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8.555870 - TURINA: Piano Trios (Complete)
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Joaquin Turina

Œuvres complètes pour trio avec piano

Fils d’un peintre aux lointaines origines italiennes, Joaquin Turina naquit à Séville en 1882. Sa ville natale devait demeurer un important élément de sa vie et de son œuvre. Dès son plus jeune âge, Turina manifesta un intérêt marqué pour la musique. Il étudia au Colegio de San Ramón et au Colegio del Santo Angel. Il commença l’étude du piano avec Enrique Rodriguez et travailla le contrepoint et la composition avec le directeur musical de la cathédrale, Evaristo Garcia Torres. Son père le destinait à une carrière médicale mais, après avoir pris conscience des aptitudes musicales de son fils, il lui permit de poursuivre sa passion et de développer ses dons.

Turina se produisit en public pour la première fois comme pianiste à Séville en 1897 et interpréta la redoutable Fantaisie sur des thèmes de Moïse de Rossini de Thalberg. A la même époque, il se mit à composer une série d’œuvres dont un arrangement d’un poème de Rodriguez Marin, Las coplas de la Pasión. En 1902, il partit pour Madrid afin d’étudier le piano auprès de José Trago, emportant avec lui un opéra biblique fraîchement composé, La sulamita. Il donna son premier concert public à Madrid en 1903 et, l’année suivante, sa zarzuela, Fea y con gracia fut interprétée avec succès. La mort de ses parents l’incita à suivre l’exemple d’autres musiciens de sa génération : il se rendit à Paris où il étudia avec Moritz Moszkowski avant d’entrer à la Schola Cantorum, sur la recommandation d’Isaac Albeniz. Ce dernier lui apporta en outre une aide matérielle tout comme il l’avait fait pour Manuel de Falla. Turina étudia à la Schola auprès de Vincent d’Indy et y suivit les cours avec assiduité jusqu’en 1913. Ce séjour parisien lui permit de rencontrer les principaux compositeurs et interprètes français et espagnols parmi lesquels Debussy, dont l’influence sur sa musique est perceptible. C’est grâce à Albeniz que fut publié son Quintette avec piano, Opus 1 qu’il créa à Paris avec le Quatuor Parent. Suivant les conseils d’Albeniz, Turina prêta une attention particulière à la musique folklorique espagnole, notamment celle d’Andalousie.

Bien qu’établi à Paris, Turina se rendit fréquemment en Espagne. Son œuvre pour orchestre La procesión del Rocio fut jouée avec succès à Madrid en 1913 sous la direction d’Enrique Arbós et reçut le même accueil à Paris. Il se fixa à Madrid l’année suivante où il poursuivit sa carrière de pianiste, chef d’orchestre et compositeur. En 1930, il fut nommé à la chaire de composition du Conservatoire Royal et, cinq ans plus tard, entra à l’Académie des Beaux-Arts. Sa conférence inaugurale fut repoussée jusqu’à la fin de la guerre civile durant laquelle il ne composa rien. Au cours des dix dernières années de sa vie, il écrivit peu et se consacra seulement à quelques œuvres de musique de chambre et à de nombreuses pièces pour piano. Il mourut à Madrid en 1949.

Son Trio avec piano n°1 en ré majeur fut composé en 1926 et triompha la même année au Concours National Espagnol. L’œuvre fut dédiée, lors de sa publication, à l’Infante Isabel de Borbón. Le premier mouvement s’ouvre sur une lente introduction au cours de laquelle le violon et le violoncelle développent un passage mélancolique descendant, suivi par des rythmes pointés au piano. On retrouve le violon et le violoncelle associés en conclusion de ce Prélude. La Fugue, de caractère moins sombre, développe sa texture contrapuntique au sein de la partie pianistique. Le thème du second mouvement est d’abord confié au violoncelle rejoint par le violon accompagné par des accords au piano. Le caractère espagnol du matériau musical apparaît clairement dès la première variation, Allegro moderato qui précède une série variations nouvelles basée sur des rythmes de danses espagnoles. La seconde version du thème apparaît dans un capricieux Andantino mosso. La troisième variation, dans une mesure irrégulière à 5/8 portant l’indication Moderato, est interprétée au piano. Puis, une quatrième variation fait ressortir le pizzicato du violoncelle sur les sonorités assourdies du registre grave du violon avec les interpolations du piano. La cinquième variation, Andantino, est une nouvelle danse espagnole qui conduit au retour du thème original. Le dernier mouvement, Sonate, semble débuter par un moto perpetuo. Or, celui-ci cède rapidement la place à un premier thème de caractère espagnol qui mène à un second thème contrasté. Le premier thème rythmé fournit le cadre au développement d’un nouveau matériau musical qui comprend des réminiscences du thème fugué du premier mouvement et, en conclusion, le retour de l’introduction du premier mouvement.

