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8.553991 - OBOE (THE ART OF THE) - Famous Oboe Concertos (Camden)
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L'Art du hautbois
Concertos célèbres pour hautbois

Le hautbois, perfectionné en France vers le milieu du dix-septième siècle, s'établit à Vienne dans les années 1690. Les premiers opéras vénitiens connus qui comportent une partie pour cet instrument datent de 1692, et dès 1696 on le connaît au Basilique de Saint Marc, qui, deux ans plus tard, engagea son premier hautboïste permanent. D'autres hautboïstes distingués s'établissent dans la ville, et les quatre ospedali grandi (des institutions caritatives pour des enfants abandonnés, les orphelins et les démunis) rajoutent l'instrument au curriculum d'études.

Dans le développement du concerto, il était logique, étant donné le rôle innovateur de l'Italie, voire même de Venise, que, tôt ou tard, on allait composer les premiers concertos avec une partie pour hautbois. La grande question était de savoir comment – et même si – ils devaient adopter un style et une forme différents de ceux des concertos pour violon. Pour Vivaldi, comme pour la plupart des compositeurs italiens, le problème est vite résolu. Entre les mains de ce dernier, le hautbois devient un genre de substitut de violon. Certes, il évite soigneusement la tessiture habituelle de l'instrument (qui va du ré central jusqu'au ré deux octaves plus haut), il se souvient d'insérer des respirations, et il évite des changements trop brusques de registre, mais la partie soliste garde un air décidément violonistique, ce que Vivaldi lui-même reconnaît tacitement en prescrivant plus d'une fois le violon comme alternatif au hautbois.

C'était à un contemporain important de Vivaldi, Tomaso Albinoni (1671-1751), de trouver un autre moyen de traiter le hautbois dans un concerto. Albinoni était non seulement un violoniste compétent mais un professeur de chant qui avait épousé une diva de la scène lyrique. Son expérience en matière d'écriture d'opéras et de cantates eut un effet décisif sur son approche de la mélodie et de l'instrumentation. Dans ses concertos le hautbois semble avoir un lien non pas avec le violon mais avec la voix humaine chantante une aria. Un mouvement conjoint et de petites intervalles sont généralement préférés aux grands sauts. Dans les passages orchestraux au début des concertos, le hautbois ne double pas la partie du premier violon (comme chez Vivaldi) mais attend son entrée de soliste, ou sinon, joue une ligne indépendante. Le thème du début est souvent présentée deux fois, d'abord tronqué, ensuite avec une continuation normale. Cette présentation dédoublée est une technique empruntée directement à l'aria opératique de l'époque. Albinoni décrit ses œuvres comme étant des concertos "avec" plutôt que "pour" hautbois. La différence n'est pas sans consequence: alors que dans un concerto pour hautbois de Vivaldi l'intention première est d'exhiber la virtuosité du soliste, chez Albinoni le hautbois est plutôt le partenaire que le dominateur du premier violon, et même le deuxième violon n'est pas exclu du discours. L'esprit de partage existant entre ces trois instruments apporte à ces œuvres un caractère qui rappelle la musique de chambre.

Les Concertos op. 9 comportent quatre groupes, dont chacun débute avec un concerto pour violon solo (dans ce cas le hautbois est muet), suivi d'un concerto pour hautbois solo, et se termine par un concerto pour deux hautbois. Le Concerto nº 5 en ut majeur est un exemple typique du dernier style du compositeur. La texture orchestrale est par endroits extrêmement contrapuntique, mais Albinoni ne sacrifie jamais l'aspect mélodieux à une démonstration savante. Arthur Hutchings, son plus grand avocat parmi les musicologues britanniques, décrit le finale avec justesse comme ayant "une allure de danse sans suggérer ni la rue ni la basse­cour".

La tonalité du Concerto nº 12 en ut majeur est conforme au stéréotype familier, étant triomphant avec une touche de grandiloquence. Heureusement, les mouvements lents, chacun dans une tonalité différente, fournissent le contraste nécessaire, donnant à chaque œuvre un caractère bien équilibré.

