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8.555798 - RAVEL: Piano Favourites
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Maurice Ravel (1875-1937)

Les meilleurs morceaux pour piano

Maurice Ravel est né à Ciboure, dans les Basses-Pyrénées, le 7 mars 1875, l’année de la création de Carmen de Bizet. Il était l’aîné des enfants de Pierre Joseph Ravel et de sa femme Marie. Son père était un ingénieur qui possédait des goûts extrêmement raffinés et un certain talent pianistique (il remporta un prix au Conservatoire de Genève). Deux mois seulement après la naissance de Maurice, la famille s’établit à Paris et lorsque les premiers signes de son talent musical commencèrent à se manifester, ses parents l’encouragèrent activement. Maurice entra au Conservatoire de Paris en 1889, à l’âge de quatorze ans, et en sortit six ans plus tard avant d’y retourner en 1898 pour étudier auprès de Gabriel Fauré qui était alors âgé de 53 ans. Le début des années 1900 fut marqué par quatre tentatives infructueuses d’obtenir un Prix de Rome, la récompense suprême en matière de composition. Cet échec l’incita à quitter la classe de Fauré. Malgré tout, dès le milieu de cette première décennie, Ravel commença à s’imposer parmi les compositeurs importants de l’époque. Son cercle d’amis et de collègues s’agrandissait : il travailla avec Stravinski, Diaghilev et les Ballets Russes qui créèrent son ballet Daphnis et Chloé. Il voyagea à travers l’Europe pour des concerts consacrés à ses compositions et, en 1927, l’année où Lindbergh effectua sa première traversée de l’Atlantique, Ravel se rendit aux Etats-Unis et au Canada pour une tournée de concerts qui dura huit mois. En 1933, les premiers effets d’une lésion cérébrale qui affectait sa coordination se manifestèrent. Il perdit progressivement toute aptitude à composer ou jouer au point qu’en 1937, son frère et des amis proches décidèrent de prendre le risque d’une opération susceptible de restaurer une relative normalité dans la vie de Ravel. L’opération fut réalisée le 19 décembre et les premiers signes furent encourageants mais, après une rechute, Ravel mourut le 28 décembre 1937, à l’âge de 62 ans.

La Pavane pour une infante défunte fut composée en 1899, puis orchestrée par le compositeur en 1910. Le titre ne fait pas référence à une princesse espagnole décédée mais, plus généralement, à un genre de pavane qu’une jeune princesse aurait été susceptible de danser à la Cour d’Espagne. L’œuvre fut dédiée à la Princesse Edmond de Polignac, née Winnaretta Singer, membre de la famille qui exploitait les célèbres machines à coudre, dont le salon était l’un des plus prestigieux de Paris. Ce morceau fut créé par le pianiste catalan Ricardo Viñes qui était entré au Conservatoire de Paris à la même époque que Ravel et qui devint l’un de ses plus proches amis ainsi que l’un des plus importants interprètes de sa musique. Il créa par ailleurs Jeux d’eau, Miroirs et Gaspard de la nuit.

Henriette Faure fut également un autre défenseur influent de la musique pour piano de Ravel. Elle étudia auprès du compositeur en 1922 et donna le premier récital de piano entièrement consacré aux œuvres de Ravel le 18 janvier 1923 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. Elle enregistra par la suite un certain nombre d’œuvres de Ravel dont le petit Prélude qui fut composé en 1913 pour le concours de déchiffrage de la classe des femmes du Conservatoire. L’œuvre fut ensuite dédiée à celle qui remporta le prix, Jeanne Leleu, la jeune pianiste qui avait pris part à la première audition de Ma mère l’Oye, trois années auparavant.

