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8.554048 - TCHAIKOVSKY / DVORAK: Serenades for Strings
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Piotr Ilyich Tchaïkovski (1840-1893)
Sérénade pour cordes en ut majeur, op. 48

Antonín Dvořák (1841-1904)
Sérénade pour cordes en mi majeur, op. 22

Après s'être consacré à la musique en amateur, Tchaïkovski abandonna son poste au ministère de la justice en 1863 et débuta l'étude approfondie de son art sous la conduite d'Anton Rubinstein.

De 1866 à 1876, le compositeur se dédia à la pédagogie au sein du Conservatoire de Moscou où Nicolas Rubinstein, frère de son professeur, lui avait confié une classe. En 1877, un mariage désatreux avec Antonina Milioukova plongea le musicien dans une crise à laquelle son homosexualité mal assumée et sa nature hypersensible le prédisposaient. La 4ème Symphonie en porte la marque. Cette œuvre fut dédiée à Mme von Meck, riche mécène rencontrée en 1876 et qui allait désormais subvenir en partie aux besoins matériels du musicien.

A partir du début des années 1880, la réputation de Tchaïkovski alla croisssant en Russie, mais également à l'étranger. Il put s'en rendre compte au cours des nombreux voyages qui le menèrent dans les grandes capitales européennes et même, en 1891, aux Etats-Unis où il participa à l'inauguration du Carnegie Hall. Deux ans plus tard le compositeur décéda, peu après la création de son ultime symphonie: la "Pathétique".

Amoureux de l'époque classique, de la musique de Mozart en particulier, Tchaïkovski a sans doute songé aux ouvrages du musicien salzbourgeois en choisissant le titre de son Opus 48, mais il demeure que ce dernier fut conçu dans un esprit symphonique – "Plus l'effectif de l'orchestre à cordes sera nombreux, plus cela correspondra au désir de l'auteur", écrivit l'artiste russe sur sa partition –, différent donc de celui de la plupart des ouvrages du XVIIIe siècle.

La Sérénade pour cordes fut entamée en septembre 1880 et achevée au milieu du mois d'octobre et c'est avec le sentiment d'une grande réussite que Tchaïkovski adressa son manuscrit à l'éditeur Jurgenson.

Dès le 21 novembre 1880 on en donna une exécution privée au Conservatoire de Moscou et la création officielle se tint le 18 octobre de l'année suivante à Saint-Péterbourg sous la direction de Napravnik.

En quatre mouvements, l'Opus 48 débute par une Pezzo in forma di sonatina (morceau en forme de sonatine) où une introduction lente précède l'allegro moderato. L'œuvre se poursuit avec une Valse – danse chère au XIXe siècle et à Tchaïkovski – d'une grâce et d'une délicatesse où se lit immédiatement la signature de l'auteur. Le lyrisme est également de mise dans l'Elégie, remarquable pour l'intériorité, quasi religieuse par endroits, de son discours.

Retour au racines russes du musicien enfin dans le Finale; tema russa où , après une introduction andante, résonne un allegro con spirito conçu à partir de thèmes populaires.

Fils d'un boucher et aubergiste, Antonín Dvořák vit le jour à Nelahozeves en Bohême le 8 septembre 1841. Peu attiré par les activités de son père, l'enfant préféra se consacrer à la musique et, après avoir acquis les rudiments de son art auprès de divers amateurs, se perfectionna chez son oncle à Zlonice à partir de 1853. En 1857, le jeune Antonín fin son entrée à l'Institut de Musique sacrée de Prague – l'Ecole des Organistes – et travailla parallèlement, le piano, le violon et l'alto.

Son entrée en 1862 dans l'orchestre du Théatre de Prague comme violoniste puis altiste allait se révéler d'une grande importance pour la suite de sa carrière. Là, il découvrit en effet les opéras de Smetana à l'exécution desquels il eut l'occasion de participer sous la baguette de l'auteur. C'est probablement la Fiancée Vendue qui fit le plus dans la prise de conscience nationale du musicien tchèque dont l'art apparaît aujourd'hui indissociable du génie d'un peuple. Dvořák eut par ailleurs la chance de s'attirer la sympathie de Brahms qui l'aida à faire éditer ses œuvres.

A partir de la première série de Danses slaves qu'il composa en 1878, Dvořák vit sa réputation croître au sein de l'empire austro-hongrois – il devint professeur au Conservatoire de Prague en 1891 –, mais à l'étranger également. Après de nombreux déplacements en Angleterre en particulier, il résida pendant trois ans aux Etats-Unis (1892-95) sur l'invitation du Conservatoire de New York dont il assura la direction pendant cette période. Son intense activité pédagogique ne le détourna cependant pas de la composition et le séjour outre-Atlantique fut marqué par la compositions d'opus telles que la 9ème Symphonie "Du Nouveau Monde", le Quatuor à cordes "Américain" op. 96 et le Quintette à cordes en mi bémol majeur op. 97. De retour sur sa terre natale, le musicien conserva une activité créatrice intense jusqu'à la fin de ses jours et décéda à Prague, le ler mai 1904.

Rien de plus logique que de faire cohabiter Tchaïkovski et Dvořák dans un même programme car l'on sait en effet que les deux artistes éprouvaient une profonde estime mutuelle.

La Sérénade pour cordes, op. 22 appartient aux ouvrages qui contribuèrent à asseoir la popularité de Dvořák dans son pays. C'est en effet en 1875, à trente­quatre ans, qu'il écrivit cette délicieuse partition où s'affirment un sens poétique et une intelligence de l'écriture pour les cordes qui forcent l'admiration.

Créée le 10 décembre 1876 à Prague sous la baguette d'Adolf Ceck – fidèle défenseur de la musique de Dvořák –, la Sérénade en mi majeur comprend cinq épisodes: un Moderato irrésistible de souplesse et de fluidité, un Tempo di valse délicatement teinté de mélancolie, un Scherzo où le lyrisme prime comme toujours dans cet ouvrage la virtuosité, un Larghetto mystérieux et rêveur, un Finale qui contribue grandement à l'unité d'ensemble de la partition en raison de l'utilisation de thèmes déja entendus dans les premier et quatrième mouvements.

1997 Frédéric Castello


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