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8.555884 - LIEBERMANN: Concerto for Jazz Band / Furioso / Medea-Monolog
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Rolf Liebermann (1910-1999)

Rolf Liebermann (1910-1999)

Oeuvres pour orchestre

´ Considérez-moi tout simplement comme un musicien ª, disait Rolf Liebermann, mais en fait il travailla dans de nombreux domaines musicaux au cours de sa vie. Né à Zurich le 14 septembre 1910, il étudia le droit dans sa ville natale et la musique au Conservatoire. Au début des années 1930, il gagna sa vie comme compositeur de chansons, mais se consacra à la musique sérieuse lorsqu’il rencontra Hermann Scherchen ; dans les années 1940, il prit des cours de composition avec Vladimir Vogel.

De 1945 à 1957, Liebermann travailla pour la Radio suisse, après quoi il s’établit à Hambourg, où il fut nommé à la tête de la section musicale de la radio nord-allemande. De 1959 à 1973, il fut intendant au Staatsoper de Hambourg puis à l’Opéra de Paris ; de 1985 à 1988, il fut à nouveau intendant à Hambourg.

A partir du début des années 1960, il ne composa plus guère, sans doute parce qu’il continuait à participer aux émissions culturelles de plusieurs stations de radio tout en enseignant à Salzbourg ; il reprit ses activités de compositeur dans les années 1980. Son langage musical demeura étonnamment constant, formant un alliage de différents styles et techniques baroques, classiques, dodécaphoniques et populaires.

L’ouvrage orchestral Furioso fut créé le 27 juillet 1947 à Darmstadt par Hermann Scherchen, ami et mécène du compositeur, et demeure l’une de ses œuvres les plus connues. Cet ouvrage, qui allie la technique dodécaphonique à une sensibilité musicale raffinée, est construit comme une ouverture italienne, en trois parties. La première d’entre elles présente un dessin ostinato de quatre notes, ininterrompu, des passages d’une rapidité furieuse et d’âpres accords syncopés.

La section centrale, lente, confie un thème chantant à la flûte et au cor anglais ; dans la récapitulation, on retrouve la musique de la première section, alliée au thème de la section centrale.

Au Moyen Age, à Bâle, on entendait de la musique pour tambour et pipeau lors de diverses occasions festives, dont la célèbre Fasnacht. Celle-ci démarre à quatre heures du matin après le premier dimanche de Carême : au son des tambours et des pipeaux, différents groupes traversent les rues de la ville avec des lanternes. La façon de jouer des instrumentistes de Bâle inspira de nombreux compositeurs, dont Frank Martin et Arthur Honegger ; c’est pourtant Rolf Liebermann qui donna pour la première fois un rôle soliste à cet instrument dans une œuvre symphonique, le Concerto de festival Geigy. Il s’agissait d’une commande de l’entreprise pharmaceutique de Bâle J.R.Geigy AG pour fêter le bicentenaire de leur établissement ; la création eut lieu le 6 juin 1958 à Bâle. Les quatre mouvements de l’ouvrage dépeignent les événements de la Fasnacht et pour ce faire, Liebermann utilise différentes mélodies bâloises.

Médée, la fille du roi de Colchide, s’éprit de l’argonaute Jason et l’aida à s’emparer de la toison d’or. Elle le suivit à Corinthe, mais là, Jason voulant la répudier pour prendre une autre femme, Médée tua les enfants qu’elle avait eus de Jason. Le destin de cette figure tragique a inspiré de nombreux ouvrages littéraires et musicaux. En 1984, Ursula Haas édita son roman Freispruch für Medea, qui servit de modèle à Rolf Liebermann pour son opéra du même nom (1995). Celui-ci avait été précédé en 1989 par la cantate Medea-Monolog, créée le 26 août 1990 à Hambourg, sur un texte de Ursula Haas. Une partie de cette cantate fut utilisée dans la scène de Médée au second acte de l’opéra. Médée méritait-elle un ´ acquittement ª selon Ursula Haas et Rolf Liebermann ? Tous deux voyaient dans le conflit opposant Médée et Jason l’opposition entre la société matriarcale et la société patriarcale. Médée, loin d’être une sorcière ou une destructrice, serait une victime. Le solo de Médée est un monologue dramatique saisissant auquel le chœur des femmes de Corinthe apporte une toile de fond. La palette émotionnelle de Médée est digne de celle d’une grande héroïne de l’opéra romantique.

La commande de la Symphonie ‘Les Echanges’ fut passée en 1962, lorsque Liebermann fut prié de composer un morceau pour le pavillon des banques, des assurances et du commerce de l’exposition nationale suisse de Lausanne de 1964. Liebermann n’aurait jamais pensé que sa déclaration (´ eh bien, s’il leur faut à tout prix de la musique, il n’ont qu’à en faire jouer par les machines en démonstration ª) serait prise au sérieux … Il fit jouer le bruit des machines présentées dans le pavillon par le Tonjägerverband suisse, et à partir de ce bruit et des effets obtenus, il ébaucha une sorte de partition pour percussions. Le rythme et les couleurs sonores furent alors gravés par un ingénieur du son et conservés sur bande. Ce qui semblait n’être qu’une plaisanterie durant à peine quatre minutes avait requis sept mois de travail, car Liebermann souhaitait écrire un ´ véritable ª morceau de musique, alliant consciemment les rythmes particuliers des machines en une texture rythmique complexe. La version pour sept instruments à percussion fut arrangée en 1971 par Siegfried Fink, chef de l’ensemble de percussions de Würzburg.

´ Pourquoi ne permettrait-on pas d’arranger, sous la forme du concerto grosso italien, dans lequel un groupe de solistes s’oppose à un grand orchestre, une œuvre qui fait contraster et combine des solistes de jazz et un orchestre symphonique ? ª se demanda Rolf Liebermann lorsque, dans une commande pour la Radio du Sud-Est de Baden-Baden, il écrivit son morceau pour l’orchestre symphonique de la station et l’ensemble de jazz de Kurt Edelhagen, créé le 17 octobre 1954 à Donaueschingen. ´ Mon concerto doit constituer une tentative pour inclure un élément de danse contemporaine concrète dans la musique artistique ª.

Le problème de pouvoir combiner les deux ensembles fut solutionné de manière amusante par Liebermann : ´ L’orchestre de jazz sera utilisé comme l’équivalent du concertino préclassique, tandis que l’orchestre symphonique aura pour fonction d’accompagner et de fournir des épisodes intermédiaires ª. Le concerto comporte huit mouvements, joués alternativement par l’orchestre et le groupe de jazz, réunis par l’utilisation d’une suite de douze notes. Le tremolo des cordes et les brefs motifs des cuivres dans l’Introduction instaurent une atmosphère quasi-impressionniste — c’est le domaine de l’orchestre symphonique, et les autres parties ´ symphoniques ª, le Scherzo I, le Scherzo II et l’Interludium, proposent des mouvements classiques et romantiques caractéristiques. Dans les mouvements de jazz figurent trois danses. Jump est un swing ;

la sensuelle atmosphère d’un blues fait son apparition, encadrée, par les deux Scherzos et constituant ainsi le mouvement lent du concerto. Boogie-Woogie rend hommage à un style dû aux musiciens noirs de Chicago qui apparut au cours des premières décennies du XXème siècle. Enfin, dans le Mambo, les deux univers se réunissent pour une passionnante conclusion.

Éva Pintér

Version française : David Ylla-Somers


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