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8.572174 - MESSIAEN, O.: Poemes pour Mi / Les offrandes oubliees / Un sourire (Schwanewilms, Lyon National Orchestra, Markl)
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Olivier Messiaen (1908–1992)
Poèmes pour Mi • Les offrandes oubliées • Un sourire

 

Olivier Messiaen naquit le 10 décembre 1908 en Avignon dans une famille littéraire. Son père était un éminent traducteur de littérature anglaise, et sa mère, Cécile Sauvage, publiait des poèmes. Tout enfant, Messiaen fit montre d’un talent musical précoce, et à onze ans il entrait au Conservatoire de Paris, où il étudia le piano, la composition et l’orgue. Après s’être diplômé, il devint organiste en l’Église de la Trinité à Paris de 1931, occupant ce poste jusqu’à son décès, et sa contribution au répertoire d’orgue est sans doute la plus importante de l’histoire de la musique depuis Bach.

En 1932, Messiaen épousa la violoniste Claire Delbos, et cinq ans plus tard elle lui donna un fils. Il fut capturé pendant la Deuxième Guerre mondiale alors qu’il avait été mobilisé et servait en tant qu’infirmier et il fut détenu à Görlitz, en Silésie. C’est là qu’il composa l’une de ses oeuvres les plus célèbres, son Quatuor pour la fin du temps, qui fut créé dans le stalag par quatre prisonniers de guerre. Libéré en 1941, Messiaen rentra à Paris et accepta un poste d’enseignant au Conservatoire. Vers la fin de la guerre, sa femme se mit à présenter des troubles mentaux, séquelles d’une opération. Sa condition empira progressivement et elle finit par être hospitalisée jusqu’à sa mort, survenue en 1959.

Depuis son adolescence, Messiaen était passionné par les chants d’oiseaux ; il décrivit un jour ces animaux comme étant probablement ‘les plus grands musiciens qui existent sur notre planète’. En 1953, il commença à parcourir la France, retranscrivant méticuleusement différents chants d’oiseaux et les employant dans sa musique. Dans les années 1960, alors que sa réputation internationale grandissante le menait de plus en plus loin, au Japon, en Iran, en Argentine ou en Australie, il accrut ses tournées de concerts pour poursuivre ses recherches de chants d’oiseaux, souvent accompagné par sa seconde femme, la pianiste Yvonne Loriod, qu’il avait épousée en 1961. La fin des années 1960 et les années 1970 furent marquées par une série d’oeuvres monumentales illustrant les idées et les phénomènes qui l’inspiraient le plus : l’oratorio La transfiguration de notre Seigneur Jésus-Christ (1965–9) et l’opéra Saint François d’Assise (1975–83) furent des actes de dévotion à sa foi catholique, et la pièce orchestrale Des canyons aux étoiles…(1971–4) lui fut inspirée par les chants d’oiseaux ainsi que les couleurs et la majesté de Bryce Canyon, dans l’Utah, qu’il visita en 1972. Messiaen cessa d’enseigner en 1978, mais continua de composer jusque peu de temps avant sa mort.

Messiaen vécut et travailla à une époque où les compositeurs occidentaux rejetaient bon nombre des styles qui avaient évolué au cours des trois siècles précédents pour en inventer de nouveaux. Si Messiaen était lui-même un novateur, il demeurait en marge de ses contemporains, car sa musique naissait d’une profonde foi religieuse et de son émerveillement envers la nature en un temps où la sécularité et le détachement étaient beaucoup plus en vogue. En sa qualité d’enseignant, il exerça une énorme influence sur une nouvelle génération de compositeurs précurseurs comme Boulez et Stockhausen, mais alors que ceux-ci cherchaient à se libérer de toute tradition, l’univers sonore de Messiaen présente toujours une rayonnante beauté qui semble découler naturellement des ravissantes harmonies des compositeurs français du début du XXe siècle tels que Debussy, qui fut d’ailleurs le premier à éveiller sa passion pour la musique.

