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8.559086 - MOROSS: Frankie and Johnny / Those Everlasting Blues
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Jerome Moross (1913-1983)

Frankie and Johnny • Those Everlasting Blues • Willie the Weeper

Né à New York, Jerome Moross commença à apprendre le piano à cinq ans et composait dès huit ans. Il parvint à mener de front des études de direction d’orchestre à la Juilliard School of Music et des études à la New York University School of Music. Au début de sa carrière, il écrivit beaucoup pour les salles de concert, notamment sa Symphonie n° 1, qui fut créée par Sir Thomas Beecham avec l’Orchestre symphonique de Seattle en 1943.

La musique de Moross était distinctement américaine et demeura tonale et mélodique pendant toute sa carrière. Il aimait les mélodies folkloriques et populaires de son époque et pendant ses années de formation, il rechercha continuellement ce genre d’influences musicales.

En plus d’écrire des comédies musicales pour Broadway, des ballets et des pièces de concert, Moross travailla à Hollywood, d’abord comme orchestrateur pour de nombreux films à la fin des années 1930 et dans les années 1940, et plus tard comme compositeur.

The Ballad of the Scandalous Life

of Frankie and Johnny

La chanson populaire Frankie and Johnny, inspirée d’un incident survenu à Saint Louis en 1899 quand une prostituée nommée Frankie Baker abattit son souteneur et amant à la suite d’une querelle, fut d’abord publiée à New York en 1904. Dès 1933, alors que Jerome Moross avait seulement vingt ans, il déclara au New York Evening Journal qu’il comptait composer à partir du thème de Frankie et Johnny.

En 1938, les chorégraphes et danseurs de Chicago, Ruth Page et Bently Stone, constituèrent la troupe de ballet Page-Stone. Sur un conseil d’Aaron Copland (Moross avait fait partie du groupe de jeunes compositeurs de Copland), Ruth Page commanda une partition de ballet originale à Jerome Moross. Frankie and Johnny, premier ballet de conception véritablement "américaine", fut créé le 20 juin 1938 au Great Northern Theater de Chicago. Ruth Page et Bently Stone dansèrent les personnages principaux et la majeure partie de la chorégraphie était de ce dernier. Les critiques furent très positives.

Moross fit de son Frankie and Johnny une Suite de ballet pour orchestre et en écrivit également le livret, en collaboration avec Michael Blankford. Il fit appel à un trio vocal de jeunes filles de l’Armée du Salut ("Saving Susies") à la manière d’un chœur grec moderne, commentant l’action tandis qu’elles évoluent sur scène en jouant du tambourin, de la grosse caisse et des cymbales. Il était amusé par l’idée que les jeunes filles de l’Armée du Salut, que l’on voit généralement sauver des âmes, allaient être vues commentant ce qui à l’époque était considéré comme un poème très osé.

Dans la note de programme de la première production de Frankie and Johnny, Moross écrivait : La fidèle Frankie aime Johnny à la folie. Johnny aime aussi Frankie, acceptant volontiers l’argent qu’elle obtient d’autres hommes. Mais aussitôt après un tendre duo d’amour avec elle, il commence à batifoler avec Nellie Bly. Puis, "Frankie descend au saloon du coin de la rue pour acheter un grand verre de bière". Les amis de Johnny forment un groupe autour de Nellie et Johnny pour empêcher Frankie de voir ce qui se passe. Mais le barman prend un malin plaisir à tout dire à Frankie, qui refuse d’abord de le croire. "Frankie était une bonne fille, tout le monde le sait ", mais en réalisant que Johnny est vraiment en train de "donner de l’amour à Nellie Bly", elle devient folle de jalousie et abat son amant dans une scène très mélodramatique. Tous leurs amis passent un bon moment à festoyer lors de la veillée funèbre. Frankie essaie de se pendre à un lampadaire voisin, mais Nellie la sauve. Enfin, Frankie reste seule avec son amant dans son cercueil et on entend la chanson très philosophe des Salvation Army Sisters :

´ Cette histoire n’a pas de morale,

Oh, cette histoire n’a pas de fin,

Oh, cette histoire vous montre bien

Qu’on ne peut pas se fier aux hommes ! ª

Those Everlasting Blues

Those Everlasting Blues fut composé lorsque Moross avait dix-neuf ans, au cours de l’été 1932. Il le commença à Vienne et l’acheva à Cagnes-sur-Mer en France. Il fut créé à New York le 4 novembre de cette année lors d’un concert de la Pan American Association of Composers sous la direction de Henry Cowell, avec la contralto Paula Jean Lawrence comme soliste. Les œuvres du poète américain Alfred Kreymborg étaient mises en musique par plusieurs confrères de Moross et il décida d’aborder Those Everlasting Blues dans un style rappelant les chansons populaires des Noirs américains. Encore très influencé par ses mentors Charles Ives et Henry Cowell, Moross donne régulièrement à sa musique des inflexions jazzy. Il emploie un ensemble réduit consistant en une flûte, un hautbois, une clarinette, un basson, un cor, une trompette, un trombone, un piano, des percussions et des cordes pour accompagner une voix grave de contralto ou de baryton. Cette cantate comporte trois sections reliées entre elles : Sad and slow, Faster et Very Fast.

Willie the Weeper

Les Ballet Ballads, premier fruit de l’association entre Jerome Moross et le librettiste John Latouche (1914-1956), furent créés au printemps 1948 et adoptés par Broadway en mai de cette même année. Ces trois cantates de danse en un acte, Susanna and the Elders, Willie the Weeper et The Eccentricities of Davy Crockett allient la danse, la chanson et la narration sans aucun dialogue parlé. Un quatrième morceau, Red Riding Hood, fut esquissé mais laissé inachevé.

Les deux partenaires expliquaient leur concept dans la note de production de la première édition de la partition : "Les Ballet Ballads ont été produits à New York comme des opéras dansés ; leur but est de fusionner les arts du texte, de la musique et de la danse en une nouvelle unité dramatique." L’idée était "de tellement mélanger le chant et la danse que l’on ne saurait plus différencier les chanteurs des danseurs," déclara Moross dans une interview de 1978. Le spectacle suivant de Moross et de Latouche, The Golden Apple, fut produit à Broadway en 1954. Les deux spectacles furent reçus avec enthousiasme et The Golden Apple fut primé.

On retrouve plusieurs éléments d’œuvres antérieures de Moross dans Willie the Weeper. Toutes les représentations des Ballet Ballads données de son vivant étaient accompagnées au piano, mais il souhaitait clairement voir ses orchestrations interprétées. En 1966, la CBS paya Moross pour orchestrer les Ballet Ballades pour un projet de production télévisée qui n’aboutit jamais. Le Festival de musique de Hot Springs a créé la version orchestrale de Willie the Weeper en juin 2000.

Laura and Richard Rosenberg

Version française: David Ylla-Somers


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