About this Recording
8.570722 - SZYMANOWSKI, K.: Symphonies Nos. 1 and 4 / Concert Overture / Study in B-Flat Minor (Warsaw Philharmonic, Wit)
English  French  German 

Karol Szymanowski (1882–1937): Ouverture de Concert en mi majeur
Symphonie no 1, op. 15 • Symphonie no 4, op. 60 • Etude en si bémol mineur

 

Chef de file de la musique polonaise durant la première moitié du XXe siècle, Karol Maciej Szymanowski vit le jour le 3 octobre 1882 à Tymoszówka dans une famille de propriétaires terriens où la musique occupait de longue date une place de choix. Son père, Stanisław Korwin-Szymanowski était en effet un remarquable violoncelliste et pianiste, tandis que sa mère, Anna Taube, se dédiait avec beaucoup de talent au piano. Favorisée par ce contexte, l’éclosion des dons musicaux de l’enfant ne tarda pas et il fit ses premiers pas au clavier sous la conduite de son père.

Conscient des exceptionnelles dispositions de son fils, Stanisław le confia en 1889 à son cousin Gustav Neuhaus, directeur d’une école de musique à Elisavetgrad. Les années pendant lesquelles ce dernier eut en charge l’éducation de Karol laissèrent une empreinte durable sur le jeune artiste. Grâce à Neuhaus, Szymanowski étudia en effet les grands classiques, mais également Chopin et Scriabine, deux modèles qui guidèrent ses débuts de créateur comme l’attestent, entre autres, les Préludes op. 1 pour piano (1900).

Autre découverte essentielle, au cours d’un voyage à Vienne en 1895, l’adolescent assista à une représentation de Lohengrin. Immédiatement conquis par les sortilèges wagnériens, il se plongea sans tarder dans les partitions du maître de Bayreuth, dont les richesses l’aidaient par ailleurs à oublier la vie musicale bien terne d’Elisavetgrad.

L’engagement de Szymanowski dans une carrière de compositeur ne faisait désormais plus le moindre doute et, en 1901, son père l’autorisa à entreprendre des études privées à Varsovie auprès de Zawirski (harmonie) et de Noskowski (contrepoint et composition). Outre ce qu’il tira de leur enseignement, Varsovie permit au musicien de faire la connaissance d’interprètes dont la fidélité dans l’amitié n’eut d’égal que l’ardeur avec laquelle ils défendirent les partitions de Szymanowski: le violoniste Pawel Kochański, le pianiste Arthur Rubinstein et le chef d’orchestre Grzegorz Fitelberg.

A Varsovie aussi l’activité musicale manquait d’éclat et c’est pourquoi Szymanowski s’associa à Fitelberg, Ludomir Różycki et Apolinary Szeluto, deux élèves de Noskowski, pour fonder le groupe ‘Młoda Polska’ (La jeune musique polonaise) dont le premier concert, en 1906, remporta un franc succès, mais qui se vit reprocher par la suite sa trop grande ouverture à la musique allemande. Il est vrai que celle-ci attirait puissamment Szymanowski, chez qui l’influence de Richard Strauss et de Max Reger s’ajoutait désormais à celle de Richard Wagner. Dominée par la culture allemande, la première période de la carrière du compositeur allait cependant bientôt prendre fin.

En 1910, puis en 1911 Szymanowski se rendit en Italie et en Sicile et s’enthousiasma pour une terre ivre de couleurs et de lumière : ‘Si l’Italie n’existait pas, je n’existerais pas non plus (…)’, s’exclama-t-il dans une lettre à son ami Zdzisław Jachimecki.

Pour des raisons financières—l’artiste fut sa vie durant en proi aux ennuis pécuniaires —, Szymanowski n’entreprit pas d’important voyage en 1912–1913, années toutefois très importantes car c’est à ce moment qu’il entra en contact avec l’art de Stravinski lors d’une représentation de Petrouchka à Vienne par les Ballets russes de Diaghilev. L’impression énorme que le musicien russe produisit sur Szymanowski acheva de rompre le lien chaque jour plus ténu qui le rattachait encore à la musique allemande.

Cédant à l’appel du sud, le compositeur polonais entreprit en 1914, l’une de ses années les plus heureuses sans doute, un grand voyage qui lui permit de retrouver son Italie bien-aimée, mais qui le conduisit aussi en Afrique du Nord, point de départ d’une véritable fascination pour le monde arabe et pour l’Orient. L’année 1914 le vit par ailleurs en France où il entra en contact avec Debussy et Ravel–deux rencontres décisives dans l’évolution de son esthétique.

Les nuages s’amoncelaient au-dessus de l’Europe…Bientôt la guerre éclata, laissant Szymanowski loin de ses atrocités. Les séquelles d’une blessure au genou, survenue en 1886, lui évitèrent en effet d’endosser l’uniforme et il vécut calmement à Tymoszówka jusqu’en 1917, quand la révolution bolchévique l’obligea à abandonner la propriété familiale pour s’installer à Elisavetgrad.

C’est durant la période du premier conflit mondial que les impressions de voyage dont l’artiste était empli—‘Chaque fois que je mettais la main sur mes souvenirs d’Afrique ou de Sicile, l’émotion m’étouffait’, confia-t-il se souvenant de cette période—portèrent leurs fruits dans des chefs-d’oeuvre tels que le Concerto pour violon nº 1 (1916), la Symphonie nº 3 ‘Le Chant de la nuit’ (1916), les Métopes (1915) et Masques (1916) pour piano, les Mythes pour violon et piano (1915) ou le Muezzin passionné (1918), partition brûlante de désir.

