About this Recording
8.555776 - HOLST, G.: Planets (The) / The Mystic Trumpeter (Royal Scottish National Orchestra, D. Lloyd-Jones)
English  French 

Gustav Holst (1874-1934)

Les Planètes • La Trompette mystique

La réputation de Holst repose très largement sur Les Planètes : peu de compositeurs ont obtenu un tel succès avec une seule œuvre. En conséquence, le reste de sa musique a été un peu négligé et on considère souvent Les Planètes comme si elles provenaient de nulle part. Pourtant, ces pages s’insèrent naturellement au sein de la production de Holst, développement logique de ses premières œuvres et signe avant-coureur de bon nombre de celles qui allaient suivre.

S’il était possible de prédire quel serait le langage musical des Planètes, il s’agit pourtant d’un ouvrage ayant peu de précurseurs. Jusqu’alors, personne n’avait écrit de morceau à mouvements multiples à une telle échelle. Les études de caractère des Tableaux d’une exposition de Moussorgski ou les Variations Enigma de Elgar allaient peut-être dans la même direction, mais leurs mouvements individuels sont bien plus modestes. En matière de ´ tableaux sonores ª, la forme des Planètes se rapproche plus des trois mouvements de La Mer ou des Nocturnes de Debussy, que Holst entendit probablement sous la baguette de leur compositeur en 1909 - et les voix de femmes des Sirènes eurent sûrement leur influence sur Neptune. Holst fut certainement impressionné par les Cinq Pièces orchestrales de Schoenberg, qu’il entendit en 1914 — le titre original des Planètes était ´ Sept Pièces pour grand orchestre ª (les noms des planètes ayant été omis).

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une œuvre d’une grande originalité. Holst la qualifiait de ´ suite ª et si certains l’ont appelée une ´ suite symphonique ª, cette définition n’est pas vraiment appropriée. Holst préférait travailler spontanément, sans grande considération pour la rigueur formelle. Presque toute sa musique, comme les mouvements individuels des Planètes, est construite à partir de structures relativement courtes qui se suffisent à elles-mêmes et créent leur propre logique.

Les premières idées de Holst lui vinrent de son intérêt pour l’astrologie, dérivé de l’étude de la littérature sanscrite qui avait influencé une grande partie de son œuvre antérieure. Cet intérêt n’avait rien d’une obsession - Holst écrivit seulement que l’astrologie lui avait ´ suggéré ª les caractères des planètes — mais il lui fournit un bon appui pour sa structure musicale et des titres appropriés pour les mouvements, dépeignant une atmosphère plutôt qu’un tableau. A une époque où nous sommes habitués à voir de remarquables images des planètes, nous ne devrions pas oublier que pour la génération de Holst, elles étaient bien plus mystérieuses et lointaines et que les images mentales qu’elles évoquent pour nous sont très différentes des caractéristiques que Holst désirait décrire.

Holst conçut Les Planètes au moins dès 1913 et l’ouvrage fut achevé en 1917. Bien que la première exécution publique n’ait pas eu lieu avant 1920, une exécution privée en 1918 et plusieurs exécutions de parties de l’œuvre avaient déjà forgé à ces pages une réputation qui ne devait jamais se démentir. Holst enregistra deux fois son œuvre, en 1922-23 et en 1926, à chaque fois avec le London Symphony Orchestra.

Les différents mouvements ne furent pas composés dans l’ordre où ils sont exécutés (Mercure fut le dernier à être écrit) et c’est Mars, dieu de la guerre qui fut achevé en premier. Souvent pris pour une description de la guerre à échelle industrielle, il fut en fait terminé bien avant que n’éclate la Première Guerre Mondiale. Ses rythmes lancinants et ses dissonances énergiques sont devenus une référence pour les compositeurs de musique de film, mais l’originalité du concept de Holst demeure remarquablement novateur. Par contraste, Vénus, porteur de la paix nous montre un Holst des plus détendus et lyriques — caractère qu’il ne parvint pas facilement à retrouver par la suite. C’est la plus tendre des sept pièces, sans aucun moment d’inquiétude ou aucun apogée : Neptune suit le même schéma, mais là où il est froid et dépassionné, Vénus déborde de chaleur.

Mercure, le messager ailé est d’une légèreté de vif-argent tout à fait appropriée. Comme dans Mars et Neptune, Holst utilise la bi-tonalité, une musique écrite simultanément dans deux tonalités différentes, mais dans ces deux mouvements il emploie des harmonies délibérément dissonantes (même s’il obtient l’effet inverse) ; ici l’usage en est aisé et évasif. Jupiter, le porteur de la jovialité regorge d’une bonne humeur démonstrative mais également de mélodies mémorables. Depuis qu’on s’est approprié la plus expansive d’entre elles pour en faire un hymne patriotique, on a eu tendance à en rendre le caractère un peu trop solennel, mais Holst ne demande à personne de se tenir au garde-à-vous : il s’agit tout simplement ici de la facette plus sérieuse de la jovialité.

