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8.554477 - RACHMANINOV: Piano Concertos Nos. 1 and 4 / Rhapsody on a Theme of Paganini
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Serge Rachmaninov (1873-1943)
Concerto pour piano n˚ 1 en fa dièse mineur op. 1
Concerto pour piano n˚ 4 en sol mineur op. 40
Rhapsodie sur un thème de Paganini op. 43

"Qu'est-ce que la musique? Comment la définir? La musique est une calme nuit au clair de lune, un bruissement de feuillage en été. La musique est un lointain carillon au crépuscule! La musique vient droit au cœur et ne parle qu'au cœur; elle est Amour! La sœur de la Musique est la Poésie, et sa mère est le Cbagrin", écrivait Serge Rachmaninov à Walter E. Koons en 1932. Cette profession de foi résume à merveille la vision qu'avait le maître russe de son art.

Issu d'un milieu très aisé, Serge Rachmaninov vit le jour le 2 avril 1873, dans la propriété familiale d'Onega près de Novgorod. Toutes les conditions étaient réunies pour que le petit "Sérioja" connût unc enfance heureuse, n'avaient été les dissensions qui apparurent bientôt entre ses parents – elles allaient aboutir à leur séparation en 1882. Par ailleurs les affaires du père, Vassili, se dégradèrent rapidement et il dut vendre ses biens pour s'installer dans un minuscule appartement à St Pétersbourg. De 1882 à 1885, le jeune musicien fut inscrit au Conservatoire du lieu mais, perturbé par le contexte familial, il ne fit guère preuve d'assiduité aux cours…

Cousin des Rachmaninov, le pianiste Alexandre Siloti suggéra que le jeune homme vînt étudier à Moscou. Là, c'est d'abord Nikolaï Zverev, l'un des meilleurs pédagogues du moment, qui prit en charge sa formation et l'aida a se forger une incomparable technique. De plus, l'artiste reçut les conseils de Siloti (piano), Tanéiev (contrepoint), Arenski (harmonie) au Conservatoire de Moscou où il obtint la grande médaille au concours de piano de 1891. Restait à passer l'examen de composition. Ce rut fait dés l'année suivante, lorsque le jury lui décerna un premier prix de composition pour son opéra Aleko, – qu'on donna en 1893 au Bolchoï.

Les débuts de compositeur de Rachmaninov mêlèrent cependant succès et échecs Immédiatement populaire, le Prélude en ut diése mineur propagea le nom de son auteur. En revanche, la lère Symphonie en ré mineur, achevée en 1895 et créée début 1897, reçut un accueil glacial qui affecta profondément le musicien – il ne s'agissait certes pas là d'un ouvrage irréprochable, mais il méritait sans nul doute mieux que les attaques vitriolées du médiocre César Cui…!

Engagé au Théâtre Privé d'Opéra Russe en 1897, le jeune musicien se tailla vite une solide réputation de chef d'orchestre – la qualité exceptionnelle des quelques enregistrements symphoniques (de ses propres œuvres uniquement) que l'on conserve de lui nous font regretter leur rareté. Il noua par ailleurs des liens trés solides avec l'un des chanteurs de la troupe: Fedor Chaliapine.

L'échec de la Symphonie en ré mineur avait totalement asséché l'inspiration de Rachmaninov et c'est grâce aux séances d'hypnose du docteur Nicolas Dahl qu'il parvint à surmonter ses tendances dépressives et à reprendre goût à la composition. Elaboré entre 1900 et 1901, le Concerto n˚ 2 attestait une confiance retrouvée et l'accueil chaleureux que le public lui réserva conforta son auteur et marqua le commencement d'une période fructueuse pour la creation.

Les troubles politiques et sociaux qui s'accentuaient alors en Russie contraignaient le musicien à souvent quitter son pays pour travailler dans la solitude et le calme, en Allemagne ou en Italie. En 1909, Rachmaninov entreprit sa première tournée au Etats­Unis – pour l'occasion il avait composé l'un des plus redoutables concertos du repertoire: le Concerto n° 3 en ré mineur. De retour sur sa terre natale, il donna naissance, avant l'éclatement du premier conflit mondial, à des pages pour piano telles que les Préludes op. 32, les Etudes-Tableaux op. 33 ou la Sonate n˚ 2.

