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8.555266 - BRUSA, E.: Orchestral Works, Vol. 1 (Ukraine National Symphony, Mastrangelo)
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Elisabetta Brusa (né en 1954)

Œuvres orchestrales, Volume 1

Florestan (1997), pour grand orchestre, est une œuvre symphonique librement inspirée du personnage imaginaire que Schumann a décrit par la suite dans ces nombreux essais sur la musique réunis dans Gesammelte Schriften über Musik und Musiker. Florestan reflète l’aspect fébrile, passionné et fantastique de la propre personnalité de Schumann. Je considère également cette œuvre comme un portrait autobiographique.

Messidor (1998), pour orchestre, est une fantaisie libre et élégante inspirée par les différents chefs-d’œuvre, tant littéraires que musicaux, intitulés Songe d’une nuit d’été. Le terme Messidor désignait la période comprise entre le 19 juin et le 24 juillet dans le calendrier révolutionnaire, lorsque le calendrier julien fut temporairement aboli. L’œuvre est dédiée à mon mari, le chef d’orchestre Gilberto Serembe.

La Triade (1994), pour grand orchestre, est un poème symphonique librement inspiré d’une fable d’Esope. Les trois éléments mis en scène sont un renard, une vipère et un enclos de paliure aux prises avec un temps orageux et menaçant (atmosphères musicales et effets sonores). Le texte littéraire est le suivant :

L’eau coule à verse, le rideau de pluie se déforme parfois sous l’effet de violentes bourrasques. Il semble que le déluge ne cessera jamais, le soleil perçant sous des cieux cléments n’est plus qu’un lointain souvenir, peut-être s’agit-il même d’une illusion. La nuit tombe précipitamment. Les nuages s’empilent en une masse difforme, accompagnés par le tonnerre et entourés par des éclairs. De temps à autre, des échappées de vapeur blanche, à un niveau inférieur, filent dans toutes les directions comme des patrouilles en mission de reconnaissance. Le mauvais temps semble avoir atteint son paroxysme dans cette vallée inhabitée aux versants rocailleux. La foudre tombe et scintille, brûlant les cimes des sapins sans défense. Le torrent, gonflé à l’extrême, a quitté son lit et se déverse furieusement contre les rochers généralement inaccessibles à ces assauts écumants. Les flots se brisent sur les rives, parmi les racines des arbres, érodant la terre et mettant en danger la stabilité des troncs. Parfois, contraints par des falaises rocheuses, ils se déversent, impétueux et denses, comme se lançant vers de nouvelles batailles et conquêtes.

Et voici qu’arrive le renard, mue par la peur et le destin. Sa fourrure détrempée accentue sa maigreur. Se déplaçant sur le haut de la rive, il cherche un abris sûr. Sans relâche, il tourne la tête, jetant des regards par dessus son épaule semblant craindre des dangers nouveaux et imminents. Il atteint un point suffisamment en surplomb du cours d’eau qui coule maintenant sans obstacle à travers un plateau. Le renard trouve refuge dans une petite cavité nichée dans le roc, à peine plus large que son pelage. Il sort son museau fin, scrutant la nuit de ses yeux luisants. Soudain, son attention est attirée par une forme mal définie qui apparaît parmi les blocs de pierre et les vagues.

Un enchevêtrement de branchages épineux, asséché par l’hiver et emporté par l’inondation, est traîné violemment par le courant. Parmi les épines, trempé et pratiquement ressuscité par les eaux, un serpent se déroule. Il est vivant et venimeux, et tente de garder la tête hors de l’eau, recherchant désespérément une bouffée d’air et un refuge moins précaire que celui dans lequel il est pris malgré lui. Cette masse de branchages, épines, poison et écailles sort du passage étroit pour s’engouffrer dans le torrent surplombé par le rocher dans lequel le renard s’est abrité. Pendant un instant, tous les personnages de la fable se trouvent réunis. Une lueur traverse l’esprit du renard, qui éclate d’un rire cinglant :

´ Voici un pilote digne de son navire. Ha, ha, ha. ª Sa voix rauque semble, pendant un moment, couvrir le vacarme des éléments, tandis que la liasse de brindilles et son occupant dévalent rapidement la plaine et disparaissent dans une obscurité impénétrable.

Cette fable d’Esope, visant le gredin se trouvant en mauvaise posture, a été élaborée par Giuseppe Brusa et traduite de l’italien. Le compositeur et l’auteur furent tous deux inspirés par la description que Léonard de Vinci fit du Déluge dans son traité de peinture.

Nittemero Symphony (1985-1988), pour orchestre ou pour ensemble de quatorze instruments, adopte une forme cyclique, avec des thèmes de caractère unitaire dans chacun des trois mouvements. Le premier, un Allegro ma non troppo, est un rondo de forme varié, le second, un Largo, est une fantaisie libre, et le troisième, un Allegro ma non troppo, est de forme-sonate. Ils reflètent l’évolution et le changement des émotions au cours des vingt-quatre heures d’une journée selon la définition astronomique de la Grèce Antique. (Nittemero fait référence à la nuit et au jour dans la Grèce Antique). Le cycle débutait à partir de la mi-journée et se poursuivait jusqu’au midi du jour suivant. Se succédaient donc l’après-midi (Allegro), la nuit (Largo), et le matin (Allegro). L’un des éléments fédérateurs est l’utilisation de la tonalité centrale de si mineur, commune aux trois mouvements. Des techniques nouvelles, néo-tonales (en partie minimalistes), sont mêlées à des techniques contrapuntiques traditionnelles. L’œuvre fut dédiée à ma meilleure amie Anna à l’occasion de la naissance de son fils Giovanni.

Fanfare (1996), pour grand orchestre, est une fantaisie libre s’inspirant des diverses œuvres qui ont été composées à travers les âges pour des cérémonies ou des célébrations. Ceci explique la prépondérance des cuivres et des intervalles de quartes, typiques de ce groupe d’instruments, mêlée à un langage et à une technique néo-tonale. L’œuvre est dédiée au chef d’orchestre Odaline de la Martinez en remerciement de son soutien moral et matériel.

Elisabetta Brusa

Version française : Pierre-Martin Juban

La Compositrice

Née en 1954 à Milan en Italie, Elisabetta Brusa a étudié au Conservatoire de sa ville natale où elle a obtenu un Diplôme de Composition en 1980. Elle a ensuite suivi les cours de composition de la Dartington Summer School of Music en Angleterre, puis ceux du Tanglewood Music Center dans le Massachusetts, après avoir bénéficié de la bourse de la Fondation Fromm ainsi que celle de Fulbright. Elle a également étudié avec Hans Keller à Londres. Elle a remporté le premier prix du Concours International de Washington pour la Composition d’un Quatuor à Cordes et trois bourses consécutives du MacDowell Colony (U.S.A.). Elle a reçu de nombreuses commandes et ses œuvres ont été jouées en Italie, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada, en Russie, Autriche, Suisse, Tchécoslovaquie, Corée et Albanie par des orchestres tels que le BBC Philharmonic, le BBC Scottish Symphony, le CBC Vancouver, l’Orchestre Symphonique de Saint-Pétersbourg, le Tanglewood Music Center, ainsi que par bien d’autres orchestres, formations de chambre et solistes. Sa musique a été diffusée à la radio et à la télévision dans de nombreux pays. Elle enseigne la composition depuis 1980 et, depuis 1985, au Conservatoire de Milan.

www.elisabettabrusa.it


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