La première série de Concerti a cinque d'Albinoni avec des parties pour un ou deux hautbois, publiée en 1715 à Amsterdam comme son opus 7, a la distinction d'ètre la première collection d'un compositeur italien jamais réalisée. Le compositeur la dédia à un noble du pays et musicien amateur, Giovanni Donato Correggio. Les œuvres sont réparties en quatre groupes, chacun débutant avec un concerto pour cordes (le Concerto nº 11 contient des passages pour violon solo), suivi d'un concerto pour deux hautbois et se terminant avec un concerto pour un seul hautbois. Alors que les concertos avec un hautbois sont d'une pleine maturité de conception, ceux avec deux hautbois sont plus variés, comme si l'Albinoni de 1715 n'avait pas encore décidé comment les structurer. Certes, les œuvres avec deux hautbois, qui sont tous dans une tonalité traditionnelle pour trompette, à savoir ut majeur ou ré majeur, portent de fortes traces des sonates pour trompette que les compositeurs bolognais en particulier avaient écrites vers la fin du siècle précédent. Les finales des Concertos nº 5 et nº 11 révèlent très clairement ce caractéristique, même si les mouvements lents possèdent un ton plus intime. Pourtant, la fanfare la plus "flagrante" de toutes se trouve dans le premier mouvement du dernier concerto op. 9. Cet adagio, rêveur et élégiaque, en si mineur, le cœur de ce concerto, est un des plus beaux exemples du genre.

Le Concerto pour un seul hautbois op. 7 n° 12 possède une finale en 3/8 ou 6/8 qui exploite le procédé rythmique de l'hemloila (deux fois trois unités deviennent trois fois deux unités, ou le contraire). Les mouvements extérieurs sont spacieux, présentant toujours le thème principal du hautbois deux fois de suite lors de son apparition initiale.

Michael Talbot
Traduction de Jeremy Drake

Georg Frideric Händel naquit à Halle en 1685, le fils, par sa deuxième femme, d'un barbier-chirurgien bien réputé. S'étant inscrit à l'Université de Halle en 1702, et après une brève période en tant qu'organiste à l'église calviniste de la ville, il emménagea à Hambourg afin de poursuivre une carrière dans la musique, à laquelle il s'était maintenant décidé. Après avoir été violoniste puis claveciniste et compositeur à l'Opéra, il part en 1706 pour l'Italie, le berceau du style qu'il avait adopté dans sa musique. À Florence, Venise et Rome il se fait une réputation, écrivant de la musique dans plusieurs genres, que ce soit la musique d'église, l'opéra, l'oratorio italien, des cantates ou des œuvres instrumentales. Par ailleurs, dans un concours de clavier avec son contemporain Domenico Scarlatti, il est déclaré le meilleur organiste, Scarlatti étant le meilleur claveciniste.

Après une rencontre à Venise avec des membres de la cour de l'Electeur d’Hanovre, Händel en l710 est nommé Kapellmeister de l'Électeur, alors que, sans doute gràce au contact avec l'ambassadeur anglais, il est immédiatement invité à Londres pour le nouvel Opéra italien. De retour l'année suivante à Hanovre, après un court séjour à Düsseldorf à la cour de l'Électeur palatin, il y reste environ quinze mois avant de retourner définitivement à Londres, où il s'établit, occupé pour l'essentiel par l'opéra italien. C'est au moment où le succès commercial de l'opéra commence à ètre sur le déclin, notamment avec l'établissement de deux maisons concurrentes, que Hàndel dirige son attention à une forme nouvelle, l'oratorio anglais. Ce dernier avait un intérêt évident pour un public protestant, évitant les problèmes d'exécution dans une langue étrangère aussi bien que les absurdités d'intrigue devenues concomitantes avec l'opera seria italienne. Son dernier opéra, Deidamia, fut monté à Londres en 1741 et son dernier oratorio anglais, The Triumph of Time and Truth, une adaptation d'une œuvre écrite à Rome cinquante ans auparavant, fut donné à Covent Garden en 1757 et en 1758. Händel meurt en 1759, mais son influence musicale allait continuer à dominer le goût populaire, contribuant ainsi largement à éclipser l'œuvre des compositeurs indigènes.

Musicien pratique qu'il était, Händel emprunta beaucoup de ses compositions précédentes et, au besoin, des œuvres d'autres compositeurs, conformément à la pratique de l'époque. Ses trois Concertos pour hautbois, ont été diversement indiqués. Le troisième de la série, le Concerto en sol mineur, fut édité d'abord, apparemment, à Leipzig en 1863, avec une attribution à Händel et une date de composition de 1703, bien qu'aucune autre source soit connue. En quatre mouvements, le concerto débute par un mouvement lent avec des rythmes pointés caractéristiques du style français que le vieux Corelli, travaillant à Rome avec Händel, avait déclaré être au-delà de sa compréhension.

