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8.555286 - VILLA-LOBOS, H.: Piano Music, Vol. 3 (Rubinsky) - Circlo Brasileiro / Choros Nos. 1, 2 and 5
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Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Musique pour piano, volume 3

 

En commentant l’œuvre de Heitor Villa-Lobos (1887-1959), on ne peut éviter de soulever la question du nationalisme par opposition à l’universalisme. Au XIXème siècle, le nationalisme était associé aux mouvements politiques de l’époque. Au début du XXème siècle, il était invariablement lié à un vrai souci de recherche ethnographique et à la préservation nécessaire d’un patrimoine culturel. Ce point de vue influença les grands projets ethnographiques de Bartók, Kodály, Stravinsky, et de Villa-Lobos lui-même, qui en 1905 entreprit une série de voyages de recherche dans tout le Brésil. La façon dont ce matériau fut ensuite incorporé aux œuvres de Villa-Lobos continue à passionner les experts. On y trouve des techniques allant de citations directes à des thèmes entièrement nouveaux présentant un caractère populaire incontestable. Pour Villa-Lobos, le nationalisme devait éviter toute implication politique, mais aussi ne pas tomber dans l’exotisme superficiel. Toutefois, Villa-Lobos, semblait parfois tirer parti de l’exotisme, à tel point que l’écrivain moderniste brésilien Menotti del Picchia le décrivit comme « un Indien portant un smoking », faisant sans doute référence à la confluence dans son style d’éléments régionaux et cosmopolites. Il est également significatif de savoir que durant toute sa carrière, Villa-Lobos demeura farouchement indépendant à toute influence directe. Cette indépendance fut soutenue par une existence d’études et de découvertes personnelles ininterrompues, et finit par le pousser à dédaigner toute critique de ses œuvres, qu’il considérait comme « des lettres pour la postérité n’attendant pas de réponse ». Il ajoutait : « Je n’écris pas dans un style dissonant dans le simple but d’être moderne. Ce que j’écris est la conséquence directe de mes études, de la synthèse que j’ai atteinte afin d’exprimer la nature particulière de la culture brésilienne. J’ai opposé mes études au patrimoine de la musique occidentale et j’ai fini par parvenir à un certain équilibre au sein duquel est représentée l’individualité de mes idées ».

 

Comme auparavant dans cette série, les œuvres enregistrées dans ce volume présentent un échantillon exhaustif des genres et des styles rencontrés dans la musique pour piano de Villa-Lobos. La majorité de ses compositions pour cet instrument sont des pièces de caractère, indépendantes ou non. Elles révèlent une variété étonnante de procédés formels, mais les morceaux appartenant au même genre partagent souvent une même structure influençant non seulement la nature du matériau musical, mais également les dimensions du morceau.

 

La Suíte Floral est une œuvre magnifique et pourtant relativement méconnue. Ecrite en 1917-18, elle appartient à la phase de la carrière de Villa-Lobos où l’influence de l’impressionnisme français est la plus proéminente. Les harmonies et les sonorités de Idílio na Rede (Idylle dans un hamac) évoquent Debussy et Fauré. Le second morceau, Uma Camponeza Cantadeira (Une paysanne chantante), présente un intéressant dessin de quintolets à la main gauche, suggérant l’incertitude et l’émerveillement de la jeune paysanne. La délicatesse de ce morceau n’exclut pas une certaine mélancolie, vite dissipée par les rythmes joyeux et les vives textures de Alegria na Horta (Allégresse dans le jardin), seul morceau de la Suite où l’on remarque un franc parfum brésilien. Le deuxième morceau de la Suíte Floral fut créé lors des concerts organisés pour la Semaine de l’Art moderne à São Paulo en 1922.

 

 Le Ciclo Brasileiro, composé en 1936, est sans aucun doute l’une des œuvres pour piano les plus importantes de Villa-Lobos, représentation du romantisme qui le caractérisa souvent dans les années 1930. Ces quatre morceaux sont des instantanés musicaux du caractère brésilien, chacun faisant allusion à un genre spécifique de la musique brésilienne.