Le Trio avec piano n°2 en si mineur, Opus 76, fut achevé en 1933 et conçu, semble-t-il, comme un cycle de trois Nocturnes. Il fut dédié à Jacques Lerolle, le neveu de Chausson, directeur de la maison d’édition Rouart-Lerolle, rachetée ultérieurement par Salabert. Le premier mouvement débute par trois mesures marquées Lento, avant l’arrivée d’un Allegro molto moderato à la texture dense. Un thème secondaire plus paisible, Allegretto, fait son apparition puis est interrompu par un passage Lento dont le thème mélancolique au violoncelle s’étend au violon avant le retour de l’Allegro molto moderato et du thème secondaire modifiés. Le mouvement suivant, en un 5/8 typiquement espagnol, propose des accords énergiques au piano sur un accompagnement rapide des instruments à cordes. Un passage plus serein vient les interrompre avant que le mouvement ne reprenne. Le violoncelle, rejoint par le violon, s’affirme avec force dans l’introduction du dernier mouvement, puis est suivi par des accords menaçants au piano et la reprise du thème par le violon. L’atmosphère change à plusieurs reprises avec le développement du mouvement à la manière d’un Fauré hispanisant, rappelant sans cesse la formation française et l’inspiration rythmique et mélodique de Turina.

Circulo, Opus 91, décrit comme un Trio Fantastique, est un cycle de trois pièces publié en 1942. La sombre immobilité de la première, Amanecer (Aurore), s’appuie d’abord sur la tessiture grave du violoncelle avant que le monde ne s’éveille en même temps que la musique se développe. La seconde pièce, Mediodia (Midi) est plus ouvertement espagnole tant par son thème que par son rythme. Elle suggère les occupations de la journée avec une surprenante agitation. Le cycle s’achève avec Crepúsculo (Crépuscule) qui évoque un retour à la tranquillité.

Le Trio avec piano en fa majeur a été négligé pendant près d’un siècle. Il fut composé à Séville en 1904, c’est-à-dire pratiquement à la même époque que le Quintette avec piano en sol mineur, Opus 1. Ce Trio fut créé l’année de sa composition à la Sala Piazza par le violoniste Fernando Palatin, le violoncelliste Antonio Ochoa et le compositeur. Découpée en quatre mouvements, l’œuvre témoigne de l’influence de César Franck, le professeur de Vincent d’Indy. Turina sut néanmoins atténuer cette influence en suivant le conseils d’Albeniz qui l’avait encourager à se tourner vers des sources d’inspiration nationales. Le principe cyclique employé par Franck est perceptible dans l’œuvre de Turina qui fait référence dans le dernier mouvement au contenu des mouvements précédents. L’introduction relativement sombre du premier mouvement en mode mineur se mue en une musique beaucoup plus lumineuse qui semble évoquer les salons parisiens de l’époque. Le mouvement lent est introduit avec solennité par les cordes puis la musique s’apaise avec l’entrée du piano bientôt rejoint par les deux autres instruments. Le vif scherzo adopte une mesure asymétrique à 5/4 qui rompt subtilement l’atmosphère du mouvement précédent. Sa conclusion heurtée évoque enfin l’esprit espagnol. Le dernier mouvement, qui fait référence à tout ce qui précède, adopte un style grandiose et offre une conclusion pleine de caractère à l’œuvre.

Nous tenons à remercier José Luis Turina de Santos pour les informations qu’il nous a fournies.

Keith Anderson

Traduction française : Pierre-Martin Juban


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