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8.554148 - Violin Recital: Adele Anthony
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Franz Schubert (1797-1828)
Duo (Sonate) pour violon et piano en la majeur, op. 162/D.574
Rondo brillant en si mineur op. 701/D. 895
Fantaisie en ut majeur op. 159/D.934

Musicien extrêmement précoce, Franz Schubert fut d'abord initié au violon et au piano par son père et son frère, puis il suivit les cours de l'organiste Michael Holzer. Ses progrès furent si rapides qu'en 1808 il devint enfant de choeur à la chapelle de la cour – ce qui lui permettait de bénéficier par ailleurs de l'enseignement général et musical dispensé au Stadtkonvikt (le Collège impérial). Le jeune Viennois disposa là d'un contexte idéal à l'éclosion de ses dons, au contact de professseurs nommés Antonio Salieri, Joseph Eybler et Phillip Körner.

En 1813 Schubert, cédant à la fois à la pression de son père, désireux de le voir entreprendre une carrière d'instituteur, et à l'envie de vivre pour son art, quitta le Konvikt. Après une année de formation, il débuta dans l'enseignement. Mais il ne ressentait aucune vocation pour la pédagogie: en 1818 il quitta définitivement son emploi afin de se consacrer à la seule musique.

L'essentiel de sa brève existence s'écoula à Vienne. Des amis lui vinrent certes en aide dans les moments difficiles mais il ne parvint jamais à conquérir une place solide dans la vie musicale de la capitale autrichienne. Aux difficultés matérielles s'ajoutèrent à partir de 1822 les méfaits d'une syphilis qui emporta le musicien en 1828.

Le musicologue Alfred Einstein résume parfaitement ce qui fait la singularité de Franz Schubert lorsqu'il le définit comme „ un musicien dont la forme d'existence eut été totalement impossible avant Beethoven. Le mot décisif, poursuit-il, c'est que Schubert „ne jouit d'aucune espèce de fonction“. Il ne devait jamais „jouir“ d'aucune, d'ailleurs. Comme Beethoven il est indépendant, seulement son indépendance est toute différente de celle de son grand aîné, dont l'existence, en dépit de toutes ses lamentations et récriminations, fut toujours assurée. Schubert, lui, mène la vie d'un musicien de bohème avant la lettre; il ne vit que pour satisfaire le démon intérieur qui le pousse à créer.“

Domaine d'expression privilégié de Franz Schubert, la musique de chambre offre nombre de chefs-d'œuvre dans le domaine du trio, du quatuor et du quintette, qui occultent la plupart du temps un autre aspect pourtant non négligeable de cette production: la musique pour violon et piano. L'audition des trois ouvrages enregistrés ici suffira pour s'en convaincre.

En 1817, un an après les trois charmantes Sonatines, op. 137, Franz Schubert renoua avec l'effectif violon et piano dans une œuvre plus vaste et ambitieuse: la Sonate en la majeur, op. 162/D. 574, qui ne fut publiée qu'en 1851 sous le titre Duo pour violon et piano.

En quatre épisodes, l'ouvrage s'ouvre par un Allegro moderato introduit par le rythme pointé du piano sur lequel se superpose rapidement la mélodie souple et chantante du violon et toute la suite de ce mouvement de forme sonate traduit un net enrichissement du langage harmonique du musicien par rapport aux ouvrages pour piano et violon de l'année précédente.

Très réussi, le second mouvement consiste en un Scherzo en mi majeur nerveux et charmeur, qui s'oppose à un trio en ut majeur d'une grande fluidité. On retrouve la tonalité d'ut majeur dans l'Andantino construit sur une forme Lied en trois sections. Schubert a sans aucun doute songé à la voix humaine dans ce morceau remarquable par son lyrisme pudique et intense.

Allant, esprit et élégance sont des maîtres mots dans l'Allegro vivace conclusif.

C'est chez l'éditeur Artaria qu'eut lieu au début de l'année 1827 la création privée du Rondo brillant en si mineur, op. 70/D. 895, par le jeune violoniste Josef Slavik et le pianiste Karl Maria von Bocklet. En deux volets, il fait d'abord entendre en Andante en si mineur de structure tripartite. Fermeté du discours, ampleur de la phrase, dramatisme des accents singularisent cet épisode auquel succède le Rondeau. Schubert opte pour la tonalité de si majeur dans cette pièce virtuose et lyrique qui remporta un vif succès lors de sa création.

Tel ne fut pas le cas pour la Fantaisie en ut majeur, op. 159/D. 934 dont un critique commenta en ces termes la première exécution (le 20 janvier 1828) : La Fantaisie pour piano-forte et violon, composition de M. Franz Schubert, que présentaient l'organisateur du concert (J. Slavik) et M.K.M. von Bocklet, s'étirait un peu trop au-delà du temps que les Viennois veulent consacrer aux plaisirs intellectuels. La salle s'est peu à peu vidée, et l'auteur de ce compte­rendu avoue qu'il ne peut rien dire sur la fin de ce morceau de musique.“

Cet échec explique sans doute le temps qu'on dut attendre pour voir l'ouvrage édité – en 1850 seulement. Par son caractère monolithique et l'abondance du matériau musical, il avait il est vrai de quoi dérouter certaines oreilles. Toutefois l'Opus 159 s'impose aujourd'hui comme la réalisation pour piano et violon la plus passionnante sans doute du musicien autrichien.

Agencée en quatre sections, la Fantaisie fait d'abord entendre en Andante molto où le chant assez linéaire du violon se déploie sur les trémolos du piano. Suit un Allegretto typiquement schubertien par son côté bondissant et insouciant. Il mène à l'Andantino où l'on découvre une série de variations sur un thème issu du Lied Sei mir gegrüsst: il s'agit là de la partie la plus développée et la plus attachante d'une partition qui se conclut par un Allegro vivace heureux et constrasté.

1997 Frédéric Castello


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