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8.557090 - BALADA: Hangman! Hangman! / The Town of Greed
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Leonardo Balada (Né en 1933)

Hangman, Hangman! • The Town of Greed (Deux opéras de chambre tragi-comiques)

Né à Barcelone le 22 décembre 1933, Leonardo Balada est sorti diplômé du Conservatorio del Liceu en 1960, puis de la Juilliard School de New York après avoir étudié la composition auprès de Vincent Persichetti et d’Aaron Copland, ainsi que la direction d’orchestre avec Igor Markevitch. Depuis 1970, il enseigne la composition à l’Université Carnegie Mellon de Pittsburgh en Pennsylvanie. Certaines de ses œuvres les plus connues furent composées dans un style avant-gardiste au cours des années 1960. Parmi celles-ci, il faut citer Guernica, Mariá Sabina et Steel Symphony. Il est considéré comme l’un des premiers à avoir mêlé la musique ethnique avec les techniques de l’avant-garde, notamment dans la Sinfonía en Negro-Homage to Martin Luther King en 1968, et Homage to Casals and Sarasate en 1975. Les œuvres de Balada ont été interprétées par les plus grands orchestres placés sous la direction des chefs les plus éminents. Plusieurs institutions de premier plan aux Etats-Unis et en Europe lui ont commandé des compositions. Il a conçu des œuvres pour des artistes tels que Alicia de Larrocha, l’American Brass Quintet, Andrés Segovia, Narciso Yepes, Lucero Tena, et Angel Romero, et a collaboré avec des artistes et des écrivains comme Salvador Dalí et le lauréat du Prix Nobel Camilo Jose Cela. Nombre de ses compositions ont été enregistrées par les plus importantes maisons de disques et son catalogue de compositions, outre de la musique de chambre et des œuvres symphoniques, comprend des cantates, des opéras de chambre et des opéras. Leonardo Balada a été le lauréat de plusieurs prix internationaux de composition.

Note du compositeur

De mon point de vue de compositeur, il faut qu’au sein d’un opéra l’orchestre puisse identifier chaque moment dramatique mais aussi que soit mis en valeur le lyrisme des chanteurs solistes. Etant donné l’importance de ce second aspect, il n’aurait pas été approprié que je compose des opéras durant ma période avant-gardiste, entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1970, alors que je ne considérais pas l’élément mélodique comme faisant partie de mon style. En revanche, mon intérêt pour le théâtre musical s’exprimait sous forme de cantates où les chanteurs étaient remplacés par des narrateurs et les chœurs chantaient ???texturellement??? et non lyriquement. Durant cette période, j’ai composé María Sabina (1969) sur un texte du lauréat du prix Nobel Camilo José Cela, Las Moradas (1970) d’après un livre de Sainte Thérèse d’Avila, et No-res (1974), une protestation contre la mort sur un texte de Jean Paris.

En 1975, alors que je ressentais la nécessité de donner une nouvelle orientation à ma musique, j’incorporai la mélodie dans mon langage, créant une symbiose entre les techniques les plus avant-gardistes et les lignes et les harmonies traditionnelles, suscitant la désapprobation de certains dans ma poursuite de ce qui est désormais une pratique courante. A ce stade, avec l’adjonction de mélodie lyrique à ma palette, la composition d’opéras prit du sens. La cantate Torquemada (1980) constitua le prélude à Hangman, Hangman ! (1982), mon premier opéra. En 1984, il y eut Zapata avec ses idées et ses couleurs mexicaines. Puis en 1987, il y eut Christopher Colombus qui fut créé au Théâtre del Liceu à Barcelone avec José Carreras et Montserrat Caballé. En 1996, je terminai la suite de cet opéra, The Death of Colombus. Enfin, j’achevai la composition de The Town of Greed en 1997. Il s’agit dans tous les cas d’opéras dans lesquelles des sonorités orchestrales abrasives coexistent avec des lignes vocales très mélodiques.

