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8.557236 - HAYDN: Symphonies Nos. 103 and 104 (Tintner Edition 4)
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EDITION COMMÉMORATIVE TINTNER • VOLUME 4

La musique de Haydn fut l’une des grandes amours de Georg Tintner. Il disait : “Ce bon vieux Papa Haydn. Il a composé énormément de musique. D’une certaine manière, il a même été l’inventeur de la symphonie et du quatuor à cordes. Mais si on en vient à le comparer aux très grands, comme Beethoven et Mozart, il laisse à désirer. Ce fut du moins une opinion bien ancrée pendant environ cent cinquante ans, et c’est complètement faux. Beethoven et Mozart auraient été les premiers à le dire. Pourquoi cela est-il arrivé ? Je crois que c’est surtout parce qu’au XIXè siècle, on attendait d’un artiste qu’il fût aussi un grand homme. Le meilleur exemple en est bien sûr Beethoven. Un autre compositeur qui voulait se donner des airs de grand homme était Wagner, même s’il n’en était pas un.

“Nous découvrons d’abord Haydn dans le chœur de garçons de Vienne. Il avait une voix magnifique, aussi fut-il menacé d’une opération assez déplaisante afin de préserver sa voix pour le restant de sa vie, et je crois que sa foi, aussi ardente fût-elle, n’allait pas aussi loin, et il prit vite la poudre d’escampette avant d’être « opéré ». Il connut ensuite des années de dénuement extrême. En fait, il était si pauvre qu’il ne pouvait ni louer ni acheter un piano, et il faisait partie des compositeurs qui ont besoin d’un piano pour composer. Aussi pendant des mois, et même deux ans me semble-t-il, il n’écrivit pas une note. Puis on lui proposa de devenir compositeur et chef d’orchestre à la cour du comte Esterhazy. Pour un musicien tel que Haydn, c’était l’occasion idéale d’expérimenter avec des instrumentistes et des chanteurs. Et il dut composer énormément en peu de temps. Son poste était comparable à celui d’un autre grand nom de la musique, Vivaldi, qui était compositeur dans un orphelinat et devait présenter de nouvelles œuvres chaque semaine, mais Haydn mit ces nombreuses années passées à Esterháza à profit pour faire sans cesse progresser son art.

“Sa dernière symphonie était considérée par Sir Donald Tovey comme la plus belle de toutes ; on peut en convenir ou pas, mais il s’agit assurément d’un ouvrage splendide où l’on trouve réunis toute la profondeur émotionnelle, la passion, l’humour, l’immense savoir-faire et tous les autres talents de Haydn. Ces deux dernières symphonies ont plus de deux cents ans et sont aussi fraîches que lorsqu’elles furent écrites. Et il y a autre chose dans la musique de Haydn qui est rare chez les grands compositeurs : le grand air. Peut-être parce qu’il était né à la campagne, et en tant que tel il s’apparente à Delius, chez qui l’on retrouve cette impression de respirer au grand air... il y a aussi Bruckner, Dvorˇák … mais on compte ces fervents de la nature sur les doigts d’une main.”

Haydn écrivit la Symphonie n°103, « Roulements de Tambours », en 1795, pendant son deuxième séjour à Londres. C’est ainsi qu’il put inclure des clarinettes à sa partition, ainsi qu’une seconde flûte, car il ne disposait pas de ces instruments à Esterháza. La symphonie fut créée au King’s Theatre le 2 mars lors d’un Concert de l’Opéra, dans le cadre d’une série qui remplaçait les premiers concerts londoniens organisés par Salomon.

L’introduction lente du premier mouvement débute par un roulement de tambour, suivi d’un thème très développé confié aux violoncelles, aux contrebasses et aux bassons, rappelant le Dies irae de la Messe de Requiem, ses contrastes dynamiques finaux menant à un vif Allegro vers la conclusion duquel le roulement de tambour et le mystérieux Adagio refont leur apparition. Le deuxième mouvement est une série de doubles variations, son premier thème en ut mineur énoncé par les cordes, rejointes par les hautbois, les bassons et les cors pour le second thème, en ut majeur. Les deux thèmes tirent apparemment leur origine de la musique populaire des Balkans ; ils sont ensuite variés tour à tour avec l’infinie subtilité dont Haydn était capable. Le Menuet est accompagné d’un Trio qui octroie aux clarinettistes londoniens une périlleuse primauté. Fait notable, le Finale, introduit par les cors d’harmonie, s’appuie sur un seul thème ; il s’agit de l’un des morceaux les plus originaux de Haydn.

La Symphonie n°104 en ré majeur est la dernière des symphonies de Haydn et la dernière d’une douzaine d’œuvres similaires commandées par le violoniste Salomon pour ses saisons londoniennes. Elle fut sans doute créée au Concert de l’Opéra donné au King’s Theatre le 13 avril 1795 avec Haydn en personne au pianoforte. La symphonie est écrite pour deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, deux cors, deux trompettes et des tambours, avec les cordes d’usage. Une introduction lente mène à un Allegro enjoué, tripartite comme le veut l’usage ; son développement central est un chef-d’œuvre de maîtrise. Le mouvement lent confie aux cordes un thème d’une beauté dépouillée. Au célèbre Menuet et Trio fait suite un mouvement final dont les thèmes présentent une résonance résolument populaire.