1917: la société dans laquelle Rachmaninov avait erfectué son ascension, sous le triple visage de compositeur, pianiste et chef d'orchestre, s'effondrait. L'heure de l'exil sonnait! Peu après la prise de pouvoir par les bolcheviks, le compositeur, accompagné de sa femme et de ses deux filles, profita d'un concert qu'il donnait à Stockholm pour quitter définitivemem la Russie. Après quelques mois passés dans la capitale suédoise puis à Copenhague, les Rachmaninov prirent, fin 1918, le chemin des Etats-unis. Désormais l'artiste allait consacrer l'essentiel de son activité au concert, au détriment de la création – honte, soit dit en passant, à ceux qui n'ont pas été capables de conserver un document "live" sur l'art pianistique de Rachmaninov!

Les vacances d'été que le plus grand pianiste-compositeur de son temps prenait chaque année en Europe lui permirent toutefois d'élaborer des partitions majeures: le Concerto n˚ 4, les Variations sur un thème de Corelli, la Rhapsodie sur un thème de Paganini, la 3ème Symphonie ou les Danses symphoniques.

Epuisé par le cancer qui le minait, Serge Rachmaninov, après un ultime récital à Knoxville, le 17 février 1943, regagna sa maison de Beverly Hills. Il s'y éteignit le 28 mars.

C'est en 1890, alors qu'il était encore élève au Conservatoire de Moscou, que Rachmaninov entama la rédaction de son Concerto n° 1. Il le termina l'année suivante et l'œuvre ne tarda pas à être publiée par l'éditeur moscovite Gutheil. L'auteur n'était cependant pas entièrement satisfait de son travail et, en septembre 1917, quelques semaines avant de quitter la Russie, il entreprit de réviser l'Opus 1. De larges modifications furent ainsi apportées aux deux mouvemems vifs.

Le Vivace introductif s'ouvre sur des appels des trompettcs, avant que n'apparaisse, aux cordes, une cantilène très représentative de la veine mélodique de Rachmaninov. Le matériau thématique est exploité avec beaucoup de variété dans cet épisode qui culmine lors d'une longue et impressionnante cadence du soliste.

L'Andante médian, avec son thème très romantique exposé par le piano seul, s'apparente à un nocturne. L'Allegro vivace final, remarquable par la fluidité et la transparence de la partie de piano, offre une conclusion toute de brio.

L'idée du Concerto n° 4 vint à Rachmninov en 1917, alors qu'il travaillait à la révision de son Opus 1. Reconnaissant envers Nicolaï Medtner, qui lui avait dédié son splendide Concerto n° 2, l'auteur des Cloches décida de rendre la pareille à son compatriote et grand ami et lui dédia I'Opus 40.

Créé le 18 mars 1927 par l'auteur, sous la baguette du fidèle Leupold Stokowski, le Concerto n˚ 4 suscita de nombreuses réserves tant parmi le public que la critique. C'est pourquoi, en 1941, Rachmaninov entreprit une profonde révision de sa partition.

Génialement épuré, le premier Allegro vivace associe la nervosité de l'écriture et l'inventivité rythmique au lyrisme et au pessimisme de l'expression. Volontiers austère, le Largo s'enchaîne au finale Allegro vivace qui, avec une grande diversité d'atmosphères, fait appel à toutes les ressources de la technique pianistique.

Profitant d'un séjour dans sa propriété suisse – baptisée "Senar" – durant l'été 1934, Serge Rachmaninov composa sa dernière œuvre pour piano et orchestre: la Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43. Dès son retour en Amérique, il la fit découvrir au public de Baltimore, le 7 novembre, une fois de plus en compagnie de L. Stokowski.

Le succès fut immédiat pour cette partition qui trouvc son origine dans le 24ème Caprice pour violon de Paganini – on notera d'ailleurs que son thème n'est exposé qu'après la première variation! il s'agit d'une des très grandes réussites du musicien car la forme adoptée l'a poussé à mener dans chaque variation un extraordinaire travail de caractérisation. Certaines variations témoignent de beaucoup de noirceur, telles les variations nos 7 et 10 assombries par l'apparition du motif du Dies Irae, d'autres d'une capacité d'autodérision – Rachmaninov contrairement à ce d'aucuns imaginent ne manquait en rien d'humour – : qu'on en juge par la 18ème variation qui fit dire au pianiste-compositeur: "J'ai composé celle-ci pour mon imprésario"!

1997 Frédéric Castello


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