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8.555242 - LIADOV: Baba Yaga / Enchanted Lake / Kikimora
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Anatol Liadov appartient à la plus jeune génération des nationalistes russes, et fut l’un des premiers compositeurs à assister aux soirées musicales qui eurent lieu tous les vendredis chez Bélaïev et qui furent destinées à remplacer en popularité les mardis chez Balakirev, le guide autonommé de la "Grande Poignée" de Stasov. Il naquit au sein d’une famille musicale; son grand-père avait été musicien, et son père, pendant 18 ans, jusqu’en 1868, était chef d’orchestre au Théâtre Mariinsky à Saint Petersbourg, où Anatol vit le jour en 1855. Un conservatoire avait été fondé dans cette ville tout comme à Moscou par les deux frères Rubinstein dans les années 1860, contre l’opposition de Stasov, ulcéré par la description d’ "amateurs" proférée par Anton Rubinstein à l’égard de ses musiciens préférés, et craignant la discipline excessive que pourrait chercher à imposer un conservatoire basé sur un modèle allemand.

Liadov reçut ses premières leçons auprès de son père, entrant au Conservatoire de Saint Petersbourg en 1870 pour étudier le piano et le violon. Ces intérêts furent bientôt remplacés par le contrepoint, dans la classe de Johannsen, sujet qui devait toujours l’intéresser, ainsi que par la composition, dans la classe de Rimsky-Korsakov (bien qu’il se trouvât renvoyé de cette dernière classe après des absences injustifiées). Il reprit les classes de composition en 1878, composant, pour son diplôme, une œuvre d’après La Mariée de Messine, de Schiller. Ayant terminé ses études, Liadov fut nommé au Conservatoire comme professeur de solfège, puis de contrepoint. Il démissionna en 1905 au moment du renvoi de Rimsky-Korsakov, suite aux troubles estudiantins concernant lesquels celui-ci avait exprimé de la sympathie. Il reprit son poste, tout comme les autres professeurs, lorsque Rimsky fut réintégré, Glazounov remplaçant Bernhard comme directeur du Conservatoire. Déjà dans les années 1870 Liadov avait réussi à impressionner les Cinq, avec qui on allait l’associer.

D’après Moussorgsky, c’était un jeune talent russe, et sa collaboration avec Borodine, Cui, Rimsky-Korsakov et Shcherbachov dans Parafrazi, un recueil humoristique de variations sur un thème quelconque, avait ravit Liszt, qui s’en servit comme modèle pour ses propres élèves.

Dans un premier temps, Liadov avait reçu les encouragements de Balakirev, sortant d’une période de silence, mais toujours inspiré par une zèle religieuse peu confortable. Dans les années 1880, il devint l’un des premiers membres du groupe de Bélaïev, agissant comme conseiller pour les publications financées par celui-ci, et partageant la responsabilité pour la maison avec Rimsky-Korsakov et Glazounov après la mort de Bélaïev en 1904. En tant que compositeur, Liadov n’était pas aussi travailleur qu’il aurait pu être. Ce fut à cause de ses atermoiements que Stravinsky trouva sa chance avec Diaghilev:lorsque la partition commandée pour L’Oiseau de Feu n’était pas terminée à temps, bien que la création à Paris eût été déjà annoncée, Liadov déclarant à un Diaghilev soucieux de savoir où il en était avec la musique que tout allait très bien et qu’il venait d’acheter du papier à musique! Diaghilev se servit de sa musique seulement après la mort du compositeur en 1914.

En 1916 Massine réalisa la chorégraphie de Kikimora, créé à San Sebastian. L’œuvre devait faire partie d’un ballet plus long, Contes russes, présenté lors de la saison 1917 à Paris. Le rôle de Kikimora fut créé par Lydia Sokolova. Baba-Yaga, terminé en 1904, devait en faire partie; c’est l’histoire de la sorcière Baba-Yaga, qui broie les os des enfants et qui vole à travers l’air avec sa cabane sur des jambes d’oiseau. L’Intermezzo, op. 8, écrit pour piano en 1883, fut orchestré par le compositeur en 1902. La Ballade, sous-titrée "Prostarinu" (D’Autrefois), fut composé pour piano en 1889 et orchestré en 1906. Le Lac Enchanté (Volshebnoye ozero), op. 62, une histoire de magie d’après une légende russe, fut terminé en 1909, et la Mazurka, op. 19, ayant comme sous-tire "Scène de village devant la taverne" (Sel'skaya stsena u korchnoi), date de 1889. Manifestant un certain prolongement de son langage harmonique, Nénie, op. 67 ('Skoronaya pesn'), le dernier poème symphonique de Liadov, est une complainte composée au cours de la dernière année de sa vie. La Polonaise, op. 49, et la Polonaise, op. 55, écrites respectivement en 1899 et 1902, sont des œuvres de circonstance, la première en souvenir du poète Pouchkine pour le centenaire de sa naissance, la seconde pour fêter le dévoilement d’une statue d’Anton Rubinstein.

Kikimora est l’évocation du plus vilain des démons russes, fautrice de troubles et femme du Domovoi, l’esprit de la maison, apaisée uniquement si on lave des casseroles dans du thé à la fougère. Cette œuvre composée en 1909 fut suivie en 1912 de De l’Apocalypse ('Iz Apoklipsisa'), op. 66. Kikimora et Le Lac Enchanté contiennent tous les deux de la musique composée pour un projet d’opéra avorté, Zoryushka, d’après une légende slave. L’attrait narratif de ces pièces et de Baba-Yaga, ainsi que les rythmes puissants des morceaux de danse, suffisent à expliquer pourquoi la musique de Liadov à attiré les chorégraphes.


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