About this Recording
8.555857 - BOHM, G.: Chorale Partitas / Preludes and Fugues (Teeuwsen)
English  French 

Georg Böhm (1661-1733)

Œuvres pour orgue, Volume 1

Georg Böhm est né à Hohenkirchen, près d’Orhrdruf en Thuringe, en 1661. Il reçoit ses premières leçons de musique auprès de son père, instituteur et organiste à Ernstroda puis à Hohenkirchen à partir de 1660. Après la mort de son père en 1675 il poursuit son éducation à la Lateinschule à Goldbach jusqu’en 1678, lorsqu’il entre au Gymnasium de Gotha. En 1684 il s’inscrit à l’Université de Jena. En 1693 il est à Hambourg, où, dès 1697, trois de ses enfants sont baptisés. On connaît très peu ses activités, musicales ou autres, à cette époque, mais c’est ici qu’il aurait entendu le style français pour la première fois, dans les œuvres de Kusser, élève de Lully qui a dirigé de nombreuses œuvres lyriques françaises et italiennes. En 1698 l’organiste Christian Flor meurt, et sa position à la Johanniskirche à Lunebourg est à pourvoir. Böhm pose sa candidature pour ce poste important et se trouve être le choix unanime, y restant jusqu’à sa mort en 1733. En 1704 il essaie d’accroître ses revenus en cherchant un autre poste comme organiste à la Marienkirche, mais à la place, on lui accorde une augmentation de salaire. En 1711 il compose une Passion selon Saint Luc, aujourd’hui perdue, pour le conseil municipal, et en 1729 puis en 1730 il compose de nombreuses cantates funèbres qui n’ont pas survécu, bien que d’autres ont été préservées.

Il est possible que ce fut à Lunebourg que le jeune Johann Sebastian Bach, âgé de douze ans et écolier à Ohrdruf, une ville avoisinante, de 1700 à 1702, lui ait rendu visite. Il n’est pas certain que Böhm enseignait à Bach, mais il est clair que les œuvres de Böhm, en particulier les compositions d’après les chorals ont exercé une grande influence sur l’écriture de Bach plus tard. Carl Philipp Emanuel Bach, le deuxième fils de Johann Sebastian, faisait plus tard référence à Böhm comme étant le professeur de son père.

Dans ses compositions libres Böhm respecte les formes de l’Allemagne du Nord, alternant des fantaisies avec une écriture fuguée conservatrice et des mouvements de danse. Le Prélude et Fugue en ut majeur, après le geste initial, présente un long passage pour les pédales, suivi d’éléments italiens en cori spezzati. La fugue à quatre voix, comme souvent à l’époque, est basée sur un rapport simple de dominante/octave, mais Böhm est néanmoins capable de nous surprendre avec des changements audacieux de tonalité et des fausses cadences dramatiques, le tout se terminant par la toccata-passaggio coutumière.

Le génie de Böhm se dévoile le plus dans les partitas sur choral. Cette forme, une nouveauté de Böhm lui-même, est un dérivé de la partita profane du dix-septième siècle fusionnée avec le choral à variations sacré. Cette nouvelle forme présente en général le cantus firmus, la base de toute l’œuvre, dans sa forme originelle, le plus souvent dans la voix supérieure. Ses œuvres diversifiées requièrent de l’orgue une registration très colorée et très contrastée, et sont à écouter individuellement ou en duo. Ach wie nichtig, ach wie flüchtig (Ah, que c’est vide, ah, que c’est éphémère) commence par le choral lui-même, suivi de sept variations.

Le Prélude en fa majeur prend la forme d’une ouverture française à la Lully, ayant une introduction majestueuse aux rythmes pointés avant un passage fugué, également avec des rythmes pointés.

Le choral à variations Herr Jesu Christ, dich zu uns wend (Seigneur Jésus Christ, tourne vers nous) commence avec un versus dans un 3/2 pointé et balançant. Dans le deuxième versus, une figure d’accompagnement plus grave contraste avec la mélodie du choral dans la partie supérieure, suivie d’un troisième versus où une variation de la mélodie est accompagnée essentiellement par des accords, d’un quatrième avec des éléments d’imitation canonique entre les parties supérieures, d’un cinquième ayant une partie supérieure coulante et d’un sixième versus où les parties entrent dans une imitation quasi-fugue.

Il est possible que le Prélude en ré mineur soit une des premières œuvres de Böhm, ayant une forme en cinq sections qui fait penser à Buxtehude: prélude, fugue, toccata centrale, fugue et toccata conclusive. Le Prélude ouvre avec un passage pour pédales uniquement, étant suivi d’une petite section fuguée. La toccata centrale est relativement courte, menant à une section fuguée plus conséquente et un dernier passage en toccata.

Le choral à variations Wer nur den lieben Gott lässt walten (Celui qui ne laisse que Dieu régner) présente le choral lui-même dans une forme ornementée. Les six variations suivantes mènent à un dernier bref Adagio suivi d’un Presto aux rythmes composés.

Nous avons deux préludes de choral de Böhm sur Christ lag in Todesbanden (Le Christ enchaîné par la mort). Le deuxième, dans une forme que nous connaissons chez Buxtehude, avec la première section répétée, introduit une version de la mélodie dans toutes les voix l’une après l’autre, procédé imitatif qui devient de plus en plus marqué.

Freu dich sehr, o meine Seele (Réjouis-toi bien, ô mon âme) présente le choral dans une forme relativement simple, suivi d’une variation où la mélodie s’entend d’abord surtout dans la voix d’alto. Après une version plus élaborée la mélodie du choral se trouve à nouveau à l’alto, et puis quatre variations emploient des notes plus rapides. Une variation en 12/8 marque un retour au temps original, avant une version avec de puissants accords dans un rythme composé de 6/4.

Presque identique au type buxtehudien de prélude de choral, Vom Himmel hoch da komm ich her (Je viens ici du ciel en haut) est introduit par trois voix imitatives, avant l’apparition de la mélodie du choral en des notes plus longues à la voix supérieure. Le deuxième des deux préludes à choral sur Vater unser im Himmelreich (Notre Père, Qui est au cieux) est de forme plus grande et plus développée, interprétation élégante et poignante du texte, et peut-être le modèle pour Erbarm dich de Bach.

Le Prélude, Fugue et Postlude en sol mineur est le meilleur exemple d’une composition libre de Böhm. En trois sections, le Praeludium comporte une série d’accords qui montent de la grave jusqu’au registre aigu, créant des effets dramatiques avec des crescendo majestueux. La Fugue fait penser à une fugue française classique, alors que le Postlude est basé sur une figure en arpeggio descendante. Pour Spitta, c’est une œuvre qui exprime "un sentiment si profond, si mélancolique, une rêverie et une réjouissance aux harmonies amères-douces, dont seul un Allemand est capable".

D’après des notes de Christiaan Teeuwsen

Version française : Jeremy Drake


Close the window