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8.555992-93 - BACH, J.S.: Cello Suites Nos. 1-6, BWV 1007-1012 (Rudin)
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Johann Sebastian Bach (1685-1750)

Suites pour violoncelle • Chaconne de la Partita n° 2 en ré mineur, BWV 1004

Jean-Sébastien Bach naquit à Eisenach en 1685 dans une famille de musiciens. La mort prématurée de ses parents le laissa à la charge de son frère aîné Johann Christoph, organiste à Ohrdruf où il demeura pendant cinq ans, jusqu’à ce qu’il entre à la Michaelisschule de Lüneburg en 1700. Trois ans plus tard, il fut nommé musicien de la cour à Weimar, mais au bout de quelques mois il s’établit à Arnstadt comme organiste de la Neuekirche. En 1707, il fut nommé à un poste similaire à la Blasiuskirche de Mühlhausen, où il épousa sa cousine Maria Barbara. L’année suivante, il entra en fonctions à Weimar comme organiste et musicien de chambre du duc Wilhelm Ernst, l’un des deux gouverneurs du duché. En 1714, il fut promu au poste de Konzertmeister, consolidant encore sa position d’autorité en matière de construction d’orgue et sa réputation d’interprète. En 1717, il quitta le service du duc, qui le fit brièvement emprisonner pour avoir osé tenter de quitter Weimar, et il obtint le poste plus agréable de Kapellmeister du jeune prince Léopold d’Anhalt-Cöthen. A Cöthen, il put se consacrer un peu plus à la musique séculaire, car les pratiques piétistes de la cour ne réclamaient pas de musique d’église très compliquée. Ce n’est que lorsque le prince épousa une femme qui selon Bach ne s’intéressait pas à la musique qu’il se mit à chercher un autre emploi.

En 1723, Bach signa un contrat avec les autorités de Leipzig faisant de lui le Thomaskantor avec des responsabilités pédagogiques à la Thomasschule, dont certaines pouvaient être déléguées ; il avait également à sa charge la musique des principales églises de la ville. En 1729, il était aussi devenu directeur du collegium musicum de l’université, société fondée au début du siècle par Telemann, parrain du cinquième enfant de Bach, Carl Philipp Emanuel, et premier Thomaskantor choisi par la municipalité de Leipzig. Bach conserva ses fonctions à Leipzig jusqu’à sa mort en 1750. Ses premières années passées là-bas virent la composition d’une vaste quantité d’œuvres sacrées, tandis qu’il répondait aux besoins du collegium musicum en réarrangeant certains de ses premiers concertos pour un ou plusieurs clavecins. Il continua d’écrire des nombreuses pages pour le clavier et de réunir et d’éditer ses précédentes compositions, notamment dans les quatre volumes de sa Clavierübung.

Bach écrivit ses six Suites pour violoncelle seul à Cöthen, vers 1720. On pense que les quatre premières au moins furent composées soit pour Christian Ferdinand Abel, joueur de viole de gambe à Cöthen,

soit pour Christian Bernhard Linigke, ce qui est plus probable. Abel, nommé à Cöthen en 1715, n’est pas connu comme violoncelliste, tandis que Linigke était surtout célèbre pour jouer de cet instrument et avait été nommé comme violoncelliste à la cour de Cöthen en 1716, rejoignant ainsi d’anciens collègues de l’orchestre de la cour prussienne, dissous en 1713 par Friedrich Wilhelm I une fois qu’il eut accédé au trône de son père. Ces deux musiciens étaient des amis et des confrères de Bach. La partition autographe des suites a été perdue et la copie la plus ancienne est celle réalisée par l’organiste et compositeur de Gräfenroda Johann Peter Kellner vers 1726. A celle-ci succède celle de la main de la seconde femme de Bach, Anna Magdalena, datant probablement de 1727 ou 1728 et destinée au musicien de chambre de Brunswick-Wolfenbüttel Georg Heinrich Ludwig Schwanenberger, qui s’était rendu à Leipzig à cette époque et avait pris des leçons de continuo avec Bach, qui fit de lui le parrain de sa fille Regina Johanne.

