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8.559103 - CARPENTER: Violin Sonata / String Quartet / Piano Quintet
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John Alden Carpenter (1876-1951)

John Alden Carpenter (1876-1951)

Sonate pour violon et piano • Quatuor à cordes • Quintette pour piano et cordes

John Alden Carpenter naquit à Park Ridge dans l’Illinois le 28 février 1876. Fils d’un industriel prospère et d’une chanteuse professionnelle, il fit des études musicales approfondies et sortit diplômé, en 1897, de l’Université de Harvard où il étudia la composition auprès de John Knowles Paine. Il rejoignit l’entreprise familiale et en devint le vice-président en 1909, combinant dès lors les affaires avec la composition, comme le fit son contemporain Charles Ives. Il étudia brièvement avec Elgar à Rome en 1906 puis suivit les cours de théorie de Bernhard Ziehn, de 1908 à 1912, dont les conceptions en matière de contrepoint faisaient l’admiration de Busoni. Carpenter reçut cinq diplômes de docteur honoris causa et obtint, en 1947, la médaille d’or de l’Institut National des Arts et Lettres. Il mourut à Chicago le 26 avril 1951.

Bien que les premières œuvres de Carpenter témoignent de l’influence des modèles germaniques auxquels Paine l’avait initié, le ballet Adventures in a Perambulator (1914) confirme qu’il eut également connaissance de sources françaises et russes. De la même manière, la présence du jazz ´ urbain ª de Chicago est déjà apparente dès 1915 dans son Concertino. La ´ pantomime jazz ª Krazy Kat (1921) et A Little Piece of Jazz (1925) commandé par Paul Whiteman constituèrent, pour l’époque, de fructueuses fusions entre jazz et classique. Le ballet Skyscrapers (1924), prévu à l’origine pour les Ballets Russes de Diaghilev, est complémentaire de ceux de Stravinsky et de Prokofiev. Des œuvres ultérieures telles que Sea Drift (1933), inspiré par Whitman, et le Concerto pour violon (1936), retrouvent le romantisme par leur langage nostalgique qui caractérise également les trois œuvres de musique de chambre présentées ici.

La Sonate pour violon fut terminée en 1913. La paisible introduction du Larghetto annonce le thème songeur qu’énonce avec aisance le violon et qui n’est pas sans rappeler Delius. Une suite plus passionnée associe les instruments de façon plus étroite avant que le thème ne soit tendrement ré-exposé. Le mouvement se conclut, après un épisode animé, par une réminiscence fugitive du thème principal. L’Allegro s’ouvre par un mouvement de danse énoncé par les deux instruments, suivi par un thème mélancolique au violon. La musique d’ouverture réapparaît, suivie d’une version en mode mineur du second thème, puis ces deux idées alternent avant l’entrée d’une brusque coda. Le Largo mistico constitue l’une des compositions les plus obsédantes de Carpenter. La limpide mélodie d’ouverture entremêle violon et piano avec poésie ; le clavier introduit ensuite un second thème de caractère élégiaque sans modifier ostensiblement l’atmosphère. Ceci se produit par l’effet de lourds accords au piano et un rappel plus intense du premier thème, qui évolue jusqu’à suggérer une atmosphère d’expectative. Le Presto giocoso s’ouvre sur un tempo mesuré, son thème vif prenant un subtil accent folklorique. Le second thème propose un vif contraste, encourageant le violon à un épanchement au cours duquel est énoncé le thème principal du premier mouvement, et conclut l’œuvre dans une atmosphère nostalgique.

Le Quatuor à cordes date de 1927. L’Allegro débute dans une écriture chromatique qui semble rappeler la musique pour quatuor d’Arnold Bax ou Frank Bridge. Le violoncelle introduit un thème plus apaisé, bien que le mouvement oscillant des autres instruments empêche l’instauration d’un plus grand calme. Celui-ci n’arrive qu’à l’énoncé d’une mélodie à l’alto qui est aussi apaisante qu’éphémère. Le passage au mode majeur, permettant un développement des thèmes, allège considérablement l’atmosphère ; le mouvement semble alors se diriger vers sa conclusion, mais une référence soudaine aux éléments antérieurs dissipe rapidement toute l’énergie. Un émouvant motif à l’alto inaugure l’Adagio qui s’ouvre sur un discours mesuré mais touchant, valorisé par la contribution du violon. Le mouvement atteint un bref point culminant avant de revenir à son état méditatif et de se refermer sur une note qui anticipe subtilement le mouvement suivant. Ainsi, le Moderato répond-il à cette attente par son rythme accentuant le temps faible, la présence de la musique folklorique étant, une fois encore, mise en avant. Le ton devient plus grave avec l’ardent thème énoncé par le violoncelle, tendrement accompagné par les autres instruments à cordes. La musique retrouve son entrain initial avec la réponse du violon. Les deux idées principales alternent et se combinent avant d’amener l’œuvre, par des formules rythmiques, à une conclusion pénétrante.

Le Quintette avec piano, composé en 1937, est typique de la dernière période musicale de Carpenter. Une ample formule emphatique au piano ouvre le Moderato, les cordes lui répondant de façon expressive. Un thème incisif prend alors le relais, amorcé par des accords interprétés à la main gauche par le pianiste. Un passage plus tranquille crée un lien avec l’introduction ; la dynamique rythmique reprend, suivie par un développement du matériau musical. L’alto reprend le second thème et la formule pianistique d’ouverture est elle-même évoquée pour introduire une reprise variée et animée. Une longue coda combine les divers éléments des idées principales, avant de conclure le mouvement de façon délicieusement espiègle. D’ondoyants accords au piano, profondément ancrés dans les basses, soutiennent l’émouvant thème principal de l’Andante, avec sa réponse en forme de cantique. Un intense point culminant est atteint et le discours se poursuit avec des harmonies plus riches et plus expressives. Un bref apogée plus marqué et plus déclamatoire se fait entendre avant que le mouvement ne laisse place à une coda sombre et paisible teintée de séduisantes harmonies debussystes. Des accords syncopés au piano lancent l’Allegro non troppo, tandis que les cordes répondent par un thème énergique aux accents folkloriques. Une mélodie attendrissante apparaît progressivement se raccordant à la précédente avec une remarquable continuité. Les deux thèmes font l’objet d’un bref développement avant que le dernier d’entre eux ne refasse son apparition avec plus d’émotion. Une transformation de la formule pianistique du début, reprise avec passion par les cinq instruments, constitue une conclusion éclatante.

Richard Whitehouse

Traduction : Pierre-Martin Juban


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