Henriette Faure enregistra également Jeux d’eau, composé en 1901, dédié au mentor du compositeur, Gabriel Fauré. Dans l’hommage qu’elle rendit à son professeur, Mon maître Maurice Ravel (Paris, 1978), elle évoqua le jour où elle interpréta Jeux d’eau pour le compositeur :

´ Après avoir joué le morceau, Ravel ne dit qu’une seule chose : "Vos jeux d’eau sont tristes. Tous penseront que vous n’avez pas lu l’épigraphe de Henri de Régnier" ("Dieu fluvial riant de l’eau qui le chatouille"). J’ai alors recommencé, cette fois dans un tempo plus vif et, adoptant le style ravélien, pressant les triples croches menant à certains des thèmes, laissant respirer les lignes mélodiques et les intervalles qui les séparent, levant mes mains brusquement afin d’interrompre plus proprement les notes liées et, par dessus tout, songeant à des pensées heureuses, afin de transformer ce que j’avais initialement conçu comme une méditation en un divertissement effervescent. Ravel dit "C’est mieux, mais vous pourriez même être plus rêveuse à la fin… sous réserve que…" et, avec impertinence, je finis sa phrase par "vous ne ralentissiez pas". Il fut peut-être mécontent de se voir ainsi caricaturé mais rit de bon cœur. ª

Parmi les autres interprètes notables de Ravel, il faut citer Louis Aubert. Il assura la première exécution des Valses nobles et sentimentales en 1911 et, lorsqu’il était encore jeune garçon, participa à la création du Pie Jesu en qualité de soprano solo dans le Requiem de Fauré en 1888. Le cycle de huit Valses nobles et sentimentales (´ d’après l’exemple de Schubert ª) fut programmé pour la première fois lors d’un concert de la Société Musicale Indépendante sans mention du nom du compositeur. Après l’exécution, on demanda au public, troublé par la modernité de l’écriture, de deviner le nom de l’auteur : on suggéra Kodály et Satie, mais pas Ravel.

La suite néo-classique Le Tombeau de Couperin fut composée entre 1914 et 1917 et conçue moins comme un hommage au compositeur François Couperin qu’à la musique française du dix-huitième siècle en général. L’œuvre reprend des danses et des artifices stylistiques baroques afin de rappeler la musique de cette époque, musique qui se trouve transformée par la palette unique de Ravel qui en orchestra par la suite quatre mouvements.

Le Menuet sur le nom de Haydn, sur les notes si-la-ré-ré-sol, fut composé en 1909 et publié pour la première fois en 1911. Il utilise là encore le langage néo-classique pour créer une atmosphère sereine et raffinée.

La Sonatine, composée entre 1903 et 1905, regroupe trois mouvements exquis. Elle fut dédiée à Mimi Godebska, la jeune fille de Cipa et Ida, deux amis proches de Ravel. D’ailleurs cette musique possède sans aucun doute le souffle d’une innocence enfantine.

Les cinq mouvements qui constituent Miroirs furent composés en 1905. A cette époque, Ravel et quelques-uns de ses amis intimes formèrent un groupe connus sous le nom des ´ Apaches ª. Chacun des cinq mouvements fut dédié à un membre du groupe : Noctuelle à l’écrivain Léon-Paul Fargue, peut-être le confident le plus proche de Ravel ; Oiseaux tristes à celui qui fut son fidèle compagnon sa vie durant, le pianiste Ricardo Viñes (ici le sens de l’humour malicieux de Ravel se fait jour, puisqu’il dédie avec malice à un pianiste une œuvre qui n’est pas pianistique du tout) ; Une Barque sur l’océan revint à Paul Sordes ; le brillant et virtuose Alborada del Gracioso fut destiné à l’écrivain et critique M.D. Calvocoressi, l’un des premiers défenseurs de la musique de Ravel ; et le compositeur Maurice Delage, l’un des rares élèves de composition de Ravel, reçut le dernier mouvement, La Vallée des Cloches.

Les couleurs sinistres de Gaspard de la nuit furent conçues en 1908 d’après un poème en prose d’Aloysius Bertrand. Vlado Perlemuter, un pianiste plus proche de nous et dont le nom est intimement lié à la musique de Ravel, fit ses études au Conservatoire de Paris avant d’y devenir professeur. A la fin des années 1920, il étudia auprès de Ravel qui lui dit, alors qu’il travaillait avec acharnement sur Scarbo : ´ J’ai voulu faire une caricature du romantisme ª, ajoutant tout bas, ´ Je m’y suis peut-être laissé prendre. ª

Jeremy Backhouse

Version française: Pierre-Martin Juban


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