 

Leonardo Balada

Hangman, Hangman ! (1982)

Musique et livret de Leonardo Balada

Résumé

Hangman, Hangman ! est une libre adaptation d’une chanson folklorique des cow-boys américains. Johnny, le héros, est un rêveur qui a été arrêté pour le vol d’un cheval et qui est sur le point d’être pendu. " Une corde autour du cou… Voilà ce qu’il mérite… " ("A rope round his neck…That’s what he’ll get…") dit le shérif. Pour adoucir les charges retenues contre lui, Johnny assure : " Le cheval était faible. Je ne pensais pas à mal… Ses yeux louchaient et son dos était cassé… " ("The horse was weak. I meant no harm… His eyes were crossed, his back was broke…"). Durant la première moitié de l’œuvre, le bourreau (hangman) prépare l’exécution de Johnny. Lorsque Johnny est amené à la potence, il demande à sa mère de payer sa rançon. Au lieu de s’exécuter, la mère jure qu’avant même sa naissance, Johnny était malfaisant et elle réclame qu’il soit puni. La mère chante: " Lorsqu’il grandissait dans mon ventre, il était une larve agité. Il me donnait des coups dans les tripes avec tant de férocité… il ne resta que six mois en mon sein, mais cela m’en parut douze " ("When growing in my belly, a restless grub he was. He kicked my guts so fiercely…only six months he stayed in my womb, but like a dozen it felt"). Bien que surpris par le témoignage de sa mère, il affirme que son père arrivera bientôt avec la rançon, c’est-à-dire le prix du cheval. Dans un air très court, Johnny le rêveur explique qu’il a prit le cheval pour bien d’autres raisons poétiques loin des contingences de ce monde: " J’ai pris ce cheval pour chevaucher sur les cieux. J’ai pris ce cheval pour chevaucher sur les mers, chevaucher, voler et rêver… " ("I took the horse to ride the skies. I took the horse to ride the seas, to ride and fly and dream…").

On entend le père au loin, dans un lieu inconnu, exprimer son regret de ne pas être aux côtés de son fils à cause de sa mule qui lui a fait faux bonds. " Désolé, mon fils, Johnny. Je venais te voir pendu " ("Sorry, sonny, Johnny. I was comin’ to see you hang.") Johnny, étonné par l’excuse invoquée par son père, se laisse aller au désespoir et se prépare à mourir. Il voit sa bien-aimée, une fille de mauvaise réputation, qui court vers l’échafaud avant que le bourreau n’accomplisse son devoir. " Je n’ai pas d’argent, je n’ai pas d’or. J’ai tenté d’en gagner en vendant de l’amour à tous. Mais je ne peux vous donner que des pennies et une chanson pour mon Johnny " ("Got no silver, got no gold. Tried to earn it selling love to all. But only pennies and a song I can give you for my Johnny"), dit sa bien-aimée. Un air s’ensuit. Dans sa tentative de sauver Johnny, elle implore le pardon au nom de l’amour. Les habitants de la ville, le shérif et le bourreau pensent qu’une telle requête est " absurde " et poursuivent la pendaison. Alors que tout semble perdu, une fin soudaine et improbable survient. Un deus ex machina, un Irlandais élégant et fortuné, qui a acheté toute la région pour la développer, apparaît ; " Sa chanson m’a touché… parmi vous, le seul qui ait deux sous d’intelligence, c’est Johnny. Je paierai sa rançon ; Johnny sera mon assistant personnel ! " ("Her song touched ‘me’ heart…of all of you the only one with any brains is Johnny. I will pay for his ransom; Johnny will be my personal deputy!"). Désormais, tous veulent être son ami, il est devenu un héros. L’argent séduit tout le monde, y compris Johnny le rêveur qui cède à la tentation de la cupidité tout en exprimant son cynisme et son dégoût pour la cupidité de la ville qui a causé ce changement de comportement. En conclusion, tous chantent " Nous les abuserons tous. Nous dominerons le monde et obtiendrons argent et or " ("We’ll cheat them all. We’ll run the world and make money, silver and gold".)

