About this Recording
8.554180 - Piae Cantiones: Latin Song in Medieval Finland
English  French  German 

Piae Cantiones
Chants latins en Finlande médiévale

Avant que n'intervienne la grande Union des états de Scandinavie en 1397, toutes les contrées nordiques étaient sous domination danoise: L'Union de Kalmar avait été abattue en 1523 après de nombreuses rébellions suédoises repêtées et la dissolution ultime fut précédée du fameux massacre de Stockholm dans lequel 82 nobles et membres du clergé – prônant l'indépendance suédoise – furent exécutés par les danois.

Chef de l'insurrection suédoise, Gustave Vasa allait devenir roi de Suède et de son duché de l'Est: la Finlande. Pourtant, il ne suffisait pas de la bravoure et d'un certain patriotisme pour assurer définitivement la victoire. Les mercenaires employés durant les combats avaient coûté très cher; provisions de capital et intérêt commercial –comme les hanséatiques marchands de Lübeck – étaient davantage nécessaire que le courage. La guerre avait ainsi, laissé Gustave Vasa sérieusement endetté. On a d'ailleurs souvent dit qu'il s'agissait là de la principale raison pour laquelle les suédois et les finlandais adoptèrent si rapidement les nouvelles doctrines de la religion protestante. Ainsi, le chef d'état allait devenir également le chef religieux du pays; ce qui légitima la couronne dans sa confiscation des biens ecclesiastiques.

En Suède, la Réforme s'accomplit donc sans grande effusion de sang. Ce fut davantage le cas en Finlande qui, avec son propre diocèse Aboa , fit beaucoup pour l'indépendance religieuse – et cela depuis le XIVe siècle. Le premier hymne finlandais, publié en 1583 par Jaakko Finno, chef de l'école de la cathédrale de Turku, marqua de manière notable l'exemple pour les hymnes nationaux contemporains.

Avec Theodoricus Petri (étudiant finlandais de l'université de Rostock), Jaakko Finno fut le principal éditeur d'une curieuse collection de chants dévots en Latin pour la schola Aboensi in Finlandia publié à Greifswald en 1582. Ce recueil, au titre évocateur de Piae Cantiones ecclesiasticae veterum episcoporum, contient une musique à la portée tant géographique que chronologique. Stylistiquement, le contenu est plus ancien que ce qu'indique la date de publication et certaines compositions peuvent être rapportées au tournant du millénaire. La majeure partie des compositions du recueil appartiennent sans aucun doute à l'école du chant germanico-bohémien du XVIe siècle. On se demande alors comment un tel recueil a pu être produit en Finlande protestante, par un ecclesiastique qui, en d'autres occasion, traita l'utilisation du latin en lithurgie une invention du diable. Pourquoi aussi avoir publié ce recueil sur le continent européen et non à Stockholm, la capitale? Il semble que l'impulsion première qui aboutit au recueil vienne du roi Johan III de Suède – connu pour ses fortes sympathies catoliques –, qui tenait à son propre héritage culturel en tant qu'ancien gouverneur et duc de Finlande. Comme le suggère le titre du recueil, il semble que les Piae Cantiones, plutôt que d'être un "tout musical cohérent", soit une tentative de sauvegarde d'une tradition de chant local, vieille d'une centaine d'années et tombée en désuétude. Ce caractère de la collection apparaît dans le manque de matériel musical contemporain et dans la manière avec laquelle les compositions sont présentées, suggérant une forte tradition orale dans leur transmission. La place de la publication peut sans doute être expliquée par la présence continuelle d'étudiants finlandais dans les universités catholiques de l'Europe centrale et aussi par le fort anti-catholicisme des suédois eux-même. Les Piae Cantiones n'échappent pourtant pas complètement aux controverses théologiques. Certains des textes ont été "corrigés" par Jaako Finno, une tâche hélas exécutée superficiellement, et généralement par simple remplacement de certains noms comme Maria et Virgo par exemple, d'autres comme Christus et Puer. Naturellement, il en résulte très souvent une violation de la structure poétique et dans une certaine mesure, en un non-sens complet: par exemple Christus se voit assigner l'attribut virginal porta clausa nec pervia.

