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8.555943 - MOZART: Wind Serenades
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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Sérénades pour instruments à vent

Notre conception populaire de la sérénade et du divertimento dans la musique de la fin du XVIIIè siècle repose presque exclusivement sur les œuvres de Mozart, qui ne sont pas seulement les plus belles en leur genre mais occupent également une place importante dans l'ensemble de son œuvre, ce qui les rend doublement significatives.

Le divertimento et les formes qui lui sont apparentées semblent avoir joué un rôle tout particulier dans la vie musicale de Salzbourg. Leopold Mozart écrivit de telles pièces, tout comme Michael Haydn, le second Kapellmeister du prince-archevêque. Mozart lui-même était chargé de fournir régulièrement de la musique de divertissement aux familles aisées de Salzbourg et consacrait beaucoup de travail à la composition de ces œuvres, notamment à cause du vaste public qui était destiné à les entendre. Les sérénades étaient jouées à l'extérieur et attiraient une foule nombreuse et populaire. Les exécutions ne se passaient pas toujours au mieux et les lettres de la famille Mozart dépeignent avec éloquence la qualité souvent médiocre des compositions ou des interprétations, ainsi que certains des petits scandales concernant les participants.

Les sérénades et les divertimenti de Mozart étaient des œuvres de circonstance et l’énorme variété de leurs styles et de leurs instrumentations reflète la diversité de leurs origines. On trouve parmi elles un important corpus de pages composées pour ensemble à vents. La deuxième moitié du XVIIIè siècle vit l’écriture de nombreuses œuvres pour petites formations d’instruments à vent; la plupart d’entre elles appartiennent à la tradition du divertimento, même si les arrangements d’opéra étaient également très populaires. Dans la scène du souper de Don Giovanni, Mozart fit jouer à un petit ensemble de vents placé sur scène plusieurs extraits d’opéras célèbres à l’époque, dont le Non più andrai de ses Noces de Figaro. Cette scène de l’opéra est particulièrement intéressante d’un point de vue musicologique, car elle nous fournit un exemple très parlant du type d’occasion pour lequel une grande partie de ces pages étaient écrites.

La majeure partie des sérénades et des divertimenti de Mozart fut composée à Salzbourg pour des commanditaires de cette ville. Après l’installation de Mozart dans la capitale impériale en 1782, sa production diminua, que ce genre ait été moins populaire à Vienne ou que, plus simplement, ses nouvelles activités professionnelles aient concerné d’autres formes de musique. Sur les quatre œuvres figurant dans le présent enregistrement, seule la magnifique Sérénade en ut mineur K.388 (K.384a) fut composée à Vienne. Les autres, avec une seule exception, furent écrites à Salzbourg probablement comme Tafelmusik pour l’ensemble du prince-archevêque, constitué de deux hautbois, deux cors et deux bassons.

L’authenticité du Divertimento en si bémol majeur K.Anh.227 (K.196f) n’est pas avérée. L’inclusion dans la partition d’une paire de clarinettes en sus des hautbois, cors et bassons habituels indique que cette œuvre, si elle est bien de Mozart, n’a pas été composée à Salzbourg, car on sait qu’il n’y disposait pas de clarinettes. Cette œuvre nous est parvenue sous la forme d’une copie acquise par la maison d’édition Breitkopf und Härtel en 1800 au cours d’une tapageuse chasse aux partitions pour leur projet d’édition des œuvres complètes de Mozart. Breitkopf acheta cette pièce avec une copie du K.Anh.266 provenant de la collection du flûtiste pragois Leitl, grâce aux bons offices du biographe de Mozart F.X. Niemetscheck. Dans sa biographie du compositeur, publiée en 1798, Niemetscheck écrivait : ‘Ici à Prague, on connaît plus de [partitas pour instruments à vent pour Tafelmusik et Sérénades].’ L’inclusion des clarinettes donne à penser que Mozart composa cette œuvre à Munich ; la date la plus probable est le début de 1775, lorsqu’il se trouvait dans cette ville pour la création de son opéra La finta giardiniera.

Les Divertimenti K.252 (K.240a) et K.253 font partie d’une série de cinq oeuvres composées par Mozart entre juillet 1775 et janvier 1777. La partition autographe de Mozart du K.252 (Divertimento III à 6) ne porte pas de date, mais comme le second morceau, le K.240, fut composé en janvier 1776 et que le K.253 fut fièrement signé Divertimento IV del Sigr. Caval. Amadeo Wolfg. Mozart en août de la même année, on peut supposer que la présente œuvre fut écrite durant l’intervalle qui les sépare. Ces œuvres dénotent bien plus d’assurance que les divertimenti pour vents écrits antérieurement à Milan, notamment de par l’écriture plus fluide et indépendante des parties des six instruments. Ces pages sont très variées; Le K.253 est l’une des trois seules œuvres de Mozart débutant par une série de variations ; le K.252 contient l’une de ses trois polonaises.

La Sérénade en ut mineur K.388 (384a) a traditionnellement été datée de juillet 1782, grâce à la référence faite par Mozart, dans une lettre à son père, à une Nacht Musique sur laquelle il était en train de travailler pour un ensemble de vents. On admet désormais que l’œuvre en question était un arrangement, aujourd’hui perdu, de L’Enlèvement au Sérail, qui avait été créé avec succès au début du même mois. La Sérénade avait certainement été écrite en 1782 — Mozart en a daté la partition autographe - mais la date exacte de sa composition et l’occasion à laquelle elle était destinée demeurent obscures. Mozart abordait la composition de chacune de ses oeuvres avec soin, même quand il s’agissait de la plus anecdotique des pages de divertissement, mais aucune des sérénades pour vents écrites à Salzbourg ne nous prépare à l’intensité, à la puissance de pensée et à l’austère beauté de la magnifique Sérénade en ut mineur. Il est clair que Mozart tenait cette oeuvre en grande estime, puisqu’il devait plus tard en réaliser un arrangement pour quintette à cordes. Le premier mouvement, avec sa fascinante ouverture à l’unisson, ses syncopes nerveuses et l’improbable beauté de son second sujet, est une création miraculeuse, dramatique et pourtant parfaitement structurée. La récapitulation n’est pas une simple répétition, mais représente une révision et une réinterpretation du matériau musical. L’Andante, mouvement plein de tendresse dont les qualités rappellent celles de la sérénade Secondate, aurette amiche de Così fan tutte, constitue le pendant parfait à la force dramatique du premier mouvement et apporte une plage de répit émotionnel avant le Menuetto in canone. Comme Haydn, Mozart maniait le contrepoint à la perfection et possédait la rare faculté de pouvoir écrire des pages d’une extrême complexité sans devoir en sacrifier les qualités expressives. Le Menuetto en canon, plein d’allant, avec le contraste de son Trio en canon à double miroir stupéfie par sa maîtrise du strict contrepoint et présente pourtant la musicalité apparemment aiseé des danses les plus populaires du compositeur. Le quatrième mouvement est un thème suivi de huit variations libres. La cinquième d’entre elles, dans la relative majeure, est introduite par une phrase que Mozart réutilisa plus tard dans Don Giovanni pour introduire Donna Anna et Don Ottavio dans le grand sextuor du premier acte. Le même motif est employé pour effectuer le retour vers ut mineur pour les sixième et septième variations. La variation finale, en ut majeur, donne à l’ouvrage sa bouillonnante conclusion, retrouvant pour la première fois le caractère et l’esprit des sérénades de Salzbourg.

Allan Badley

Traduction: David Ylla-Somers


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