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8.557235 - BEETHOVEN: Symphony No. 4 / SCHUMANN: Symphony No. 2 (Tintner Edition 3)
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EDITION COMMÉMORATIVE TINTNER • VOLUME 3

EDITION COMMÉMORATIVE TINTNER • VOLUME 3

 

Cet enregistrement contient des pages composées par deux des musiciens que le Maestro Tintner aimait le plus. De Beethoven, il a déclaré :

 

“Le Beethoven des Symphonies n° 3 et n° 5 est celui que j’appelle « le Beethoven officiel », le Beethoven qui questionna passionnément la vérité du destin, celui qui défia les dieux et en fut puni. Mais si je puis me permettre, ce n’est pas là à mon sens que Beethoven est le plus formidable. Il y a aussi le Beethoven des Symphonies « Pastorale » et n° 4, des grandes sonates pour piano. On n’y trouve pas trace de ces défis, ni de cette sorte de forfanterie avec laquelle il semble se vanter de sa propre force. Il y a quelque chose de tendre, de délicat, voire d’humoristique, mais sans cette sorte d’humour mordant, presque grotesque que l’on trouve dans la plupart de ses œuvres. Malheureusement, il est vrai que cette qualité-là commença à s’estomper avec le développement de la surdité, sa tragédie personnelle.

 

“C’est l’idéal entièrement nouveau de fraternité, d’égalité et de liberté qui séduisait Beethoven et rayonnait dans toute son œuvre comme un phare, pur comme le cristal. Il est très intéressant de réaliser que du seul point de vue du matériau, du langage musical, Beethoven était bien moins révolutionnaire que beaucoup d’autres. On rencontre très peu de progressions ou d’accords n’ayant pas été, d’une manière ou d’une autre, utilisés auparavant. Pourtant, sa façon de les traiter est si entièrement nouvelle, si complètement personnelle, que sa marque est immédiatement reconnaissable. C’est parce qu’il avait, vis-à-vis de l’art et de la vie, une attitude radicalement différente. Beethoven était ce qu’aujourd’hui on appellerait un communiste de salon, qui acceptait les agréments et les privilèges de l’aristocratie et qui cependant les rejetait et les méprisait secrètement. On trouve bien chez lui cette contradiction, tout comme chez beaucoup d’autres. Mais ce ne sont pas ces choses-là que je considère les plus grandes chez lui, malgré leur portée. Même s’il croyait si passionnément aux nouveaux idéaux de la Révolution française, comme la dignité de l’être humain, même si dans sa vie privée il avait bien trop tendance à s’apitoyer sur son sort, à se montrer imbu de sa propre rectitude, on n’en trouve pas la moindre trace dans son art. C’est comme si sa musique passait à travers un filtre. Cela me semble constituer l’un des miracles de son art, le fait d’avoir pu ainsi laisser tout cela derrière lui et offrir au monde ce qu’il lui faudra tant que la musique existera.

 

“De par son identification avec ce qui est nouveau et ce que nous qualifierions de progressiste, il est le compositeur que tous les jeunes aimeront toujours éperdument, et la “jeunesse” n’a ici rien à voir avec l’âge. C’est l’époque où tous les merveilleux idéaux demeurent encore intacts. C’est pourquoi en plus de prodiguer une joie immense, comme beaucoup de grands compositeurs, il nous apporte cette sorte de force et de foi en la destinée suprême de l’humanité. On pourrait la prendre à tort pour une utopie erronée, la marque d’un optimisme malavisé, et pourtant, sans elle, la vie serait pratiquement intolérable. J’ajouterai que Beethoven a contribué à cette impression positive, à cet espoir messianique (qu’importe la définition que l’on souhaite lui donner), peut-être plus que quiconque à ma connaissance, et c’est pour cela que nous l’aimons et le révérons tous.”

 

La Symphonie n° 2 de Schumann fut en fait sa troisième symphonie, composée après la n° 1 et la première version de celle qui porte le n° 4, toutes deux datées de 1841. Après sa dépression nerveuse de 1844, Schumann ébaucha cette symphonie en seulement une semaine, en décembre 1845, mais l’achèvement de cet ouvrage fut pénible et lui demanda un surcroît de travail de plusieurs mois. La symphonie, qui comporte quatre mouvements, fut créée par Felix Mendelssohn à Leipzig. Le Maestro Tintner a dit au sujet de Schumann:

 

“Il est un mot allemand pour lequel je n’ai pas trouvé d’équivalent en anglais : Schwärmerisch. Il évoque un peu la contemplation des étoiles, une sorte d’adoration enflammée pour quelque chose ou quelqu’un, et résume bien ce que représente la musique romantique.

 

“Je voudrais aussi que vous pensiez, mais avec indulgence, à la phrase mémorable de Friedrich Nietzsche sur Schumann. C’est un jeu de mots, en allemand, il faut donc savoir qu’un jeune homme se dit Jüngling et qu’une vieille fille se dit alte Jungfer. Il dit : ‘En musique, Schumann est le jeune homme éternel qui parfois dégénère et devient vieille fille’. Cette remarque n’est sans doute pas des plus charitables, mais elle indique mieux que tout ce que les musiciens ont pu dire sur Schumann ses vertus immenses et les imperfections occasionnelles de ses œuvres de second plan.”

