indiquer que la réputation du compositeur en ce qui concerne cet instrument était bien établie.

Du point de vue de la forme et du style, rien ne distingue les concertos pour hautbois de ceux pour flûte. Les concertos d’Hofmann sont solidement structurés, marqués par un lyrisme agréable et une écriture très idiomatique pour l’instrument soliste. Le ton plus robuste et plus pénétrant du hautbois aiguise les passages virtuoses, rajoutant une intensité expressive que la flûte ne peut atteindre.

Les deux concertos sur cet enregistrement appartenaient à une époque à Franz Xaver Fürall, hautboïste au service de la famille Oettingen-Wallerstein, et par conséquent sa mort survenue le 11 février 1780 fournit un terminus ante quem pour la date de composition, mais ils furent probablement composés dix ans auparavant. On ne peut être sûr de l’antériorité de l’un ou de l’autre concerto. C1 est par certains égards le plus impressionnant des deux. Le début, avec un unisson puissant aux sauts d’octave, est inhabituel pour Hofmann, et le bref éclat de l’orchestre au milieu de la deuxième section pour soliste dans le final est également atypique, faisant même penser à C.P.E. Bach, dont on connaissant peu à Vienne la musique pour orchestre, bien qu’Hofmann connaissât probablement ses Lieder. Les deux volets extérieurs sont excellents, mais le mouvement le plus mémorable est sans doute l’Adagio à la grave beauté. G1, bien que de dimensions plus modestes, n’est pas moins réussi. C’est peut-être un arrangement d’un concerto perdu pour flûte, s’y approchant plus que C1 quant au style. Bien que le mouvement lent fût réutilisé dans un autre concerto (C3), c’est le final qui frappe le plus, avec les cors braillant dans l’aigu et avec un élan irrésistible dans la meilleure tradition d’Hofmann.

Parmi les œuvres orchestrales les plus intéressantes et les plus caractéristiques d’Hofmann se trouvent les deux concertos pour hautbois et clavecin, composés selon toute probabilité vers la fin des années 1760. Les catalogues de Breitkopf (plaçant C1 en 1770 et F1 en 1771) indiquent qu’Hofmann ne les a pas composés au même moment. La combinaison extrêmement rare de ces deux instruments fait croire qu’il s’agit d’une commande, et la composition d’une deuxième indiquerait que la première œuvre fut bien reçue. Les deux œuvres sont fortement contrastées. C1 est en vérité un concertino dans la mesure où il ne respecte pas le principe de sonata-ritornello qui est l’élément structural essentiel du concerto au dix-huitième siècle. Les premier et deuxième mouvements sont de structure binaire, possédant certains éléments de ritornello; le final est un Menuet suivi de cinq variations simples et la répétition du thème. F1, par contre, possède deux solides mouvements en sonata-ritornello ainsi qu’un Tempo di Menuet impressionnant en final. L’instrumentation est également différente: C1 est écrit pour des instruments solistes, deux violons et basso, alors que F1 nécessite un plein complément de cordes et des parties obbligato étonnantes pour deux cors. Telle est l’importance des cors qu’Hofmann réintroduit la tonique de manière inattendue dans la section de développement des deux volets extérieurs avant de reprendre le processus de développement et de prolongation par les modulations. La sonorité des instruments est ainsi considérée par le compositeur comme étant suffisamment importante pour changer le discours auquel on s’attend. La musique de C1 possède un ton plus intimiste, étant peut-être destinée à des amateurs. Les deux double concertos ont énormément de charme. Le matériel thématique est caractéristique et plein d’intérêt; les deux instruments sont traités à égalité, se partageant les principaux passages. Hofmann évite de simples réitérations de thèmes; il les décore et les amplifie de manière appropriée pour chaque instrument soliste. Les entrées des solistes sont inversées dans les récapitulations, élément supplémentaire de variété dans ces œuvres remarquables. L’apparition subite d’une nouvelle mélodie sinueuse dans le final de F1 est une touche ravissante. Les deux concertos semblent avoir été pas mal diffusés au cours du dix-huitième siècle, bien que peu d’exemplaires aient survécu. Parmi ces derniers se trouvent des arrangements pour deux clavecins, l’indication d’une certaine popularité. Des cadences nous sont également parvenues; celles enregistrées ici existent en de multiples versions et sont peut-être d’Hofmann lui-même.

Allan Badley
Version française : Jeremy Drake


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