Georg Tintner

Georg Tintner naquit à Vienne en 1917. Il commença à étudier le piano à six ans, se mettant vite à composer. De neuf à treize ans, il fit partie du Chœur de garçons de Vienne, qu’il dirigea également lors d’exécutions de ses propres compositions. A treize ans, il entra à l’Académie d’état de Vienne comme jeune compositeur prodige, étudiant la composition avec Josef Marx et dirigeant avec Felix Weingartner. A dix-huit ans, il était devenu le chef d’un chœur de formation du Chœur de garçons de Vienne, et il fit répéter le chœur pour une exécution de la Symphonie n° 8 de Mahler avec Bruno Walter en 1936. Ses compositions étaient interprétées en concert et diffusées par la radio autrichienne, et à dix-neuf ans, il devint chef d’orchestre adjoint du Volksoper de Vienne.

En 1938, il échappa aux Nazis, passant un an en Angleterre avant d’émigrer en Nouvelle-Zélande. Pendant plusieurs années, il administra un élevage de volaille – ce qui fit de lui un végétarien convaincu – avant de devenir directeur musical des Instrumentistes à corde d’Auckland et de la Société chorale d’Auckland en 1947. Il se déclarait également socialiste et pacifiste, et en tant que tel, il circulait à vélo, le moyen de transport qui pour lui symbolisait « le summum de tout ce qui est inoffensif. »

En 1954, il se rendit en Australie comme chef d’orchestre en résidence de l’Opéra national, puis de l’Opéra élisabéthain. Au cours des années suivantes, il effectua de vastes tournées en Australie et fut un pionnier de l’opéra télévisé auprès de l’Australian Broadcasting Commission. En 1964, il fut directeur musical de l’Opéra de Nouvelle-Zélande, et en 1966-67, directeur musical de l’Orchestre municipal du Cap. Bien qu’on lui ait offert un contrat longue durée, Tintner quitta l’Afrique du Sud pour des raisons politiques. Il s’en fut à Londres et à Sadler’s Wells (l’English National Opera) pendant trois ans, avec des apparitions comme chef invité avec les London Mozart Players, l’Orchestre symphonique de Bournemouth, la Northern Sinfonia et l’Orchestre symphonique de Londres pour la BBC.

Il rentra en Australie en 1970 comme directeur musical de la Troupe d’opéra ouest-australienne. En 1971, il fut invité comme directeur musical de l’Orchestre national des jeunes musiciens du Canada, visite couronnée d’un tel succès qu’elle se répéta sept fois. Tintner entretenait un rapport privilégié avec les jeunes musiciens, dirigeant de nombreux concerts avec les orchestres de jeunes musiciens de plusieurs pays. Une série de conférences qu’il donna en 1974 ont été diffusées plusieurs fois dans les pays anglophones, et il était extrêmement renommé pour ses présentations de concerts, dont on peut entendre quelques exemples dans la présente édition.

A son répertoire, Tintner comptait cinquante-six opéras, dont il dirigeait environ les deux tiers par cœur. En 1974, il devint pendant deux ans chef d’orchestre senior en résidence de l’Opéra australien. Il y dirigea des représentations de Fidelio devenues légendaires, exprimant l’engagement de toute sa vie pour l’humanisme et la compassion. A partir de 1976, Tintner fut directeur musical de l’Orchestre philharmonique du Queensland jusqu’à ce qu’il s’établisse au Canada fin 1987 comme directeur musical de Symphony Nova Scotia. Il se produisit avec tous les orchestres et toutes les troupes d’opéra d’Australie et de Nouvelle-Zélande, puis avec tous les grands orchestres canadiens, dont les Orchestres symphoniques de Montréal et de Toronto. Aux USA, il se produisit en tournée avec les Cuivres canadiens et travailla avec le Théâtre lyrique du Michigan.

Il réalisa de nombreux enregistrements commerciaux, dont certains pour la CBC qui sont réédités dans la présente Edition commémorative. Sa série pour Naxos des onze symphonies de Bruckner, menée à bien au cours de ses deux dernières années de vie, lui a valu des louanges internationales.

Georg Tintner a été honoré dans quatre pays. Il s’est vu décerner plusieurs doctorats honoraires, et parmi ses décorations figurent la Croix d’officier de l’Ordre du mérite autrichien. Il était membre de l’Ordre du Canada

Il mourut à Halifax en octobre 1999.

L’orchestre Symphony Nova Scotia

Le Symphony Nova Scotia (SNS) est le seul orchestre symphonique pleinement professionnel du Canada à l’est de Québec. Fondée en 1983, ses trente-sept musiciens ont pour mission « d’améliorer la qualité de vie des citoyens de Nouvelle-Écosse ». Le Symphony Nova Scotia consacre ses talents à partager la musique classique en direct avec les auditeurs de toute la Nouvelle-Écosse grâce à ses concerts, et avec tous les Canadiens grâce à ses nombreuses émissions diffusées par la CBC. L’orchestre travaille également avec des partenaires dans d’autres domaines musicaux, ainsi qu’au théâtre et au ballet, et a récemment fondé le Chœur de Symphony Nova Scotia.


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