 

Georg Tintner

 

Georg Tintner naquit à Vienne en 1917. Il commença à étudier le piano à six ans, se mettant vite à composer. De neuf à treize ans, il fit partie du Chœur de garçons de Vienne, qu’il dirigea également lors d’exécutions de ses propres compositions. A treize ans, il entra à l’Académie d’état de Vienne comme jeune compositeur prodige, étudiant la composition avec Josef Marx et dirigeant avec Felix Weingartner. A dix-huit ans, il était devenu le chef d’un chœur de formation du Chœur de garçons de Vienne, et il fit répéter le chœur pour une exécution de la Symphonie n° 8 de Mahler avec Bruno Walter en 1936. Ses compositions étaient interprétées en concert et diffusées par la radio autrichienne, et à dix-neuf ans, il devint chef d’orchestre adjoint du Volksoper de Vienne.

 

En 1938, il échappa aux Nazis, passant un an en Angleterre avant d’émigrer en Nouvelle-Zélande. Pendant plusieurs années, il administra un élevage de volaille – ce qui fit de lui un végétarien convaincu – avant de devenir directeur musical des Instrumentistes à corde d’Auckland et de la Société chorale d’Auckland en 1947. Il se déclarait également socialiste et pacifiste, et en tant que tel, il circulait à vélo, le moyen de transport qui pour lui symbolisait « le summum de tout ce qui est inoffensif. »

 

En 1954, il se rendit en Australie comme chef d’orchestre en résidence de l’Opéra national, puis de l’Opéra élisabéthain. Au cours des années suivantes, il effectua de vastes tournées en Australie et fut un pionnier de l’opéra télévisé auprès de l’Australian Broadcasting Commission. En 1964, il fut directeur musical de l’Opéra de Nouvelle-Zélande, et en 1966-67, directeur musical de l’Orchestre municipal du Cap. Bien qu’on lui ait offert un contrat longue durée, Tintner quitta l’Afrique du Sud pour des raisons politiques. Il s’en fut à Londres et à Sadler’s Wells (l’English National Opera) pendant trois ans, avec des apparitions comme chef invité avec les London Mozart Players, l’Orchestre symphonique de Bournemouth, la Northern Sinfonia et l’Orchestre symphonique de Londres pour la BBC.

 

Il rentra en Australie en 1970 comme directeur musical de la Troupe d’opéra ouest-australienne. En 1971, il fut invité comme directeur musical de l’Orchestre national des jeunes musiciens du Canada, visite couronnée d’un tel succès qu’elle se répéta sept fois. Tintner entretenait un rapport privilégié avec les jeunes musiciens, dirigeant de nombreux concerts avec les orchestres de jeunes musiciens de plusieurs pays. Une série de conférences qu’il donna en 1974 ont été diffusées plusieurs fois dans les pays anglophones, et il était extrêmement renommé pour ses présentations de concerts, dont on peut entendre quelques exemples dans la présente édition.

 

A son répertoire, Tintner comptait cinquante-six opéras, dont il dirigeait environ les deux tiers par cœur. En 1974, il devint pendant deux ans chef d’orchestre senior en résidence de l’Opéra australien. Il y dirigea des représentations de Fidelio devenues légendaires, exprimant l’engagement de toute sa vie pour l’humanisme et la compassion. A partir de 1976, Tintner fut directeur musical de l’Orchestre philharmonique du Queensland jusqu’à ce qu’il s’établisse au Canada fin 1987 comme directeur musical de Symphony Nova Scotia. Il se produisit avec tous les orchestres et toutes les troupes d’opéra d’Australie et de Nouvelle-Zélande, puis avec tous les grands orchestres canadiens, dont les Orchestres symphoniques de Montréal et de Toronto. Aux USA, il se produisit en tournée avec les Cuivres canadiens et travailla avec le Théâtre lyrique du Michigan.

 

Il réalisa de nombreux enregistrements commerciaux, dont certains pour la CBC qui sont réédités dans la présente Edition commémorative. Sa série pour Naxos des onze symphonies de Bruckner, menée à bien au cours de ses deux dernières années de vie, lui a valu des louanges internationales.

 

Georg Tintner a été honoré dans quatre pays. Il s’est vu décerner plusieurs doctorats honoraires, et parmi ses décorations figurent la Croix d’officier de l’Ordre du mérite autrichien. Il était membre de l’Ordre du Canada

 

Il mourut à Halifax en octobre 1999.

 

Tanya Tintner

Version française : David Ylla-Somers

 

 

L’orchestre Symphony Nova Scotia

 

Le Symphony Nova Scotia (SNS) est le seul orchestre symphonique pleinement professionnel du Canada à l’est de Québec. Fondée en 1983, ses trente-sept musiciens ont pour mission « d’améliorer la qualité de vie des citoyens de Nouvelle-Écosse ». Le Symphony Nova Scotia consacre ses talents à partager la musique classique en direct avec les auditeurs de toute la Nouvelle-Écosse grâce à ses concerts, et avec tous les Canadiens grâce à ses nombreuses émissions diffusées par la CBC. L’orchestre travaille également avec des partenaires dans d’autres domaines musicaux, ainsi qu’au théâtre et au ballet, et a récemment fondé le Chœur de Symphony Nova Scotia.

 


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