Le morceau d’ouverture, Plantio do Caboclo (Le semis du paysan), s’appuie sur une mélodie hypnotique, apparentée à un hymne. Sa paisible atmosphère est uniquement dérangée par les vives modulations de la section centrale, qui laissent vite place au caractère soutenu de l’ouverture. Impressões Seresteiras (Impressions d’un donneur de sérénade) est une valse construite sur une mélodie attrayante dont les motifs sont fragmentés et ré-assemblés de différentes façons tout au long du morceau. L’écriture est très idiomatique et la vaste palette de sonorités et de textures crée un contraste frappant avec l’uniformité du premier morceau. Festa no Sertão (Fête dans le Sertão), pièce virtuose, est écrit à la manière d’une toccata avec des éléments de la batuque, danse traditionnelle brésilienne. Son vocabulaire harmonique est ingénieusement mis en valeur par une écriture rythmique d’une diversité époustouflante. Le dernier morceau, Dansa do Índio Branco (Danse de l’Indien blanc) s’appuie sur quelques dessins ostinato rappelant distinctement des percussions. Son vocabulaire harmonique est principalement diatonique, avec les motifs mélodiques tournant autour de la tonalité de la mineur. Le compositeur déclara qu’il s’agissait de son autoportrait en musique.

 

Les six morceaux constituant le recueil Brinquedo de Roda (Rondes d’enfants) datent de 1912. C’est avec eux que Villa-Lobos se tourna vers l’enfance pour la première fois à l’heure d’écrire pour le piano. Chaque morceau s’appuie sur une ronde brésilienne traditionnelle, traitée dans une texture toute simple dissociant clairement les deux mains. Ces morceaux eurent peut-être un propos didactique, et la délicatesse de leur écriture peut être comparée aux morceaux réunis dans des œuvres ultérieures comme les Cirandinhas et le Guia Prático.

 

Les Danças Características Africanas, composées en 1915, furent créées pendant la Semaine de l’Art moderne en 1922 et sévèrement critiquées. Ces danses s’appuient sur des thèmes des Indiens Caripuna de l’état du Mato Grosso qui dénotent des éléments ethniques et musicaux africains. Chacune des danses représente une étape du cycle de la vie : Farrapós (danse des anciens), Kankukus (danse des jeunes), et Kankikis (danse

des enfants). On y dénote plus l’influence de l’impressionnisme que celle du caractère brésilien. Les rythmes syncopés demeurent emblématiques de l’influence africaine sur la musique brésilienne. Cette suite existe également dans une version orchestrée par le compositeur.

 

Tristorosa (Triste) est une valse brésilienne typique, alliant un rythme nonchalant à une mélodie sinueuse et langoureuse. Elle est structurée en rondo en cinq parties, les deux épisodes contrastés déployant une texture plus vive et une plus grande activité rythmique. Ecrite en 1910, elle appartient à un groupe de valses indépendantes pour le piano, genre auquel Villa-Lobos devait revenir dans les années 1930 avec sa fameuse Valsa da Dor.

Aucun genre n’est sans doute aussi emblématique de l’inventivité de Villa-Lobos que la série de quatorze Chôros, écrits pour divers ensembles d’instruments. Pour le compositeur, « le Chôros représente une nouvelle forme de composition musicale dans laquelle sont synthétisées les différentes modalités des musiques populaires et indiennes du Brésil, ayant pour principaux éléments le rythme et une mélodie populaire typique apparaissant dans l’ouvrage par intermittences, toujours modifiés selon la personnalité du compositeur. Les procédés harmoniques sont eux aussi une stylisation presque totale de l’original. Le mot ‘sérénade’ peut donner une idée approximative de ce que ‘choros’ signifie ». A l’origine, le choro était la quintessence du genre urbain en musique brésilienne, familier à Villa-Lobos parce qu’il faisait partie d’ensembles jouant des sérénades nocturnes à Rio de Janeiro. Le Chôros n° 1, écrit d’abord pour la guitare en 1920 et transcrit pour le piano par Odmar Amaral Gurgel, est encore très proche de son modèle urbain et rappelle par sa souplesse rythmique les œuvres de Ernesto Nazareth. Le Chôros n° 2, d’abord écrit pour flûte et clarinette et transcrit pour le piano par le compositeur, constitue déjà une stylisation du genre, le différenciant du Chôros n° 1 et cristallisant le style qui devait être adopté par la suite. Son caractère espiègle est souligné par des motifs rythmiques hésitants. Le Chôros n° 5, ‘Alma Brasileira’ (Ame brésilienne) est l’une des plus célèbres compositions de Villa-Lobos pour le piano. Ecrit en 1925, on y retrouve beaucoup de ce qui caractérise l’écriture pour piano de Villa-Lobos.

 

James Melo

Version française : David Ylla-Somers


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