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8.554271 - BRAHMS: String Quartets Op. 51, Nos. 1 and 2
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Johannes Brahms (1833-1897)
Quatuor à cordes en ut-mineur, op. 51, no.1
Quatuor à cordes en la-mineur, op. 51, no.2

Jour inoubliable dans la vie de Brahms que le 30 septembre 1853, date de sa rencontre avec Robert Schumann. Après avoir entendu le jeune musicien au piano, l'auteur des Kreisleriana ne trouvait pas en effet de mots assez élogieux pour dire le génie du prodige qu'il venait de découvrir. Brahms noua des liens d' amitié très solides avec Robert et Clara et fut profondément affecté par les circonstances tragiques dans lesquelles disparut le musicien trois ans plus tard.

Jusqu'au milieu des années 1870 Brahms, qui était un pianiste de premier plan, consacra beaucoup de son temps aux récitals Parallèlement sa réputation de compositeur allait croissant comme le prouve sa nomination au grade de docteur honoris causa de l'université de Cambridge en 1877, puis de celle de Breslau en 1879. Brahms avait alors presque cessé de se produire en récital pour ne plus consacrer qu'à l'élaboration d'ouvrages vigoureusement défendus par le critique viennois Edouard Hanslick. Par son attachement aux modèles classiques, l'auteur du Deutsche, Requiem représentait la figure emblématique du "camp" opposé à la "Musique de l'avenir" incarnée par Liszt ou Wagner.

La musique de chambre occupe une place de choix dans la production de Johannes Brahms. Ce domaine comprend en effet vingt-quatre opus, très représentatifs du souci d'équilibre qui caractérise sa plume. La découverte des maîtres classiques fut d'ailleurs étroitement associée chez Brahms à la musique de chambre. Entre 1857 et 1859 l'artiste avait été en poste à la cour de Lippe-Detmold en tant que pédagogue, chef de la société chorale et pianiste. Cette existence ne présentait pas de relief particulier pour le jeune compositeur, mais les heures de loisir dont il disposait lui permettaient d'explorer la bibliothèque du maître des lieux: le prince Leopold III. Là, Brahms déchiffra une énorme quantité de sonates, trios, quatuors, etc.; expérience qui le marqua de façon indélébile.

S'agissant du quatuor à cordes, l'admiration que Brahms éprouvait pour les ouvrages de Ludwig van Beethoven exerça un effet inhibant sur un créateur qui attendit de longues années avant de terminer et d'oser faire entendre ses compositions – un phénomène comparable se produisit d'ailleurs en matière symphonique. On pense que, peu après sa rencontre avec Schumann, Brahms avait couché sur le papier réglé plusieurs esquisses, et pourtant vingt ans s'écoulèrent avant la naissance officielle de ses deux premiers quatuors…

Le fait qu'après une longue pause dans sa production de musique de chambre – le Trio pour violon, piano et cor, op. 40 datait en effet de 1868 – le compositeur allemand considère que la gestation de ses Quatuors op. 51 était achevée, et qu'il lui fallait parvenir à un résultat définitif, traduisait une confiance en soi à laquelle ses succès dans la vie musicale viennoise n'étaient probablement pas étrangers – ­rappelons ainsi que 1872 avait par exemple vu la nomination de l'artiste à la tête de la Société des amis de la Musique –, pas plus que le contexte heureux dans lequel ces ouvrages virent le jour.

Grand amoureux de la nature, Brahms s'installa en effet durant l'été 1873 dans un hôtel de Tutzing, un petit village situé sur les bords du lac de Starnberg, non loin de Munich, où il pouvait alterner de longues promenades avec une activité créatrice intense. Durant ces vacances apaisantes naquirent ainsi les Variations sur un thème de Haydn, dans leur version primitive pour deux pianos, et les Quatuors op. 51.

Peu après avoir quitté Tutzing, alors qu'il séjournait en compagnie de Clara Schumann à Lichtental, Brahms offrit à son amie la primeur de deux partitions qui furent dédiées au Dr. Theodor Billroth, un chirurgien viennois ami du musicien.

Par son écriture savante et complexe, le vaste Allegro initial du Quatuor en ut mineur, op. 51 n° 1 a parfois contribué à installer l'idée d'une œuvre difficile d'accès. Il n'en est pourtant rien et ceux qui se donnent la peine d'apprivoiser le langage très polyphonique de cet épisode perçoivent vite la richesse d'un discours volontaire alimenté par trois thèmes.

Ecrite dans la tonalité de la bémol majeur, la Romanze (Poco adagio) se singularise par la souplesse de ses lignes et le lyrisme pudique qui s'en dégage.

On est également frappé par la relative retenue du troisième mouvement Allegro molto moderato et comodo eu fa mineur qui exhale un parfum délicieusement nostalgique.

L'ut mineur initial reparaît avec le final Allegro qui opère une synthèse très réussie entre le rondo et la forme sonate et captive l'auditeur tant par l'abondance de son matériau thématique que l'intensité d'un propos plutôt sombre.

Le 11 décembre 1873 à Vienne, le Quatuor Hellmesberger donna la première audition publique de l'ouvrage et ce fut cette même formation qui, deux ans plus tard, le 3 décembre 1875, fit découvrir aux auditeurs de la capitale autrichienne le Quatuor en la mineur op. 51 n° 2.

D'une couleur – d'une "humeur mineure", a-t-on dit – très proche du précédent, le Quatuor n° 2 débute par un Allegro non troppo aux dimensions plus imposantes encore que celui du Quatuor en ut mineur. Trois thèmes nourissent cette pièce et l'on remarquera que le premier fait appel en son début aux notes F-A-E (fa, la, mi) abréviation de la devise Frei Aber Einsam (libre mais solitaire) chère au violoniste Josef Joachim. Aussi magnifiquement construit, mais sans doute plus aéré et lisible que l'Allegro de l'Opus 51 n° 1, ce mouvement débouche sur un Andante moderato en la majeur où deux sections d'un prégnant lyrisme encadrent une partie centrale assez dramatique.

Une grâce un rien mendelssohnienne, mâtinée d'une pointe d'inquiétude, se dégage du Quasi Minuetto (Moderato) en la mineur dont le ton s'anime dans le trio central Allegretto vivace.

On ne peut s'empêcher de songer au contexte heureux dans lequel fut achevé ce quatuor en entendant l'Allegro non assai en la mineur conclusif. Avec une belle franchise, mais comme retenu aussi par la sagesse de ceux qui savent savourer l'instant présent, ce final plonge l'auditeur dans un univers sonore coloré et dansant.

Frédéric Castello


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