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8.559099 - BERNSTEIN: Symphony No. 2 / West Side Story
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Leonard Bernstein (1918-1990)

Leonard Bernstein (1918-1990)

Symphonie No. 2 : The Age of Anxiety

West Side Story Symphonic Dances • Candide Overture

Même si l’on ne considère pas spontanément Leonard Bernstein comme un compositeur pour orchestre, son catalogue comporte néanmoins trois symphonies, plusieurs œuvres pour orchestre et soliste ainsi qu’un certain nombre de suites tirées des musiques qu’il composa pour le théâtre ou la scène. Il serait plus juste d’affirmer que Bernstein n’a jamais abordé deux fois une œuvre de la même manière, générant des créations hybrides dont l’ambiguïté montre un compositeur tiraillé entre la tradition classique européenne et le langage populaire américain représenté par le jazz et la comédie musicale. Les œuvres présentées ici sont trois illustrations de la manière dont il a tenté de réconcilier ces deux traditions.

A l’origine, Candide se situait entre une comédie musicale et une opérette. L’œuvre fut composée sur un livret de Lilian Hellman — d’après la satire écrite par Voltaire au dix-huitième siècle — et des paroles de Richard Wilbur. La création eut lieu au Martin Beck Theater de Broadway le 1er décembre 1956 et le spectacle ne resta à l’affiche que pour 73 représentations. Bernstein entama alors une révision de l’œuvre qui allait durer près de trois décennies, culminant avec la version quasi-opératique qu’il dirigea et enregistra à Londres peu de temps avant sa mort. L’Ouverture, qui fut créée en concert par l’orchestre philharmonique de New York le 27 janvier 1957 est un brillant pot-pourri des airs musicaux du spectacle comprenant The Best of All Possible Worlds du Dr Pangloss, le duo du mariage de Candide et Cunégonde Oh Happy We, et le virtuose aria coloratura de Cunégonde Glitter and Be Gay.

Créé au Winter Gardens Theater de Broadway le 26 septembre 1957, West Side Story fut joué 1025 fois dès sa première tournée américaine. Composé sur un livret de Arthur Laurents et des paroles de Stephen Sondheim, cette version urbaine et contemporaine de Roméo et Juliette jeta les bases d’un nouveau théâtre musical, ne serait-ce que par l’importance accordé à la chorégraphie virtuose de Jerome Robbins. Lukas Foss et le philharmonique de New York donnèrent la première exécution des Symphonic Dances le 13 février 1961, que Bernstein dédia à Sid Ramin qui, avec Irwin Kostal, avait préparé l’orchestration sous la direction du compositeur.

Plutôt que d’aborder les choses de manière chronologique, les Symphonic Dances réordonnent librement plusieurs passages de la comédie musicale afin de proposer une suite cohérente. Le Prologue décrit la violence qui existe entre les deux gangs, les Sharks, immigrés de Porto Rico, et les Jets, natifs du Bronx. Somewhere évoque l’espoir d’une future coexistence pacifique exprimé par les amants Maria et Tony. Le Scherzo, dont le style rappelle celui d’Aaron Copland, annonce le Mambo endiablé des lycéens. C’est là que Tony et Maria se rencontrent pour la première fois, puis s’unissent au cours d’un Cha-Cha et prennent conscience de leur attirance réciproque dans Meeting Scene. Toutefois, l’antagonisme des bandes rivales demeure palpable dans la fugue pleine de tension de la chanson Cool, et apparaît au grand jour dans Rumble au cours de laquelle les meneurs de chaque bande s’entretuent. Après une cadence énoncée par une flûte méditative, le I Have a Love de Maria anticipe la fin tragique, et cathartique, avant qu’une brève réminiscence de Somewhere ne propose une conclusion interrogative.

Dès 1948, la carrière de compositeur et de chef d’orchestre de Bernstein était déjà bien engagée. Après avoir lu The Age of Anxiety que venait de publier le poète W. H. Auden, il décida immédiatement d’en faire le sujet de l’une de ses œuvres symphoniques. Partiellement composée en Israël durant la guerre d’indépendance, l’œuvre fut créée par son dédicataire, Serge Koussevitzky, et le Boston Symphony Orchestra le 8 avril 1949, avec Bernstein au piano pour la partie concertante.

Cet ´ Eglogue Baroque ª d’Auden décrit le parcours introspectif que font quatre personnes dans un bar de la Western Avenue. Bernstein accompagne ce voyage spirituel en divisant l’œuvre en deux parties.

Première partie :

A - The Prologue présente les quatre personnages : Quant, un Américain fils d’immigrés irlandais ; Malin, un médecin des services de renseignements de la Canadian Air Force ; Rosetta, une employée d’un grand magasin ; et Emble, un engagé dans la Navy. Après un duo de clarinettes, une gamme descendante exécutée par la flûte conduit à…

B - The Seven Ages (les sept âges), au cours duquel la discussion est décrite par les sept variations d’un matériau musical entendu précédemment. Après un paisible solo de piano, le soliste et l’orchestre échangent des motifs, puis les cordes énoncent un thème lyrique. Un scherzo animé précède un passage agité de style prokofievien. Puis le piano revient à un thème pensif et les vents décrivent une atmosphère plaintive. Un passage descendant interprété au piano mène à …

C - The Seven Stages (les sept étapes), où sept autres variations représentent les quatre personnages aux prises avec des situations différentes. Après une passacaille sévère, une valse introduit de nouveau le soliste qui interprète un épisode syncopé, un fugato incisif et un moto perpetuo ironique. Le thème de la passacaille revient sous la forme d’un choral orchestral, avant que ne réapparaisse le piano qui clôt brusquement la première partie.

Deuxième partie :

A - The Dirge (le chant funèbre) décrit les quatre protagonistes alors qu’il sont dans un taxi, en route vers l’appartement de Rosetta. Ils regrettent l’absence de figure paternelle dans leur vie. Commençant sur une discrète série de douze notes, la musique devient de plus en plus passionnée, et conduit à…

B - The Masque, un scintillant scherzo au cours duquel les quatre personnages font une fête insensée, où le piano est accompagné par la harpe, le célesta et les percussions. Le tout se dissipe pour faire place à…

C - The Epilogue où les quatre personnages laissent leur passé derrière eux au profit de plus de spiritualité, représenté par un solo de trompette. La musique se développe en un choral lent mais implacable sur lequel se greffe une cadence jouée au piano qui reprend tous les thèmes antérieurs et atteint un apogée synonyme de triomphe durement obtenu. Lors de la création et du premier enregistrement, le piano restait silencieux au cours de cet apogée, mais Bernstein révisa l’œuvre en 1965 afin que la perspective personnelle, et sans doute autobiographique, du soliste soit présente jusqu’à la conclusion de l’œuvre.

Richard Whitehouse

Version française : Pierre-Martin Juban


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