About this Recording
8.554288 - BEETHOVEN, L. van: Triple Concerto / Piano Concerto in D Major, Op. 61a (Jando, Dong-Suk Kang, Kliegel, Drahos)
English  French  German 

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Triple concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre en ut majeur op. 56 Concerto pour piano et orchestre en ré majeur op. 61 a

Beethoven […] tirait des traits entièrement nouveaux et osés du piano en se servant de la pédale, et il jouait de manière exceptionnellement personnelle, se distinguant particulièrement par un legato strict des accords, créant ainsi un type nouveau de sonorité chantante ainsi que maints effets inimaginables.

Son improvisation était des plus brillantes et étonnantes. Quel que soit son public, il savait comment produire un effet tel sur chaque auditeur que bien fréquemment il n'y avait pas un œil qui ne soit demeuré sec, tandis que certain, laissaient échapper de gros soupirs ; car outre la beauté, l'originalité de ses idées et le style inspiré avec lequel il les rendait, il y avait quelque chose de merveilleux dans son expression.

Czerny, élève de Beethoven, maître de Liszt

Avec cinq concertos pour piano, le triple concerto pour piano, violon et violoncelle et un concerto pour violon et sa version pour piano, Beethoven ne laissa à la postérité que relativement peu d'œuvres de ce genre tant apprécié des compositeurs-virtuoses. Pourtant, "dans le principe concertant quî oppose soliste et orchestre, [il] découvr[it] les sources vives d'un dialogue poétique libre, qui tout en préservant la forme traditionnelle du genre, la fait oublier." (André Boucourechliev, Beethoven, 1963). De 1795 à 1815, du Premier concerto pour piano à l'esquisse de ce qui aurait dû être le sixième, du pianiste virtuose promis à un avenir radieux au compositeur sourd retiré du monde, l'évolution de Beethoven tant personnelle qu'artistique fut radicale. Les deux premiers concertos pour piano datent des années 1795-96, alors que Beethoven venait de s'installer à Vienne, tournant la page sur une enfance sans grand bonheur, sur la mort d'un père alcoolique et d'une mère tendrement aimée. En 1792, jeune musicien pratiquement inconnu et pourtant virtuose et improvisateur exceptionnel, il avait découvert la capitale d'un empire s'étendant sur la moitié de l'Europe. Il s'était empressé de se perfectionner auprès de Haydn (il n'apprit jamais rien de lui, selon ses dires), Albrechtsberger (“le plus célèbre enseignant de cette science”) et le Kopellmeister Salieri, un homme soucieux "de donner son instruction gratuitement aux musiciens de peu de ressources". Ses débuts officiels de compositeur et de pianiste eurent lieu le 29 mars 1795 avec l'exécution de son Concerto pour piano en si bémol majeur. Pour la première fois, il rencontrait succès et admiration.

Ebauché en 1800, ne trouvant sa forme définitive vers 1803, le Troisième concerto pour piano en ut mineur correspond à la première maturité de Beethoven. Indépendant, esprit libre, exprimant sa personnalité avec force et clarté, il explorait alors avec une hardiesse plus grande les genres et les structures formelles hérités du siècle précédent, affirmant sans ambages son ambition de créateur avec la Première symphonie, les Quatuors à cordes opus 18, le célèbre Septuor dédié à l'Impératrice Marie-Thérèse. Pourtant depuis plusieurs années, il avait commencé à ressentir des troubles de l'audition qu'il tenta d'abord de dissimuler à ses amis, puis qu'il libéra dramatiquement au grand jour avec ce qu'il est convenu d'appeler le Testament d'Heiligen-stadt où, contemplant sa condition de musicien sourd, il fit ses adieux au monde. La rédaction de ce document traumatique semble avoir eu un effet de catharsis. Beethoven revint à Vienne et en l'espace de quelques jours il contacta ses éditeurs et reprit la composition.