Hangman, Hangman! a été commandé par le Festival de Musique de Barcelone et présenté à l’Opéra de Cambra de Catalunya en 1982 sous la direction du compositeur et mis en scène par J. Ma. Espada. La création américaine eut lieu au Carnegie Mellon Music and Drama Departments en 1983, sous la direction de Werner Torkanowsky et mis en scène par Akram Midani. L’œuvre est dédiée à la femme du compositeur, Joan Balada.

The Town of Greed (1997)

Livret et musique par Leonardo Balada.

Argument d’Akram Midani et Leonardo Balada.

Résumé

The Town of Greed, en deux parties, est la suite de Hangman, Hangman! et met en scène les mêmes personnages principaux mais vingt ans plus tard. Tout se déroule de manière extrêmement grotesque. L’histoire constitue une forte critique de la société. Comme dans un dessin animé, les personnages et problèmes sont présentés de façon irrévérencieuse, directe et avec une acuité tranchante.

Dans la Première Partie, Johnny est devenu un homme d’affaire influent, qui travaille dur pour le bien-être de sa famille et de sa ville sur des affaires pas toujours claires aux quatre coins du monde. Tout en fumant un énorme cigare, on le voit s’adresser à toutes sortes de personnages, soit dans son bureau soit au téléphone. Messieurs Rich, Rot, Rat, Wreck, Rip, Rude et l’Ambassadeur négocient avec Johnny les ventes de pétrole, d’essence, d’uranium et de plutonium motivées par des objectifs obscures, tandis que les habitants de la ville expriment spontanément leur admiration pour leur héros.

Parmi ces négociations, l’une d’entre elles se fait avec M. Capotte qui vient d’arriver de Chicago. Il propose un projet qui intéresse vivement Johnny. Il " fera taire les chercheurs et peindra le soleil en bleu afin que son énergie ne puisse être utilisée et seule l’essence permettra aux choses de se mouvoir " ("will silence researchers and paint the sun blue so that its energy will not be used and only gas will make things move"). Parmi les visiteurs, il y a Tokopoko, un envoyé de l’Empereur du Japon, qui veut obtenir de l’essence de la part de Johnny pour leurs Toyotas. La bien-aimée, qui a maintenant épousé Johnny, entre soudainement. Elle ira à Tokyo pour négocier le contrat. Son habileté et son féminin sont des atouts pour les affaires de Johnny et elle l’exprime dans un court air. Mais tout n’est pas rose : " ...la soie n’apaisera pas la douleur dans mon cœur car elle ne me permettra pas de devenir mère " ("...Silk won’t heal the pain in my heart for they can’t plant the seed that would make me a mother.") Cet air se transforme en un duo amoureux de bonheur et d’espoir.

De nombreux appels téléphoniques continuent d’affluer alors que Johnny prépare une négociation avec la Grande-Bretagne et l’Espagne. Pour accentuer le côté grotesque de la caricature et la pratique du népotisme, il s’apprête à envoyer son père à Londres et sa mère à Madrid pour mener les négociations. Le tout est exprimé par le clan de Johnny dans un ensemble vibrant et entraînant.

Le père, dont la maladresse avait déjà été démontrée dans Hangman, Hangman ! et qui n’a pas changé en vingt ans, chante sa joie de vivre dans un bref air, tout en faisant mention de sa vieille accoutumance à la boisson et aux Phillip Morris. La mère réclame une carte de crédit pour s’acheter des bijoux, ajoutant qu’ils sont " … bons avec les banques et les gentils gars en faillite, les filles charmantes et les âmes faibles " ("... good to banks and bankrupt nice guys, sweet girls, weak souls".) Les parents et la femme de Johnny chantent avec délice les mérites du monde de la consommation, un monde où les choses sont " brillantes, clinquantes et de pacotille " ("shiny and flashy and trashy.") Reprenant l’air heureux et prospère du trio, les habitants poursuivent leur chant optimiste : " ...ce qui est bon pour la ville est bon pour l’Amérique et bon pour le monde ! " ("...what’s good for the town is good for America, is right for the world!") La phrase " Argent, chéri, argent, chéri " ("Money, honey, money, honey") que chantent Johnny, sa bien-aimée et les habitants conclut la Première Partie.