Le soi-disant Idomeneus-Concerto prend son nom du hasard qu'il fut composé pour fournir de la musique pour une production en 1806 au Royal Théâtre National de Berlin de l'opéra Idomeneo, Rè di Creta de Mozart. Pour l'occasion, on avait inséré des morceaux de Paer, Bernhard Anselm, Weber et Vincenzo Righini, ce dernier étant Kapellmeister du théâtre berlinois depuis 1793. L'opéra italien à Berlin fut fermé en 1806 à la suite de la guerre, mais rouvrit ses portes en 1811, toujours sous Righini. Un concerto de Righini fut rajouté au chœur du premier mouvement d'Idomeneo, "Godiam la pace", sentiment éminemment approprié dans les circonstances d'alors. L'œuvre a survécu dans une copie à Berlin de la partition d'exécution d'Idomeneo. Le soliste du petit concerto à Berlin était le hautboïste de l'Orchestre Royale de Berlin, Friedrich Westenholz, musicien beaucoup admiré.

Arcangelo Corelli, le violoniste-compositeur, établit, bien plus que tout autre compositeur de son temps, la forme du concerto grosso baroque, de la sonate pour violon solo et de la sonate en trio, autant de modèles pour les compositeurs postérieurs. L'œuvre actuelle, arrangée par Sir John Barbirolli, prend la forme d'un concerto da camera, une suite de mouvements de danse, précédée d'un Preludio. Le concerto se termine par une Giga.

Domenico Cimarosa, né en 1749, jouissait d'une réputation de son vivant particulièrement dans le domaine de l'opéra comique italien. En 1942 le compositeur australien Arthur Benjamin put utiliser les sonates pour clavier de Cimarosa pour fabriquer un concerto attrayant pour hautbois, œuvre qui suit en gros la pratique du baroque tardif plutôt que de l'époque classique, bien que Cimarosa lui-même était au sommet de sa gloire vers la fin du dix-­huitième siècle. Une Introduzione émouvante est suivie d'un vif Allegro avec, comme mouvement lent, une Siciliana, danse baroque en forme de tendre pastorale. Le dernier Allegro giusto conclut l'œuvre dans la bonne humeur.

Vincenzo Bellini est connu comme compositeur d'opéra plus que d'œuvres instrumentals. Son premier succès dans le domaine de l'opéra date de 1827 avec son troisième opéra Il pirata. Sept opéras allaient suivre avant sa mort à Paris en 1835 à l'âge de 33. Son ravissant Concerto pour hautbois en mi bémol majeur fut composé, comme ses autres œuvres orchestrales, avant 1825, alors qu'il était toujours étudiant au Conservatoire de Naples. L'instrument soliste entre après la plus courte des introductions dramatiques avec une mélodie de profil opératique, un avant-goût de son œuvre à venir. L'aria mène d'emblée à une vive conclusion qui est dominée par un thème vivace encadrant plusieurs épisodes contrastantes.

L'Air et le Rondo ont été arrangés pour hautbois par la hautboïste anglaise Evelyn Rothwell et orchestrés par Anthony Camden. L'Air emploie une figure en arpège descendant que l'on trouve très souvent, dans une forme ou une autre, dans la musique instrumentale de Händel. Il est suivi d'un Rondo plein d'entrain, oû le thème principal encadre diverses épisodes variées.

La Suite en sol minenr, attribuée à Händel, ne provient d'aucune source certaine dans sa forme actuelle, étant dérivée d'un manuscrit anonyme dans la bibliothèque de la famille Fürstenberg, et présentée ici dans une adaptation d'Anthony Camden. Une Ouverture à la française, solennelle et très händelienne, précède une section de danse plus vivante, qui est elle-même suivie d'une Gavotte et deux Bourrées jouées en alternance. Une lente Sarabande offre au hautbois l'occasion d'une belle aria. Un Rigaudon contrastant est suivi d'une Passncaille dans la forme traditionnelle de cette danse-variation baroque, et la suite se termine avec un Passepied rapide.

Keith Anderson
Traduction de jeremy Drake


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