Le Triple Concerto ou selon le titre de l'édition originale Grand Cancerto Concertant pour Pianoforte, Violon et Violoncelle avec accompagnement de deux violons, alto, flûte, deux hautbois, deux Clarinettes, deux cors, deux bassons, trompettes, timballes [sic] et basse. Composé et dédié à Son Altesse Sérénissime le Prince de Lobkowitz par Louis van Beethoven. Op. 56 fut écrit en 1803-04. Cette page unique aux proportions colossales se trouve à la croisée de chemins, s'appropriant les élargissements formels du Troisième concerto pour les transcender définitivement dans le Quatrième, associant le concerto grosso et la symphonie concertante des siècles passés aux trios de musique de chambre tant à l'honneur dans les salons viennois. De caractère résolument symphonique, elle introduit un dialogue entre chacun des instruments solistes ainsi qu'un échange concertant entre le trio et l'orchestre. Elle s'articule autour de trois mouvements: un Allegro héroïque qui débute de manière unique par les violoncelles et contrebasses seuls dans leur registre grave, un sombre Largo dans la tonalité lyrique préférée de Beethoven, la bémol majeur, introduit par les violons en sourdine et, directement enchaîné, le Rondo alla Polacca, une polonaise aristocratique et brillante. Son attention se porta sur l'équilibre du trio soliste, avec une partie délicatement restreinte du piano tandis que celle du violoncelle évite à l'instrument de se perdre dans la masse sonore.

Avec le Quatrième concerto pour piano, esquissé dès 1805-06, Beethoven élargit radicalement les règles du genre. En 1806, année qui vit la chute de son unique opéra, Fidelio, il se consacra à son seul Concerto pour violon à être publié, qu'il dédia à son ami d'enfance Stephan von Breuning. Le 22 avril 1807, le pianiste, compositeur et éditeur Muzio Clementi écrivait à son associé londonien "Nous sommes tombés d'accord pour prendre en manuscrit trois quatuors, une symphonie et une ouverture et un concerto pour violon qui est magnifique et qu'à ma demande, il va adapter pour le piano avec et sans touches supplémentaires". (La facture du piano était alors en pleine évolution). C'est ainsi que fut publié en août 1808, le Concerto pour le Pianoforte avec accompagnement de grand orchestre [Op. 61a] arrangé d'après son Ier Concerto de violon et dédié a Madame de Breuning.

Dans sa version pour piano et orchestre, Beethoven préserva intactes les parties orchestrales; il conserva l'essentiel de celle du violon solo et prit grand soin de la coucher à nouveau sur papier dans une écriture pianistique. Premier des trois mouvements, l'Allegro ma non troppo, de forme sonate, rayonne de puissance symphonique. Le Lorghetto lyrique et tendre s'inscrit dans un sol majeur calme et bienheureux, avant que la joie exubérante du Rondo (Allegro) n'éclate librement. Beethoven ne put s'empêcher d'exploiter les sonorités et mécanismes pianistiques. S'il se contenta parfois de doubler la partie aiguë du violon (main droite) dans le grave de l'instrument (main gauche), il mit en place des échos de sections ou de motifs orchestraux, des remplissages harmoniques sous la forme de basse d'Alberti (main gauche), des ponctuations rythmiques (main gauche) sous la mélodie originale (main droite), des trilles en place de tenues autorisant ainsi le rendu des nuances (crescendo, decrescendo). Quant aux cadences, contrairement à celles improvisées du violon, elles furent écrites dans leur intégralité, déployant pleinement les possibilités ornementatives du piano, et, détail saisissant, avec ponctuation rythmique des timbales. Cet arrangement de Beethoven connut une réception enthousiaste.

Le cinquième et dernier concerto pour piano de Beethoven fut écrit en 1809, alors que l'Autriche se préparait à la guerre. Bombardements, occupation de la capitale autrichienne, traité de paix, entravèrent la composition de cette œuvre où orchestre et pianiste se trouvent en parfait équilibre. "Le concerto beethovénien résonne pur de toute convention formelle". (op.cit.). Après 1815, Beethoven n'y reviendra plus.

Isabelle Battioni


Close the window