Dans la Seconde Partie, les choses ne sont plus aussi heureuses. Le shérif et le bourreau entrent, annonçant des temps plus durs ; la ville est en faillite. Johnny n’est plus le héros mais le bouc émissaire à qui l’on reproche tout. Effrayé, Johnny essaie de calmer tout le monde en proposant une guerre qui générerait des affaires nouvelles. Lorsque le Shérif et le bourreau mettent en doute la sincérité de Johnny, tous réclament qu’il soit pendu. Johnny appelle désespérément l’Irlandais qui l’avait sauvé vingt ans auparavant mais celui-ci ne souhaite plus l’aider. En dernier ressort, Johnny songe à de nouvelles idées auxquelles les habitants adhèrent facilement, illustrant le constat qui apparaît tout au long de l’opéra sur la volatilité des masses. Ils créeront " une nouvelle industrie… un passe-temps " ("a new industry… a pastime") affirme Johnny : " un tube et un petit écran… quel amusement, votre cerveau s’arrêtera " ("a tube and a small screen...What fun, your brain will stop..."). Tous semblent aux anges. Johnny poursuit: " …Nous allons fabriquer de nouveaux produits à partir de matières diverses et bon marché… des célébrités ! Ils ouvriront la voie pour devenir nos héros. Des célébrités qui parlent beaucoup sans pensées profondes ". ("…We’ll manufacture some new products made of a scrappy and cheap substance…Celebrities!. They’ll show their way to be our heroes. Celebrities that talk a lot without deep thought").

Les choses semblaient bien se présenter pour Johnny, mais l’excitation des habitants retombe après qu’ait retenti un coup de feu dans la foule. Un homme de Wall Street a acheté la ville pour en faire une décharge de déchets toxiques. Il ordonne que Johnny soit pendu et tous sont d’accord sauf ses parents. " Ton nez est comme mon nez " ("Your nose is like my nose"), dit sa mère. " Ton ombre se confond dans mon ombre " ("Your shadow fits in my shadow"), affirme son père. " Nous aimerions que tu restes en vie " ("We’d like you alive") disent-ils à l’unisson. Dans un bref duo d’amour, la bien-aimée tente de le consoler, mais elle pense à son avenir. Dans un geste symbolique, un homme de la ville s’approche d’elle. Elle quitte Johnny et pose sa tête sur l’épaule de l’homme. La bien-aimée commente : " Comprend moi Johnny, tant que je suis sur terre, je dois veiller à ce que mes lendemains soient gais et non tristes " ("Understand me Johnny, while on earth I must see that tomorrows are not cloudy but shiny for me"), ce à quoi Johnny répond : " Fais ce qu’il y a de mieux pour toi " ("Do what is best for you"). Dans la vie, on ne peut compter que sur ses parents. Une fois sur l’échafaud, tandis que Johnny tente une dernière fois de faire reculer le moment de son exécution, l’homme de Wall Street lui tire une balle mortelle. Alors, en guise d’épilogue, les habitants, avec une grande dévotion à l’égard de Johnny, le congèle selon le procédé de la cryogénisation afin de pouvoir le ramener plus tard à la vie.

The Town of Greed a été commandé par le Pennsylvania Arts Council et le Centro para la Difusión de la Música Contemporánea de Madrid. Cette composition est dédiée à la femme du compositeur, Joan Balada.

Version française : Pierre-Martin Juban


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