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8.555245 - JANACEK: Danube / Moravian Dances / Suite Op. 3
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Leo‰ Janáãek (1854-1928)

Le Danube • Schluck und Jau • Danses moraves • Suite, op. 3

C’est seulement à partir de soixante-deux ans que Janáãek connut le renom hors de sa Moravie natale. En 1916, la création de son opéra JenÛfa à l’Opéra national de Prague avait toutefois connut un succès immédiat, l’encourageant à se consacrer de plus belle à l’opéra pendant les douze années qui lui restaient à vivre. Il s’était essayé à ce genre trente ans auparavant, mais son premier opéra, ·árka, ne fut pas représenté avant 1925.

Leo‰ Janáãek naquit à Hukvaldy, en Moravie, en 1854, cinquième des neuf enfants d’un professeur de musique de village. Il commença d’étudier la musique à onze ans à l’école de chœur du monastère augustinien de Brno, puis il reçut une formation d’enseignant. Au cours de ses années de probation, il dirigea le chœur du monastère de Brno ainsi qu’une société chorale de travailleurs puis, après une année à l’école d’orgue de Prague, où DvoÞák avait lui aussi étudié treize ans auparavant, il rentra à Brno, développant son travail avec des sociétés chorales et commençant à composer. Il entreprit ensuite de nouvelles études à Leipzig et à Vienne, renonçant à ses rêves de collaboration avec Saint-Saëns à Paris ou Rubinstein à Saint-Pétersbourg. En 1880, il rentra à Brno et devint professeur de musique à l’Institut des enseignants, épousant, l’année suivante, la fille du directeur de l’Institut, qui avait quinze ans. De ce couple qui au départ semblait mal assorti devaient naître deux enfants : Olga, qui mourut en 1902 à vingt ans, et V1adimir, qui mourut à deux ans en 1890. A Brno, Janáãek fonda une école d’orgue qui prospéra sous sa direction et fut incorporée au Conservatoire de Brno en 1919. Sans relâche, il recueillit et publia des œuvres populaires et composa de manière prolifique ; il jouissait également d’un renom considérable comme directeur de la principale école de musique de Moravie.

La création de son opéra JenÛfa à Prague fut un tournant décisif. L’ouvrage fut ensuite monté à Vienne, Berlin et dans d’autres villes allemandes ; il avait désormais une bonne raison de se concentrer sur le théâtre lyrique. Ce furent alors L’excursion de M. Brouãek, Kátia Kabanová, La petite Renarde rusée, L’affaire Makropoulos et en 1928, l’année de sa mort, un opéra inspiré des Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski.

Le style de Janáãek fut fortement influencé par la musique et la langue de sa province natale. Le contenu de sa musique est souvent programmatique, comme par exemple ses deux quatuors à cordes, le premier étant une version musicale du récit de Tolstoï La sonate à Kreutzer, et le second, intitulé Lettres intimes, s’appuyant sur sa correspondance avec sa chère Kamila Stösslová, jeune femme mariée dont il s’était épris vers la fin de sa vie. Son langage musical, débordant de contrastes, est parfois capricieux et parfois des plus caractéristiques.

En mars 1923, Janáãek se rendit à Bratislava pour y entendre la création de son opéra Kátia Kabanová. C’est pendant ce séjour dans la capitale slovaque qu’il décida d’écrire un poème symphonique sur le Danube, fleuve qu’il considérait comme slave puisqu’il traverse quatre états slaves. Un précédent existait déjà avec Vltava de Smetana, mais Janáãek comptait traiter le sujet à sa manière : selon son élève Osvald Chlubna, il représenta le Danube comme une femme, avec ses passions et ses instincts. Lorsque Janáãek mourut en 1928, on retrouva les esquisses de quatre mouvements destinés à ce qui devait être un poème symphonique en cinq mouvements ; ils furent arrangés plus tard par Osvald Chlubna, qui avait étudié avec Janáãek à Brno, et on les connaît depuis lors dans cette version. Le présent enregistrement revient à une orchestration de l’esquisse originale de cet ouvrage, transcrite, et arrangée lorsque besoin était, par Leo‰ Faltus, Milan ·tûdroÀ et Otakar Trhlik. Le premier mouvement s’appuie sur le poème Lola d’Alexander Insarov, l’histoire de la déchéance d’une prostituée. Janáãek y ajouta sa propre conclusion : Lola se noie dans le fleuve. Le second mouvement, qui fut sans doute le premier à être composé, s’inspire du poème La jeune noyée de Pavla KÞíÏková. Ici encore, une jeune fille, contemplée par un étrange garçon, se jette dans le fleuve et s’y noie. Comme souvent chez Janáãek, les contours mélodiques sont suggérés par l’intonation et le rythme des mots. Le motif d’alto, imité par un instrument après l’autre, est une éloquente illustration du vers : "Mais une heure s’était écoulée depuis qu’il l’avait vue." Un mouvement de scherzo s’ensuit, représentant sans doute Vienne et introduisant une vocalise de soprano. Il mène à un quatrième mouvement tragique et intense, le motif de la noyade entendu dans le second mouvement réapparaissant à présent dans une version pour la clarinette, marquant le désespoir des derniers instants de Lola avant la conclusion, âprement dramatique.

En mai 1928, Janáãek fut prié par le directeur du Théâtre de la Renaissance de Berlin, Gustav Hartung, d’écrire de la musique de scène pour la pièce Schluck und Jau de Gerhardt Hauptmann, à l’occasion d’une production montée pour un festival d’été au château de Heidelberg. La pièce de Hauptmann, écrite en 1898, s’inspirait de l’introduction de La mégère apprivoisée de Shakespeare, dans laquelle on fait croire au rétameur Christopher Sly, pris de boisson, qu’il est un lord, sa vie passée n’ayant été qu’un accès de délire. Dans Schluck und Jau, le vagabond Jau, ivre, est habillé en duc pour recevoir les honneurs dus à son rang, puis il reprend ses

esprits ; son compagnon, Schluck, est chargé de s’habiller en duchesse, au grand amusement du vrai duc et de la vraie duchesse. Hauptmann décrivait l’ouvrage comme un Scherzspiel in sechs Vorgängen, ces six événements étoffant considérablement le bref prologue de Shakespeare.

Janáãek n’était pas enthousiaste, se plaignant de n’avoir pas eu assez de temps et critiquant la pièce. Il semble pourtant avoir été séduit par le personnage de Jau, achevant d’abord la scène dans laquelle celui-ci se réveille habillé en duc. C’est le second des deux extraits inclus ici. Le premier morceau, marqué Andante, semble avoir été conçu comme introduction, avec, dans son ouverture, l’évocation d’un cor de chasse. Finalement, la production de Schluck und Jau par Hartung, avec la collaboration du dramaturge, se fit avec des arrangements d’œuvres de Smetana.

Janáãek se passionnait pour la musique populaire morave, faisant autorité en la matière. Il prépara plusieurs éditions de pages populaires moraves et arrangea bon nombre de chants et de danses. De par leur contour mélodique et leur rythme, ses cinq danses sont caractéristiques de la Moravie orientale.

La Suite pour orchestre opus 3 fut achevée en janvier 1891, mais ne fut créée qu’après la mort du compositeur, en septembre 1928. A l’époque de sa composition, Janáãek travaillait à son opéra Le début d’une idylle, qui fut créé à Brno en 1894, mais fut ensuite en partie détruit par le compositeur. La Suite, d’abord intitulée Pièce pour orchestre, utilise du matériau thématique de l’opéra.

Keith Anderson

Version française : David Ylla-Somers


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