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8.554020 - PADEREWSKI: Piano Concerto / Polish Fantasy
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Ignacy Paderewski (1860-1941)
Concerto pour piano; Fantaisie polonaise sur des thèmes originaux; Ouverture

Pianiste virtuose internationalement célèbre, président du conseil de la Pologne nouvellement indépendante, docteur honoraire d'universités aussi diverses que Lemberg, Cracovie, Oxford et Yale, Paderewski trouva également le temps de devenir un des premiers compositeurs romantiques de la Pologne au tournant du vingtième siècle. Quoique peut-être un compositeur mineur à l'échelle européenne du génie, sa musique, d'une manière ou d'une autre, s'accommode bien à l'espace laissée par ses deux compatriotes célèbres, Chopin et Szymanowski. Toujours si attrayante et parfois un peu plus, il s'agit d'une musique qui reflète le patriotisme de ses concitoyens aussi bien que la richesse sonore de l'époque.

Ignacy Paderewski naquit le 6 novembre 1860 dans la partie est de la Pologne, dans la petite ville de Kurylówka au bord de la rivière San, près de la frontière avec l'Ukraïne. Sa mère mourut alors qu'il était encore jeune, et il devint bientôt imprégné de l'idéalisme politique révolutionnaire de son père. À dix-huit ans, il sortit du Conservatoire de Varsovie où il devint ensuite professeur de piano. Deux ans plus tard, s'étant installé à Berlin, il étudia avec Friedrich Kiel et Heinrich Urban (professeur également du compositeur romantique tardif Karlowicz). En retournant chez lui en Pologne, il donna des récitals de piano à Cracovie avant de voyager à Vienne où il commença à étudier avec le célèbrc pianiste virtuose, Leschetizky.

La véritable carrière du pianiste légendaire qu'était Paderewski démarra alors par ses débuts de soliste à Vienne en 1887, suivis par Paris un an plus tard, et elle fut couronnée par un récital à la Carnegie Hall à New York en 1891 qui s'avéra un immense success. Son nom devint bientôt célèbre partout dans le monde musical. Il fit une tournée aux États-Unis avec une série rcmarquable de 117 récitals. Il n'y avilit que les Anglais qui le reçurent quelque peu tièdement, sans grand enthousiasme pour son jeu.

Ce n'était guère étonnant qu'il pensât à se mettre à composer lui-même afin de mettre en valeur son talent de pianiste, et en 1888 il acheva son Concerto pour piano en la mineur, suivi d'une Fantaisie polonaise en 1893, une Sonate pour piano solo, et diverses petites pieces. Le Concerto fut créé par Anna Esipova – qui ne fut pas le choix du compositeur – sous la direction d'un des plus grands chefs de l'époque, Hans Richter. L'œuvre ent immédiatement du succès.

La Pologne à l'époque luttait pour sa liberté et pour une identité nationale, et Paderewski se tourna vers le sujet d'un opéra national, Manru, d'après La Maison en dehors du village de Kraszewski. L'opéra fut achevé cn 1900 mais, après quelques représentations, disparut de la scène sans laisser de trace. Un ton patriotique comparable ressort de sa symphonie Polonia, œuvre impressionnante malgré une certaine lourdeur, qui fut créée à Lausanne en Suisse en 1908 et reprise peu après à Boston par Max Fiedler. En 1910, Paderewski se produisit lors du premier concert de la Philharmonique de Varsovie, et fit un discours galvanisant réclamant l'indépendance de sa Pologne natale. Bien qu'il passât beaucoup de temps en dehors de la Pologne, avec des séjours en Suisse et aux États-Unis, son patriotisme et ses préoccupations nationalistes l'amenèrent à devenir le premier Président du conseil de la Pologne en 1919, après la fin de la Première Guerre Mondiale.

Dès 1922, il reprit sa carrière de concertistc, et entreprit la tâche immense de rédiger une édition complète des œuvres de Chopin. Mais, lorsque la guerre éclata à nouveau et les troupes d'Hitler envahirent la Pologne, Paderewski s'enfuit aux États-Unis où il mourut, en exil, le 29 juin 1941. Il fut enterré dans le cimetière d'Arlington à Washington DC.

Les deux œuvres pour piano et orchestre forment un couplage évident pour un disque. Ce sont toutes les deux des œuvres virtuoses dans le grand style, et elles ont attiré des pianistes célèbres au fil des ans. C'est grâce à leur riche veine mélodique qu'elles tiennent encore leur place en bordure du répertoire pianistique, à un moment où l'exhibitionnisme dans la salle de concert n'est plus autant apprécié qu'autrefois.

Le Concerto pour piano débute avec un grand geste pour orchestre suivi d'une mélodie de type populaire avant que le piano se lance lui aussi dans l'atmosphère lyrique. L'écriture pour l'instrument soliste devient de plus en plus virtuose, jusqu'à ce que la rhétorique grandiose du concerto romantique est rétablie pour dominer l'Allegro suivant. La Romanza qui suit s'ouvre avec un thème très doux aux vents, suivi de commentaires tranquilles au piano dans une atmosphère proche du lyrisme de Chopin. Les broderies autour de la mélodie à l'orchestre deviennent de plus en plus somptueuses jusqu'au point culminant qui s'efface pour la fin. Le dernier Allegro molto est une danse polonaise de bravoure avec bien des occasions pour un feu d'artifice pianistique.

La Fantaisie polonaise sur des thèmes originaux, en un mouvement, commence par une danse lente traditionnelle qui est presque aussitôt interrompue par un geste au piano et une petite cadence qui crée l'ambiance pour une œuvre truffée de mélodies chantantes et de danses juxtaposées aux commentaires parfois langoureux, parfois virtuoses du soliste. Des thèmes d'allure fière s'alternent avec des passages plus doux, plus lyriques, et avec des solos éprouvants au cours des vingt minutes de cette pièce spectaculaire.

Le disque se termine avec l'Ouverture peu connue. La mélodie plaintive du début cède la place à un thème joyeux aux vents, encore que l'élément polonais semble souvent être tributaire des premiers romantiques allemands. Les deux thèmes s'imbriquent, émergeant à tour de rôle dans une atmosphère de danse cadencée jusqu'à la fin.

David Doughty
Traduction de Jeremy Drake


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