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8.555985 - BRUCH: Symphony No. 3 / Suite on Russian Themes
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Max Bruch (1838-1920)

Symphonie n° 3 en mi majeur op. 51 • Suite sur des thèmes russes op. 79b

Aujourd’hui, Max Bruch est surtout connu pour ses œuvres pour violon. En plus du Concerto pour violon en sol mineur, dont la popularité ne s’est jamais démentie et au grand dam de son compositeur a détourné l’attention de ses autres œuvres, on peut parfois entendre la Fantaisie écossaise et le Concerto pour violon n° 2. En revanche, on a désormais oublié que de son vivant, Bruch était célèbre pour ses pièces chorales de grande envergure. Entre 1870 et 1900, le public put entendre de nombreuses exécutions d’œuvres telles que Odysseus, Frithjof ou Das Lied von der Glocke, qui valurent à leur compositeur une réputation qui outrepassait même celle de Brahms. Sachant cela, il est intéressant d’entendre deux des œuvres orchestrales de Bruch n’étant pas demeurées au grand répertoire de concert.

Max Bruch naquit à Cologne le 6 janvier 1838, la même année que Bizet. Il étudia dans sa ville natale avec Ferdinand Hiller et Carl Reinecke. De longs voyages en Allemagne et à l’étranger lorsqu’il était étudiant furent suivis d’un séjour plus prolongé à Mannheim, où son opéra Loreley fut représenté en 1863. Cet ouvrage s’appuyait sur un livret de Geibel et était dédié à Mendelssohn, ce qui lui permit d’attirer une plus grande attention du public. Bruch occupa plusieurs emplois officiels ; il fut d’abord Kapellmeister à Coblence (1865-1867) puis à Sondershausen (1867-1870), puis demeura plus longuement à Berlin et passa la période de 1873 à 1878 à Bonn, où il se consacra à la composition. Après une brève période comme directeur du Sternscher Sangverein de Berlin, en 1880 il fut nommé chef de l’Orchestre philharmonique de Liverpool, quittant l’Angleterre en 1883 pour devenir directeur de l’Orchesterverein de Breslau. En 1891, il se fixa enfin à Berlin pour y donner des cours magistraux de composition ; l’un des ses élèves fut Respighi. Il prit sa retraite en 1911 pour se consacrer à la composition et mourut à Berlin le 2 octobre 1920.

La troisième et dernière symphonie de Bruch, la Symphonie en mi majeur op. 51, fut écrite à Liverpool en réponse à une commande de la Symphony Society de New York sous la tutelle de Leopold Damrosch, à qui l’ouvrage est dédié. Elle fut d’abord exécutée dans une version préliminaire en 1883 à New York en présence du compositeur, puis sous la direction de Georg Henschel à Boston. Bruch n’était pas satisfait de son œuvre, qui s’appuyait disait-il sur des esquisses de jeunesse ; aussi, l’année suivante, à Breslau, il effectua une révision poussée des premier et quatrième mouvements. La version définitive fut créée à Breslau le 26 octobre 1886, puis exécutée sous la direction de Joachim à Berlin et de Hans von Bülow à Hambourg. La symphonie fut publiée en 1887 par Breitkopf & Härtel à Leipzig.

La symphonie présente une étroite parenté thématique avec l’ouverture de l’opéra Loreley dans sa lente introduction, qui mène à une évocation romantique des pays du Rhin redescendant ensuite vers une atmosphère populaire sentimentale plus commerciale. Même si dans ses deux symphonies précédentes, Bruch s’était donné du mal pour obtenir une grande clarté de structure thématique et formelle, ici, dans l’Allegro molto vivace, qui est en forme sonate libre, le travail symphonique cède le pas à une succession d’images toujours changeantes s’appuyant sur des motifs plus courts, comme des chansons. Dans l’Adagio, on peut détecter des réminiscences peut-être intentionnelles de la Symphonie n° 4 de Schumann dans les mélodies rhapsodiques et parfois pathétiques. Ces mélancoliques allusions à Schumann reflètent peut-être la déception de Bruch due au fait qu’il ne trouva jamais de poste lui correspondant dans sa propre région de l’Allemagne. Cela ne se ressent aucunement dans le Scherzo dansant qui, fait inhabituel chez Bruch, est en forme de rondo. Dans la meilleure tradition de romantisme tardif, ce mouvement constitue une description de la vie dans les pays du Rhin. A l’auditeur d’imaginer si l’on y entend un festival du vin ou le chahut d’un carnaval. Le mouvement final à la stricte construction présente un thème principal plein d’allant, l’une des plus puissantes inspirations mélodiques de Bruch, et il confirme le caractère direct de l’ouvrage. De fait, cette symphonie révèle l’amour que Bruch portait à sa région natale, ainsi qu’il le reconnut dans une lettre au biographe de Bach, Philip Spitta : "Cette symphonie est une œuvre de vie, de joie… et elle devrait s’intituler Sur le Rhin - Am Rhein -, car elle est une véritable expression de la joie de vivre des pays du Rhin".

Près de vingt ans plus tard, en 1903, Bruch écrivit sa Suite sur des thèmes russes op. 79b, nouveau témoignage de son intérêt pour la musique populaire après la Fantaisie écossaise et les Danses suédoises

op. 63. Cet ouvrage s’appuie sur les Chants et Danses sur des mélodies russes et suédoises op. 79 pour violon et piano, écrits la même année. Bruch reprit quatre numéros de son œuvre précédente et transposa le premier du nouveau cycle en si bémol mineur, écrivit des introductions modulantes au deuxième et au quatrième morceaux et composa une cinquième pièce entièrement nouvelle, retournant en si bémol mineur. Ces mélodies étaient tirées du Recueil de chants populaires russes de Balakirev, publié à Leipzig en 1898, et le compositeur fait ressortir le caractère de ces mélodies grâce à l’utilisation d’éléments polyphoniques et de modulations chamarrées. L’orchestration fait appel à un cor anglais, un tuba, des cymbales, un triangle et une harpe, obtenant un merveilleux effet. L’impression la plus forte est faite par le deuxième morceau, apparenté à une danse, par la marche funèbre cérémonieuse du quatrième morceau et par la fascination rythmique inhabituelle créée par le dernier. La Suite, qui fut créée à Barmen en 1903, fut éditée l’année suivante. Elle illustre très clairement les principaux aspects de l’œuvre de Bruch, qui découle de Mendelssohn et se développe dans le langage du romantisme tardif, caractérisé par une certaine fadeur et un manque de contraste, qui pourtant atteignent entre ses mains à une chaleur et une générosité marquées par son amplitude mélodique.

Keith Anderson

Traduction : David Ylla-Somers


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