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8.554340 - CANNABICH: Symphonies Nos. 47 - 52
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Christian Cannabich
Symphonies nos. 47 à 52

Johann Christian Innocenz Bonaventura Cannabich, fils du flûtiste et compositeur Martin Friedrich Cannabich, naquit à Mannheim en 1731. Elève de Johann Stamitz, Christian Cannabich entra comme étudiant à l'orchestre de la cour de Mannheim à l'âge de douze ans (1744) et fut officiellement nommé violoniste en 1746 ou 1747. L'Electeur Carl Theodor lui accorda une bourse pour aller étudier en Italie. Ainsi dès l'automne 1750 il suivit une série de cours avec Jommelli à Rome où il resta jusqu'en 1753. Il accompagna Jommelli à Stuttgart mais retourna en Italie en 1754, où il demeura jusqu'à sa nomination au poste de premier violon de l'orchestre de la cour de Mannheim à la mort de Johann Stamitz. Son mariage, en 1759, avec Maria Elisabeth de la Motte, dame d'atours de la Duchesse de Zweibrücken, se trouva étre d'une grande utilité: ce lien avec la famille Zweibrücken lui permit d'encourager le Duc Christian IV à user de son influence pour promouvoir les compositeurs de Mannheim dans la capitale française. Cannabich accompagna le Duc à Paris en 1764 et vécut dans son palais parisien. En 1766, il se rendit une nouvelle fois à Paris où il obtint le privilège d'y faire imprimer six symphonies et six trios. Après cette date, la plupart des œvres de Cannabich furent publiées par des éditeurs parisiens. Au cours d'une visite ultérieure (1772), il apparut en solo au Concert spirituel et remporta une médaille dans un prestigieux concours de composition.

En 1774, Cannabich succéda officiellement au poste de Stamitz en tant que directeur de la musique instrumentale, devenant ainsi l'unique chef et instructeur de l'orchestre le plus célèbre d'Europe. Les quatre années qui suivirent, avant le déménagement de la cour pour Munich, furent une période de très grand succès et d'immense renommée pour le compositeur. Aimable et respecté par tous ses collègues, Cannabich tenait plus ou moins table ouverte pour les musiciens de la région ou de passage. Mozart, que Cannabich avait rencontré à Paris en 1766, demeura chez lui en 1778 et donna des leçons de piano quotidiennes à sa fille Rosa, pour qui il composa la Sonate en ut, K. 309. Mozart l'appréciait et l'admirait énormément, et disait: 'Cannabich, qui est le meilleur chef d'orchestre que j'aie jamais rencontré, a l'amour et le respect de ceux qu'il dirige' (lettre du 9 juillet 1778). Cannabich aida grandement Mozart et joua certainement un rôle, quelques années plus tard, dans l'obtention pour son ami de la commande d'un opéra (Idomeneo) par la cour électorale.

Dans les années 1790, l'activité musicale à la cour était réduite et Cannabich, comme ses collègues Toeschi et Fränzl, dut se plaindre des coupes sombres dans les institutions musicales et, plus gravement, de la rétention des salaires. Au cours de la dernière année de sa vie, Cannabich ne reçut qu'un tiers de son salaire annuel et il lui fut nécessaire d'entreprendre des tournées de concerts afin de compléter ses revenus. Il mourut le 20 janvier 1798 à Francfort-sur-le-Main lors d'une visite chez son fils Carl.

Bien que Cannabich soit surtout connu aujourd'hui pour son rôle dans la direction du

fameux orchestre de la cour de Mannheim, il fut un compositeur prolifique et couronné de succès dont les œuvres furent autant admirées à Mannheim qu'à Paris. Le Dr Charles Burney fit l'éloge de La foire de village hessoise qu'il entendit à Schweitzingen en 1772; le ballet semble en effet avoir été un genre dans lequel Cannabich excella. Ses symphonies n'ont toutefois pas reçu de louanges aussi enthousiastes. Leopold Mozart critiquait ce qu'il appelait le goût affecté de l'école de Mannheim et son point de vue est bien expliqué par la remarque de Wolfgang selon laquelle elles commencent toutes de la même façon: à l'unisson par de longues notes et de grands sauts (lettre du 20 novembre 1777). Il attira néanmoins l'attention sur l'élégante orchestration que l'on pouvait entendre dans des œuvres plus récentes et prit soin d'emprunter un bon nombre d'astuces aux compositeurs plus anciens dans certaines compositions écrites à cette période, notamment la Symphonie No. 31, 'Parisienne' et plus tard la Sinfonia concertante, K. 364.

Les six symphonies publiées à Mannheim par Götz en 1772, en tant que op. 10, furent composées au milieu de sa carrière. Dans son catalogue personnel des 76 symphonies, Cannabich attribua les numéros 47 à 52 à ces œuvres. Bien qu'il subsiste des manuscrits partiels de ces six pièces, la date de l'édition Götz est la plus ancienne date vérifiable pour ces compositions et nous pouvons supposer qu'elles ont été publiées relativement peu de temps après la date de leur écriture et probablement conçues comme un ensemble. L'ordre dans lequel les œuvres apparaissent dans la série publiée ne correspond pas au système de numérotation propre à Cannabich: op. 10 no. 1 est no. 51; op. 10 no. 2 est no. 47; op. 10 no. 3 est no. 48; op. 10 no. 4 est no. 49; op. 10 no. 5 est no. 50; op. 10 no. 6 est no. 52. Tandis que la couverture précise hautbois et cors – ‘Six Symphonies / A deux Violons, Alto et Basse / Hautbois & Cors / Dedies (sic) / A son excellence / Monsieur le comte de sickingen… / Composés (sic) Par / Mr Cannabich / Directeur de le Musique Instrumentale / Œuvre x' – trois des symphonies (Nos. 47, 50 & 52) prévoient des paires de flûtes et de cors. Bien que les rôles soient clairement destinés à être interchangeables et que la substitution des flûtes par des hautbois, dans les symphonies en sol majeur, ré mineur et mi majeur, contribue grandement à la subtilité de la palette orchestrale; les instruments à vent sont absents des six mouvements lents. Plusieurs indications d'entrée pour le basson (c'est à dire Vc. & Fag.) apparaissent dan, l'op. 10 no. 6, ce qui implique probablement l'addition d'un basson dans la ligne de basse de toutes les symphonies de la série. Toutes les six sont divisées en trois mouvements – ce qui s'écarte du cycle prédominant en quatre mouvements des symphonies du feu Johann Stamitz – et elles partagent des principes structurels semblables.

Les Symphonies op. 10 ont été magnifiquement composées. Il y a une richesse de subtile détails orchestraux dans les fougueux mouvements de début et de fin, et les charmants mouvements centraux, invariablement orchestrés pour les cordes, possèdent un équilibre et une finition dont même Mozart aurait pu tirer des leçons. La puissance sombre de l'ouverture Allegro non tanto de la Symphonie en ré mineur et le charme frivole du final de la Symphonie en sol majeur contiennent de nombreux éléments stylistiques qui sont aujourd'hui considérés comme mozartiens. Si Mozart a acquis sa grande virtuosité technique au travers d'une étude minutieuse et d'un goût profond pour les œuvres de Haydn, sa sonorité orchestrale et la volupté d'un grand nombre de ses compositions doivent beaucoup aux œuvres de son ami Christian Cannabich.

Dr Allan Badley
Traduction: Alexandre Juban


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