Chacune des six suites pour violoncelle débute par un Prélude. La Suite n° 1 en sol majeur BWV 1007, comporte un mouvement d’introduction dont les harmonies changeantes sont exprimées sous forme d’arpèges. L’Allemande et la Courante habituelles sont suivies par une lente Sarabande, avec un Menuet I répété encadrant un Menuet II en sol mineur. La suite s’achève, comme il se doit, sur une Gigue.

La Suite n° 2 en ré mineur BWV 1008 démarre elle aussi sur un Prélude complexe, se terminant avec une série de grandioses accords en arpèges. Une fois encore, une Allemande et une Courante mènent à une Sarabande et un Menuet I en ré mineur est répété pour encadrer un Menuet II en ré majeur, avant une Gigue finale enjouée.

Le Prélude de la Suite n° 3 en ut majeur BWV 1009 est marqué Presto dans une copie légèrement ultérieure. Il débute avec audace par une gamme descendante et un arpège qui s’achève sur la résonance de la corde basse à vide de l’instrument. Une Allemande relativement sophistiquée est couplée avec une Courante plus simple, suivie d’une majestueuse Sarabande, célèbre mouvement qui mène aux deux Bourrées encore plus connues, la seconde étant en ut mineur. La suite se conclut par une Gigue pleine d’énergie.

La quatrième suite pour violoncelle de Bach, la Suite en mi bémol BWV 1010, débute, comme les autres, par un Prélude présentant de grandes difficultés techniques. Une Allemande lui succède, couplée avec une Courante menant au contraste d’une Sarabande lente. Une première Bourrée plus empressée est suivie d’une seconde Bourrée aux textures plus simples et dans la même tonalité. Le dernier mouvement est une joyeuse Gigue.

Les cinquième et sixième suites pour violoncelle de Bach diffèrent des quatre premières par plusieurs aspects. La cinquième, la Suite en ut mineur BWV 1011, fut à l’origine écrite en scordatura, pratique parfois usitée dans la musique pour cordes de l’époque, avec la corde de la aigu de l’instrument accordée en sol. Le Prélude d’ouverture comporte une introduction plus lente et ornée précédant une section fuguée ternaire dont la texture contrapuntique est largement implicite. Une Allemande très ornée est dûment suivie de sa Courante et d’une lente Sarabande évitant bizarrement le schéma par accords de ses devancières. Une première Gavotte est répétée après le rythme composé inhabituel de la seconde Gavotte, et la suite se conclut par une Gigue au rythme pointé.

La sixième des suites, la Suite en ré majeur BWV 1012, est écrite pour un instrument à cinq cordes, avec une corde aiguë additionnelle accordée en mi. On a émis l’hypothèse que Bach avait écrit cette suite plus difficile pour la viola pomposa, viole à cinq cordes qui fut parfois utilisée de 1725 à 1770 environ. Toutefois, il semble que Bach ait conçu cet ouvrage pour le violoncello piccolo, forme plus réduite du violoncelle destinée à un travail de soliste plus touffu ; il fait appel à cet instrument dans d’autres œuvres. Le Prélude démarre sur le son caractéristique du bariolage, tandis que le joueur répète la note ré sur des cordes alternées. L’Allemande présente une figuration complexe et sa Courante exploite à nouveau toute l’amplitude de l’instrument à cinq cordes. Une Sarabande est suivie de deux Gavottes, jouées en alternance, et la suite se clôt avec la Gigue habituelle, ici particulièrement virtuose.

Les Sonatas et Partitas pour violon seul datent de la même période à Cöthen. Elles consistent en trois sonates en style d’église, avec les incontournables mouvements savamment fugués, et en trois suites de chambre, ou partitas. Le plus formidable de leurs mouvements est sans doute la Chaconne de la Partita en ré mineur BWV 1004, défi que tout virtuose se doit de relever ; elle a connu toute une série de transcriptions, dont des versions pour clavier dues à Liszt, Brahms et Busoni. Cette danse baroque consiste ici en une série de soixante-quatre variations sur un schéma rythmique répété.

Keith Anderson

Traduction : David Ylla-Somers


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