Le mouvement que préférait Holst était Saturne, le porteur de la vieillesse. Sa triste musique processionnelle est très caractéristique du compositeur, même s’il n’a permis à ses processions d’atteindre un apogée aussi terrifiant nulle part ailleurs. Les vagues au clapotis sonore qui suivent constituent une sorte d’écho serein finissant par s’effacer dans le lointain. Uranus, le magicien révèle une autre facette de Holst, où l’humour est plus patent, presque parodique. C’est le plus dansant des mouvements, sa musique devenant progressivement plus lourde jusqu’à un apogée qui balaie l’ensemble et le noie dans l’oubli. Neptune, le mystique renoue avec l’irréalité dans laquelle se sont achevés les deux précédents mouvements et la maintient de bout en bout, distant, mystérieux et dénué de toute émotion. Sorties du néant, des voix de femmes lointaines et éthérées se font entendre et le chœur achève le mouvement, retournant au vide duquel ont émergé les voix.

L’enthousiasme précoce de Holst pour la poésie de Whitman le mena, en 1899, à en esquisser un portrait dans son Overture: Walt Whitman, œuvre qui exprime l’animation mais n’est pas vraiment profonde. Il eut la sagesse d’attendre, pour mettre Whitman en musique, que son langage musical ait atteint un stade où il pouvait espérer lui rendre justice et si, dans The Mystic Trumpeter de 1904, il avait encore quelque chemin à faire pour trouver son propre style, l’assurance et l’individualité de cette œuvre ne font aucun doute. Les différentes influences de l’ouvrage, notamment celle de Wagner, sont soudées par la passion de Holst pour les mots en un tout intégré et convaincant dont la vitalité et l’exubérance ont peu d’équivalents dans la musique britannique de l’époque. Malgré cela, The Mystic Trumpeter est l’une des grandes œuvres de Holst les moins reconnues : il fut créé en 1905 et révisé par Holst en 1912, mais il ne fut ni joué, ni publié jusqu’à ce qu’Imogen Holst et moi-même éditions ces pages en 1979.

Puisque la musique est réduite au silence, pourquoi voudrait-on la ramener à la vie ? Je dois reconnaître que je me suis posé cette question, et s’il n’y avait pas eu l’encouragement de Kent Nagano et de l’Orchestre de Hallé, qui me commandèrent cet ´ appendice ª aux Planètes, je ne pense pas que j’aurais osé entreprendre un tel projet. Pluton, celui qui renouvelle — j’ai choisi le seul attribut astrologique que je trouvais approprié — suit donc sans interruption, avant que Neptune ne se soit entièrement évanoui. On aurait du mal à trouver des pages plus lentes ou distantes que Neptune, aussi ai-je décidé de rendre Pluton encore plus rapide que Mercure, pensant aux vents solaires et peut-être à la soudaine apparition de comètes venues des confins du système solaire. Enfin, comme si la musique de Holst était encore présente à l’arrière-plan, tout s’évanouit soudain pour révéler l’accord final de Neptune soutenu dans le lointain.

Pluton ne fut découverte que quelques années avant la mort de Holst en 1934. Avec son satellite Charon, elle est si petite que tous deux peuvent à peine être qualifiés de planètes. Et l’orbite de Pluton est elliptique, aussi est-elle parfois plus proche de nous que Neptune. Par la plus étrange des coïncidences, la première exécution des Planètes avec Pluton, en mai 2000, eut lieu exactement au moment où la planète Pluton passait au-delà de Neptune pour la première fois depuis plus de vingt ans.

L’enthousiasme précoce de Holst pour la poésie de Whitman le mena, en 1899, à en esquisser un portrait dans son Overture: Walt Whitman, ouvre qui exprime l’animation mais n’est pas vraiment profonde. Il eut la sagesse d’attendre, pour mettre Whitman en musique, que son langage musical ait atteint un stade où il pouvait espérer lui rendre justice et si, dans The Mystic Trumpeter de 1904, il avait encore quelque chemin à faire pour trouver son propre style, l’assurance et l’individualité de cette ouvre ne font aucun doute. Les différentes influences de l’ouvrage, notamment celle de Wagner, sont soudées par la passion de Holst pour les mots en un tout intégré et convaincant dont la vitalité et l’exubérance ont peu d’équivalents dans la musique britannique de l’époque. Malgré cela, The Mystic Trumpeter est l’une des grandes ouvres de Holst les moins reconnues : il fut créé en 1905 et révisé par Holst en 1912, mais il ne fut ni joué, ni publié jusqu’à ce qu’Imogen Holst et moi-même éditions ces pages en 1979.

Colin Matthews

Traduction : David Ylla-Somers


Close the window