La dimension érotique est très présente dans l’opéra Le Roi Roger, que Szymanowski entama en 1918. Travail de longue haleine, l’ouvrage lyrique du maître polonais parvint à son terme en 1924 seulement et fut représenté pour la première fois en 1926 à Varsovie. Stylistiquement très homogène, il se rattache par son langage aux partitions écrites pendant la guerre, tout en se révélant aussi tributaire de l’exemple wagnérien dans sa construction.

Le contraste apparaissait très prononcé avec les autres oeuvres que Szymanowski avait fait entendre depuis 1920 environ et qui traduisaient un changement d’orientation radical.

Dans une Pologne libérée du joug russe, le musicien découvrait les racines populaires de son art—‘Je suis en train de cristalliser en moi les éléments de l’héritage tribal’, affirmait-il. Les Mazurkas op. 50 (1925), le Stabat Mater (1925), les Chants Kurpiens (1929), le ballet-pantomime Harnasie (1931), les Litanies à la Vierge (1933) ou la Symphonie nº 4 ‘Symphonie concertante’ pour piano et orchestre (1932) l’illustrent.

Nommé directeur du Conservatoire de Varsovie en 1926, Szymanowski ne tirait que d’assez maigres revenus de cette activité épuisante et sa situation matérielle demeurait très précaire. ‘Ma vie n’est faite que de chagrin, de malheur, de maladie et de travail’, confiait-il d’ailleurs en 1933 à Iwaszkiewicz. Aux ennuis d’argent s’ajoutait en effet une tuberculose qui chaque jour l’affaiblissait un peu plus. La frustration de ne pas être reconnu à sa juste valeur dans un pays auquel il se sentait viscéralement attaché—en dépit de quelques honneurs (ex: docteur Honoris causa de l’Université de Cracovie en 1930)—lui pesait beaucoup également. L’abus de tabac, d’alcool, de drogue appartenait désormais à son quotidien…

Début 1937, Szymanowski partit se faire soigner en France. ‘Avant un de mes concerts, au Casino de Cannes’, se souvenait Arthur Rubinstein, ‘j’eus l’occasion d’aller voir mon pauvre Karol, qui était alité dans une clinique de Grasse. C’était désespérant de le voir ainsi délabré. Il avait perdu sa voix, ne pouvait plus que murmurer (…) “je pensais que je ne le reverrais plus jamais”, ajoute-t-il plus loin’.

Juste pressentiment. Szymanowski était installé depuis peu dans une clinique de Lausanne quand, le 29 mars 1937, la mort l’emporta. L’Etat polonais lui organisa des funérailles officielles et, insulte suprême, lors du retour de sa dépouille à Varsovie, demanda à ce que le train fasse halte à Berlin afin que l’Allemagne nazie lui rende les honneurs militaires.

Retour enfin au germanisme des années de jeunesse avec la très straussienne Ouverture de Concert en mi majeur qui fut écrite entre 1904 et 1905 et créée avec succès lors du premier concert du Groupe “Moda Polska”, le 6 février 1906. Plus convaincante que la Symphonie nº 1 (1907), cette partition, malgré des références appuyées à l’auteur de Till l’Espiègle témoigne d’une imagination mélodique et d’un sens de la couleur orchestrale indéniables.

Ce n’est en rien faire injure au génie de Karol Szymanowski que d’affirmer que sa Symphonie nº 1, op. 15 n’appartient pas à ce qu’il lègue de plus essentiel. “Un monstre orchestral harmonico-contrapuntique” : ainsi devait-il d’ailleurs lui-même qualifier cet ouvrage achevé en 1907, deux ans après l’Ouverture de Concert, op. 12—que l’on avait pu entendre lors du premier concert du groupe “Mloda Polska” en février 1906.

Le compositeur eut également à plusieurs reprises l’occasion de tenir la partie de piano de sa Concertante—il en fut le créateur aux côtés de Fitelberg, le 9 octobre 1932 à Poznan´—et c’est d’ailleurs cette perspective qui l’avait guidé dans la rédaction d’une partition où la dimension poétique prime toujours la démonstration digitale. “oeuvre orchestrale avec piano obligé plutôt que concerto virtuose” selon la définition de Christopher Palmer, la Symphonie nº 4 adopte une structure très classique en trois mouvements. On y découvre d’abord un Moderato, tempo comodo remarquable par son invention rythmique, son mordant et sa diversité d’atmosphères. D’un grand raffinement dans les coloris, l’Andante molto sostenuto culmine lors d’un puissant crescendo et s’enchaîne bientôt avec l’Allegro non troppo conclusif. Introduit par la percussion, cet épisode éclatant fait appel à une danse populaire polonaise : l’oberek et, si l’on excepte une section médiane plus apaisée, se singularise par sa vivacité extrême, “presque orgiaque” selon les mots de l’auteur.

Troisième des Quatre Etudes pour piano, op. 4, l’ Etude en si bémol mineur est une page emplie d’un post-romantisme représentatif des débuts du musicien. C’est à Grzegorz Fitelberg que l’on doit l’orchestration dans laquelle on l’entend ici.

Alain Cochard


Close the window