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8.554228 - REICHA: Wind Quintets, Op. 91, No. 6 and Op. 88, No. 6
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Antoine Reicha (1770-1836)
Quintettes pour vents

A la suite du décès de son père en 1771, alors qu'il avait un an, Antoine Reicha se retrouva à la charge de sa mère, mais elle ne voulut ou ne sut pas s'occuper de lui et à onze ans et il partit se réfugier chez son grandpère paternel. C'est alors qu'il accepta d'être élevé dans la famille de son oncle Josef, violoncelliste très respecté et Konzertmeister à la fameuse cour de Oettingen-Wallerstein. Il lui fallut à nouveau voyager seul et même employer une ruse pour pouvoir passer la frontière à Regensburg.

Pendant les trois années qui suivirent, Antoine apprit à jouer de la flûte, du violon et du piano, et lorsque Josef fut nommé à la tête de l'orchestre de l'Electeur à Bonn en 1785, son neveu était suffisamment formé pour se joindre à lui comme violoniste et flûtiste. L'occasion était parfaite, l'Electeur étant féru de musique et employant le jeune Beethoven comme organiste et altiste. Les deux musiciens devinrent aussitôt très amis et en 1792, ils avaient tant progressé en composition auprès de Christian Neefe qu'on leur offrit la possibilité d'étudier avec Haydn à Vienne. Beethoven accepta, mais Reicha demeura à Bonn jusqu'en 1794, année où les troupes napoléoniennes occupèrent la ville. L'Electeur prit la fuite, et Josef, bien que trop malade pour voyager, craignit qu'Antoine ne soit attiré par les idées révolutionnaires de l'armée française et insista pour qu'il trouve un refuge relatif à Hambourg. Reicha obéit, mais si ce déménagement lui permit de se consacrer pleinement à la composition, l'enseignement et la philosophie, le climat humide de Hambourg affecta sa santé et en 1799 il s'installa à Paris. Avant longtemps, toutefois, il jugea que la situation politique incertaine lui était défavorable, et en 1801 il opta pour la relative stabilité de Vienne.

L'amitié de Beethoven et Haydn s'était altérée, mais tous deux furent amis avec Reicha pendant les sept années qui suivirent, celui-ci faisant office de traducteur lorsqu'ils recevaient des visiteurs français et considérant Haydn comme une sorte de modèle. Ardent défenseur du changement, il développa également sa propre philosophie musicale et esthétique, soutenant que les formes "anciennes" comme la fugue n'auraient leur place dans la musique moderne que si les compositeurs remettaient en cause des normes établies telles que la nécessité d'utiliser des barres de mesure ou le fait que des œuvres doivent débuter et se conclure dans la même tonalité. Il fit la démonstration de quelques-unes de ses idées dans le Practische Beispiel, recueil de trente-six étranges fugues pour piano qui contenaient des rythmes, des temps et des harmonies inhabituels et qu'il publia en 1803. L'expérience aurait pu aller plus loin, mais en 1805, les troupes de Napoléon parviment à Vienne et lorsqu'il retourna à Paris trois ans plus tard, Reicha se rendit compte qu'il ne pouvait pas gagner sa vie en se consacrant exclusivement à la composition. Il continua de publier des traités théoriques sur l'esthétique, mais il dut se procurer une autre source de revenus, et après avoir adopté le nom d'Antoine Reicha, il commença à acquérir une réputation de professeur efficace et amusant. Ses élèves furent, entre autres, Berlioz, Liszt, Franck et Gounod, et en 1818, il fut engagé au Conservatoire de Paris comme professeur de composition.

Aujourd'hui, cependant, Reicha est plus connu pour ses nombreux quintettes pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson. Cette combinaison d'instruments avait déjà été utilisée à l'occasion, mais Reicha allait s'approprier cette forme, entreprenant une minutieuse étude de chacun de ces instruments après s'ètre mesuré à ce genre une première fois en 1811, puis écrivant les deux "œuvres incomparablement supérieures" qu'il publia d'abord comme les deux premières pièces de son op. 88 Les quatre autres quintettes du recueil furent écrits en 1817, et tous les six furent publiés et exécutés au Théâtre Favart de Paris plus tard cette même année. Ils furent accueillis comme d'importantes nouveautês et le public parisien attendit impatiemment ses trois subséquents recueils, contenant également six morceaux, l'op. 91 en 1818, l'op. 99 en 1819 et l'op. 100 en 1820. Balzac y fait référence dans son roman Les employées, et le correspondant à Paris de l'Allgemeine Musikalische Zeitung eut "du mal à imaginer une exécution plus discrète, vivante ou plus compétente. S'il est possible de surpasser Haydn dans la composition de quatuors et pour quatuor, c'est ce que Reicha a réussi à faire dans ces quintettes".

Les Parisiens ne furent pas les seuls à s'enthousiasmer pour les quintettes pour vents. "Ils éveillèrent le même emballement dans toute l'Europe," nota Reicha dans son autobiographie; "j'en veux pour témoins les nombreuses lettres et félicitations qui me furent adressées de toutes parts." John Sainsbury, écrivant en Angleterre en 1825, fut particulièrement impressionné: "Aucune description, aucune imagination ne peuvent rendre justice à ces compositions. L'effet produit par les extraordinaires combinaisons d'instruments apparemment sans parenté sonore, ajouté au vigoureux style d'écriture et aux judicieux arrangements de Reicha, ont fait de ces quintettes le sujet de l'admiration du monde musical. "Un tel enthousiasme fut inévitablement tempéré, toutefois, par quelques opinions plus critiques. Pour Louis Spohr, Reicha était "trop prodigue de ses idées," même s'il appréciait les riches harmonies et l'instrumentation efficace de ces œuvres. Berlioz trouvait les quintettes "un peu froids." Mais rares furent ceux qui allèrent aussi loin que'un critique londonien qui, après avoir entendu jouer l'un des quintettes lors d'un concert de la Philharmonic Society en 1825, le décrivit comme "l'un des morceaux les plus intolérables que j'aie jamais été condamné à entendre."

Les instrumentistes pour lesquels furent écrits les quintettes figuraient sans aucun doute parmi les meilleurs de leur époque. Tous, à l'exception du bassoniste Antoine Henry, avaient étudié la composition avec Reicha, et le clarinettiste Jacques­-Jules Bouffil était le seul à ne pas faire partie du corps enseignant du Conservatoire.

L'op 91 nº 6, en ut mineur débute par une marche funèbre qui laisse place à un Allegro vivace où tous les interprètes ont l'occasion de briller. Le second mouvement présente un thème pour hautbois et trois variations assez libres avec Menuet et Trio, puis le Finale, assez détendu, offre d'autres passages virtuoses.

L'Allegro moderato qui suit l'introduction lente de l'op. 88 nº 6 rappelle le premier mouvement du quintette precedent. Le mouvement lent est quant à lui le seul Siciliano des quintettes de Reicha. Comme toujours chez Reicha, le Minuet est en fait un Scherzo. Suivent deux sections de Trio contrastées, et le morceau s'achève avec un finale en forme de rondo songeur.

John Humphries
Version française: David Ylla-Somers


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