About this Recording
8.557823 - Piano Recital: Chen, John - DUTILLEUX, H.: Piano Music (Complete)
English  French  German 

Henri Dutilleux (né en 1916)
Oeuvres pour piano solo intégrales

 

Né à Angers le 22 janvier 1916, Henri Dutilleux grandit à Douai, étudiant le piano, l’harmonie et le contrepoint au conservatoire de cette ville avec Victor Gallois avant de se fixer à Paris en 1933. Au Conservatoire de Paris, il étudia avec les frères Gallon ainsi qu’avec Maurice Emmanuel et Henri Büsser, remportant le Prix de Rome en 1938 avec la cantate L’anneau du roi. De retour en France au début de la guerre, il travailla à l’Opéra de Paris puis, en 1945, prit le poste qu’il devait occuper pendant dix-huit ans, celui de directeur des productions musicales à Radio France. Depuis 1963, il se consacre à la composition, étant également très sollicité comme professeur invité en France et dans le cadre de cours d’été à l’étranger.

Bien que Dutilleux ait depuis longtemps été reconnu comme l’une des grandes figures de sa génération, sa réputation repose sur à peine plus d’une douzaine d’ouvrages majeurs, résultant d’une approche de la composition aussi rigoureuse que méthodique. Ses premières oeuvres comprennent plusieurs partitions pour des productions théâtrales et radiophoniques (pour la plupart supprimées), ainsi que plusieurs mélodies, mais aussi des morceaux d’examen pour la catégorie des instruments à vent du Conservatoire de Paris. C’est seulement avec la Sonate pour piano que Dutilleux sentit qu’il avait créé un ouvrage digne d’être considéré comme son ‘Opus 1’.

Composée en 1946-48, cette pièce fut écrite à l’intention de la pianiste Geneviève Joy (que Dutilleux épousa en 1946) et elle lui est dédiée. Bien que dans leurs grandes lignes ses procédés soient encore relativement tonaux, mais avec une forte coloration modale, la Sonate pour piano est particulière à la fois par son inclination vers des modèles autres que français, comme Bartók notamment, et par son adhésion à des formes classiques à grande échelle, dénotant une approche résolument symphonique qui distingue Dutilleux de ses contemporains, les plus âgés (Messiaen) comme les plus jeunes (Boulez). L’ouvrage lui-même comporte trois mouvements qui, tout en contrastant vivement entre eux, maintiennent une forme d’ensemble cumulative, formule que par la suite le compositeur allait raffiner et enrichir dans les deux symphonies qu’il écrivit au début et à la fin des années 1950 respectivement.

L’Allegro con moto de départ s’ouvre sur un thème animé dont la mélodie et l’accompagnement sont étroitement entrelacés. Initié par des notes répétées à la main gauche, le second thème, bien que plus songeur, est si proche du premier à la fois par son contour mélodique et par sa coloration harmonique qu’il en est presque un dérivé. Il suscite l’apogée du mouvement, après quoi le premier thème est repris, menant à un péremptoire éclat final avant de s’éteindre dans la brève coda. Le Lent central est en forme A-B-A subtilement traitée : la première section se déploie calmement quoique avec hésitation avant qu’une idée plus vive, rappelant vaguement un rythme de marche, prenne l’ascendant ; une progression harmonique recherchée, imprégnée par la gamme par tons, nous ramène alors à la première section, elle-même modifiée et achevant le mouvement dans une atmosphère profondément contemplative.

Le Choral et Variations conclusif, un ‘finale’ à tous les points de vue, débute par un thème imposant annoncé par des accords impérieux. Viennent ensuite quatre variations substantielles. La première déploie un torrent de figurations rapides, rappelant une toccata ; la deuxième est tout aussi véloce, mais sa définition mélodique est bien plus nette et elle atteint un apogée impulsif ; la troisième est un ‘nocturne’ rêveur et introspectif qui étend en conséquence la portée expressive du mouvement, et la quatrième variation est une explosion d’énergie fougueuse qui entraîne le mouvement vers son point culminant, où est rappelé le thème de choral initial, concluant ainsi un mouvement qui de fait est une ‘sonate dans la sonate’.

Bien que depuis lors il n’ait plus jamais entrepris de pièce pour piano d’une envergure comparable (car il préfère l’orchestre pour ses oeuvres à grande échelle), Dutilleux a enrichi le répertoire soliste de plusieurs miniatures caractéristiques. Les plus importantes d’entre elles sont les Trois Préludes qui, tout en n’ayant pas été conçus directement pour constituer un cycle (ayant été écrits en 1973, 1977 et 1988 respectivement), forment un microcosme de ce qu’ont été les questionnements formels et expressifs du compositeur sur une période de quarante années.

Le premier prélude, D’ombre et de silence, rappelle la manière minimaliste des dernières oeuvres pour piano de Debussy par sa succession d’harmonies qui semblent presque se fondre l’une en l’autre au fil du morceau. Le second prélude, Sur un même accord, est plus réducteur du point de vue de la composition, un accord unique suffisant à mener cette étude des possibilités de résonance du clavier comme moyen d’obtenir une continuité formelle. Le troisième prélude, Le jeu des contraires, est presque deux fois plus long que ses prédécesseurs et incorpore la fascination éprouvée par son compositeur envers la symétrie, qu’elle concerne l’harmonie, le rythme ou les textures, dans le cadre d’une continuité.

L’une des fonctions de Dutilleux après qu’il se fut attaché à Radio France fut de pourvoir aux interludes musicaux séparant les émissions. Six d’entre eux furent rassemblés pour former la suite pour piano Au gré des ondes (1946) : séquence succincte et toujours plaisante qui démontre amplement la maestria du compositeur – alors âgé de trente ans - à l’heure d’évoquer des styles du passé avant de partir à la découverte d’un langage musical plus personnel.

Prélude en berceuse est une paisible étude présentant de limpides figurations par-dessus un accompagnement berceur dont le chaste détachement fait songer à Ravel, tandis que Claquettes apporte le contraste de sa rapidité de mouvement et de sa manière humoristique. Improvisation se concentre sur l’intégration simple mais efficace de la mélodie et de l’accompagnement, puis Mouvement perpétuel amuse par son approche robuste et incisive d’une technique assez similaire. Hommage à Bach est un ‘air’ mélancolique dont les contours et les dessins constituent une approche très française du maître baroque, avant que l’Etude ne vienne conclure la séquence d’ensemble avec son irrésistible verve rythmique.

Les six morceaux restants sont tous des pièces diverses écrites pour telle ou telle occasion ou fonction et qui pourtant ne dénotent absolument aucune faiblesse de facture ou de qualité de la part de ce compositeur si exigeant. Bergerie (1947) provient d’un recueil de pièces pour enfants intitulé Jardin d’enfants et dont le titre correspond bien à la tournure ingénue. Blackbird (1950) est une évocation vivace et souvent appuyée de l’oiseau en question, le merle, tandis que Tous les chemins (1961) est un morceau pédagogique touchant et tout sauf didactique qui fut écrit pour la Petite méthode de piano de Marguerite Long, notamment connue pour avoir créé le Concerto pour piano en sol de Ravel en 1931. Résonances (1965), écrit pour le recueil Les nouveaux musiciens présente un contenu très différent ; c’est un morceau considérablement plus exploratoire datant de la maturité du compositeur et annonçant déjà des préoccupations à venir. Petit air à dormir debout est une sereine étude de textures et de sonorités, tandis que Mini-prélude en éventail nous montre que Dutilleux appose sa marque jusque sur la plus modeste des miniatures.

Richard Whitehouse
Traduction : David Ylla-Somers

 


Close the window