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8.555715-16 - BACH, C.P.E.: Flute Concertos (Complete)
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C. P. E. Bach (1714-1788):
L’intégrale des concertos pour flûte

Carl Philipp Emanuel Bach naquit à Weimar, le deuxième fils, par sa première femme, de Johann Sebastian Bach, nouvellement nommé Konzertmeister auprès du Grand Duc Wilhelm Ernst. Il fit ses études à l’École Latine à Cöthen, où son père fut nommé Kapellmeister de la Cour en 1717, puis en 1723 il emménagea avec sa famille à Leipzig, où il entra dans la Thomasschule, dont son père était devenu Cantor. En 1731 il est reçu à l’Université de Leipzig pour étudier le droit, ce qui avait été refusé à son père. Il poursuivit ses études à l’Université de Frankfurt an der Oder, et en 1738, refusant l’occasion d’accompagner un jeune gentilhomme à l’étranger, il entra au service du Prince Héritier de la Prusse à Ruppin en tant que claveciniste. Il partit avec la Cour à Berlin en 1740, lorsque le Prince - le futur Frédéric le Grand - accéda au trône.

A Berlin et à Potsdam, Bach, confirmé dans son poste de Claveciniste de la Cour, avait la tâche ingrate d’accompagner le Roi lors des concerts du soir auxquels celui-ci, bon flûtiste amateur, participait régulièrement. Parmi ses collègues, qui étaient dans l’ensemble de tendance plus conservatrice, figuraient l’éminent flûtiste et théoricien Quantz, les frères Benda et Graun, et d’autres musiciens de réputation comparable, aux côtés d’hommes de lettres à la cour tels que Lessing. En 1755, il posa sa candidature pour l’ancien poste de son père à la Thomasschule à Leipzig, mais on lui préféra l’ancien élève de son père, Doles, pour suivre le successeur de son père, Gottlob Harrer. Ce fut seulement en 1768 que Carl Philipp Emanuel put s’échapper d’une position qui lui devenait de plus en plus désagréable, en prenant la succession de son parrain, Telemann, comme Cantor au Johanneum à Hambourg, ville ayant bien plus de possibilités que Leipzig. Il y passa les vingt dernières années de sa vie. À Berlin il s’était fait une plus grande réputation par son Versuch über die wahre Art das Clavier zu spielen (Essai sur le véritable art de jouer au clavecin) et fut considéré le claviériste le plus éminent de son temps. A Hambourg, il continua à jouir de sa position d’intellectuel prééminent, pouvant fréquenter à termes d’égalité les plus grands auteurs de sa génération. A sa mort en 1788, toute une génération l’estimait plus important que son père, à qui les fils peu respectueux avaient attribué le sobriquet de ´ vieille perruque ª.

Le compositeur Carl Philipp Emanuel Bach était prolifique, écrivant une quantité considérable de musique pour le clavecin et pour l’instrument qu’il affectionnait particulièrement, le clavicorde. Sa musique démontre les théories exprimées dans son Versuch, ayant tendance à utiliser des tours dramatiques et rhétoriques, faisant preuve d’une belle maîtrise de la mélodie et de l’emploi assez restreint d’un contrepoint semblé devenu alors purement académique. En musique, on l’associe avec la théorie du sentiment (Empfindsamkeit) exposée par Lessing, le complément du rationalisme de l’Âge des Lumières.

Ce fut peut-être à cause des restrictions dans sa position à Berlin que Bach fut amené à faire des arrangements pour d’autres instruments de certains concertos pour clavecin, en particulier pour la flûte, le violoncelle et, parfois, pour l’hautbois. Le Concerto en la mineur, Wq.166, est une version d’un concerto pour clavecin de 1750, l’arrangement pour flûte et violoncelle datant probablement de la même année. Les versions pour violoncelle des concertos pour flûte Wq.166 à 168 se trouvent sous les références Wq.170 à 172 dans l’index thématique de Wotquenne (Naxos 8.553298). Le premier mouvement commence par une ritournelle dramatique à orchestre, avant l’entrée en douceur de la flûte, les passages solistes successifs devenant de plus en plus élaborés et virtuoses. Le mouvement lent prend des allures d’un solo pour voix avec cadence, et le concerto se termine avec un final fortement rythmé où les solistes dialoguent avec l’orchestre.

Le premier mouvement du Concerto en si bémol majeur, Wq.167, est fortement marqué par des triolets et des rythmes pointés. Le mouvement lent possède une intensité qui est évidente dès l’entrée de la flûte solo, la musique ayant des allures parfois de récitatif (tout comme dans les sonates pour clavier). Des rythmes pointés prolifèrent à nouveau, et on remarquera une cadence pour le soliste peu avant la fin du mouvement. L’ambiance du final, Allegro assai, est d’emblée plus vive, même si l’activité au tout début est freinée par le soliste avant qu’il ne passe à des figures plus rapides. Le procédé est répété par la suite, alors que la flûte continue à tisser des fioritures virtuoses autour du matériel.

La Sonate en la mineur pour flûte solo, Wq.132, datant de 1747, provoque des comparaisons inévitables avec la Partita en la mineur pour le même instrument soliste écrit par son père quelques vingt-cinq ans auparavant. La sonate débute avec un mouvement marqué Poco adagio, où, comme dans les œuvres de Johann Sebastian pour des instruments non-accompagnés, les harmonies sont toujours clairement sous-entendues. Les deux sections du deuxième mouvement sont répétées avec davantage d’ornementation, le thème principal étant dérivé des notes de l’accord parfait de la dominante. On trouve une procédure similaire dans l’Allegro final, où des intervalles descendantes sont généralement remplacées par des intervalles montantes, les notes graves, auxquelles on parvient par de grands sauts, suggérant une ligne de basse.

Le Concerto en sol majeur, Wq.169, daterait de 1755, date de la version originale pour orgue ou clavecin et orchestre. Le début, pour orchestre, est énergique, digne de l’école de Mannheim, avec des rythmes pointés et des figures d’arpège. Comme c’est souvent le cas, les passages solistes deviennent de plus en plus longs et virtuoses, jusqu’à la cadence. Le Largo en mi mineur respire la mélancolie, ayant, au début, des contours mélodiques descendants à l’orchestre. Ce ton est partagé par la flûte, qui rajoute une petite cadence avant la fin du mouvement. Le vif Presto final chasse toute tristesse par son optimisme éclatant et l’écriture brillante pour le soliste.

On a prétendu que le Concerto en ré mineur, H. 426, composée en 1747, est la version originale de ce qui est devenu le Concerto pour clavecin en ré mineur, Wq.22. L’œuvre, préservée dans un manuscrit autrefois en la possession de la sœur du roi, la Princesse Anna Amalia, fut peut-être écrite - à en juger par la partie soliste - pour le roi lui-même. Un Allegro initial, avec des figures d’arpèges et une virtuosité moindre, est suivi d’un mouvement serein en ré majeur aux allures de récitatif et d’une brève cadence. La tonalité d’origine est rétablie dans le final, Allegro di molto, mouvement dont la vigueur et l’animation sont tempérées par un sentiment de menace, menant à une écriture soliste plus difficile.

Keith Anderson
Traduction: Jeremy Drake


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