La seconde édition des Piae Cantiones fut publiée en 1625 à Rostock en étroite relation avec Viborg, autre centre médiéval finlandais. Cette fois, un musicien fort connu de l'église allemande, Daniel Friderici, participa à l'entreprise en tant que directeur artistique. Présentant la valeur historique et culturelle du recueil, il garda l'intégralité des chants monophoniques de la première édition. Beaucoup de ces pièces polyphoniques à trois voix ont pourtant été fortement teintées du goût contemporain de Friderici, et cette deuxième édition tient davantage lieu de manuel pratique du parfait chanteur. Les Piae Cantiones ont eu en Finlande un impact certain sur la vie musicale contemporaine car avec l'essor d'un romantisme national au tout début du XXe siècle, une tradition de chœur mixte se développa autour de ces mélodies qui se retrouvaient dans de nombreus hymnes religieux. Le public étajt pourtant réticent à considérer les Piae Cantiones comme un tout cohérent fortement représentatif d'un chant latin non liturgique directement lié aux chemin évolutif de type baltique et méditerranéen. Sans doute voyaient-t-il trop d'emphase dans ces éléments d'origine nationale; éléments qui composent en grand nombre le recueil…

Dans le présent enregistrement, notre intention a été d'explorer les chemins qui reliaient la Finlande à l'héritage musical européen. Certaines œuvres du CD sont pourtant tirées de sources autres que le livre des Piae Cantiones lui-même. Mais un nombre non négligeable de chants composant le recueil, ne se retrouvent pas non plus dans les autres sources de l'époque et leur origine est à ce titre souvent controversée. Beaucoup de ces pièces semblent être finnoises comme Ramus virens olivarum: il s'agit là d'un hymne à Saint Henry, évèque anglais martyr, devenu le Saint patron de la Finlande.

Aetas carmen melodiae se révèle tout aussi curieuse; remplacée dans l'édition de 1625 par une mélodie de Daniel Friderici, elle surprend par sa beauté archaïque mais surtout par le contrepoint définitivement effronté de sa version initiale à trois voix. Nous voyons sans doute là l'œuvre d'un compositeur local... Pour ce qui est des œuvres que l'on retrouve dans d'autres recueils, elles trahissent souvent des origines et des influences allemandes ou bohémiennes. C'est le cas de Dies est laetitiae, présente dès le XVe siècle sous diverses formes et avec de nombreuses variations dans des recueils divers et qui, plus tard, prendra la forme d'un chœur luthérien sur le texte Der Tag der ist so freudenreich. La mélodie de Parvulus nobis nascitur qui puise ses origines en Germanie nous livre dans le Glogauer Liederbuch, un texte vernaculaire…

La version enregistrée ici semble être du compositeur flamand Jacob Obrecht, extraite du premier volume imprimé de l'Odhecaton (Venise 1501) de Ottaviano Petrucci (musique polyphonique). Mais de nombreux chants du Piae Cantiones ont des origines plus lointaines: par exemple, la plus ancienne source du Verbum caro factum est un manuscrit français datable d'avant 1100. Cette pièce, qui semble avoir été transmise à l'université de Paris par des étudiants finnois depuis les tréfonds de leur pays, se retrouve dans certaines compilations italiennes ou espagnoles. Dans le même manuscrit, on trouve aussi une version du Omnis mundus jucundetur, qui apparaît dans deux fois dans notre programme: une première fois dans sa version initiale du Piae Cantiones, puis en un motet à double texte extrait du fameux manuscrit tchêque, le Codex Speciálník.

Quant au Puer natus in Bethlehem, très connu des germaniques, il tire ses origines du monastère de Bobbio en Italie (pour les premières versions).

Notre connaissance de l'interprétation musicale médiévale finnoise est pourtant réduite à néant. Mais depuis les nombreux échanges culturels entre la Finlande et les autres pays de la Baltique, nous nous sommes de plus en plus inspirés de la pratique instrumentale allemande du XVe siècle. De plus l'emploi du Kantele, la psalmodie traditionelle finnoise, nous a sans doute orienté justement vers une hypothétique interconnexion entre musique traditionelle et musique scolaire – au sens litéral du terme.

Traduction: Stéphan Perreau


Close the window