En 1936, Messiaen et Claire Delbos passèrent l’été dans la maison qu’ils venaient de se faire construire à Petichet, dans les Alpes françaises. C’est là que Messiaen se sentait vraiment chez lui, et les Poèmes pour Mi furent les premières de nombreuses oeuvres qu’il écrivit là-bas. Mi (le nom d’une note, mais aussi celui de la plus aiguë des cordes d’un violon) était le surnom qu’avait donné Messiaen à Claire, et ces neuf poèmes écrits par le compositeur avant de les mettre en musique sont avant tout une série de chants d’amour pour son épouse.

Les Poèmes pour Mi ne sont pas une expression romantique ou sentimentale de l’amour ; en réalité, ils sont imprégnés d’un sentiment extrêmement personnel de mystère et de spiritualité, dépeignant l’amour humain comme inextricablement lié à l’amour de Dieu et de la nature. Dans Action de grâces, Messiaen loue Dieu de lui avoir offert la nature et sa bien-aimée. Le paysage brosse un tableau idyllique des lacs et des environs de Petichet. Les paroles initiales de La maison, ‘Cette maison nous allons la quitter’, font référence à la mortalité des hommes; raffermi par l’amour et la foi, le portrait que fait Messiaen de la mort est paisible et transcendant. L’atmosphère s’assombrit dans Épouvante, avec une vision terrifiante de la souffrance des souvenirs perdus. Cette mélodie est particulièrement poignante si l’on songe à l’amnésie et à la maladie mentale qui devaient flétrir l’existence de Claire à partir du milieu des années 1940. Dans L’épouse, Messiaen compare l’union de l’homme et de la femme à celle du Christ et de l’Église. Ta voix compare la voix de la bienaimée à celle d’un oiseau qui s’éveille au printemps, faisant la joie de Dieu. Les deux guerriers sont un homme et une femme qui combattent l’obscurité et le mal en avançant ensemble vers Dieu. Le collier compare avec une délicieuse sensualité ce bijou à l’étreinte matinale de la bien-aimée. Le cycle se clôt avec la Prière exaucée, qui loue joyeusement Dieu, l’amour humain et la nature.

Les Poèmes pour Mi furent créés à Paris le 28 avril 1937 dans leur version originale pour voix et piano. Ils étaient interprétés par la soprano préférée de Messiaen, Marcelle Bunlet, accompagnée par le compositeur. La version orchestrale que l’on entend sur cet enregistrement, que Messiaen réalisa en 1937, mit plus longtemps à séduire les mélomanes et ne fut pas exécutée intégralement avant 1949.

Messiaen écrivit Les offrandes oubliées, sa première oeuvre orchestrale publiée, durant l’été 1930, juste après avoir achevé ses études au Conservatoire de Paris. La création, donnée six mois plus tard, fut largement relayée par la presse ; dans Les amitiés (1931), le critique Guy Chastel remarquait l’audace de ces pages, soulignant qu’une musique aussi élevée et émotionnelle ainsi inspirée par la foi était d’une originalité rafraîchissante dans le monde musical contemporain.

L’ouvrage est sous-titré ‘Méditation symphonique’ et se divise en trois parties: deux sections extrêmement lentes en flanquent une troisième, violente et sauvage. Dans un bref poème en tête de la partition, Messiaen décrit la lente et triste ouverture comme une illustration du sacrifice du Christ sur la croix ; dans la section centrale, il compare la chute frénétique et perpétuelle de l’homme à une descente dans la tombe ; et la conclusion, marquée ‘avec une grande pitié et un grand amour’, représente l’Eucharistie et nous rappelle l’amour du Christ pour l’humanité.

Un sourire était une commande passée à Messiaen par le chef d’orchestre polonais Marek Janowski, qui souhaitait créer une pièce orchestrale ‘dans l’esprit de Mozart’ le 5 décembre 1991 à l’occasion du bicentenaire de la disparition du compositeur. Dans ce bref hommage de neuf minutes, Messiaen ne tente aucune allusion stylistique à Mozart ; le langage musical est bien le sien, alternant des sections lentes d’accords mystiques avec des passages perçants et rythmiques fondés sur des chants d’oiseaux. Messiaen expliquait avoir plutôt choisi de saluer l’attitude de Mozart envers l’existence: ‘Malgré les deuils, les souffrances, la faim et le froid, l’incompréhension, et la proximité de la mort, Mozart souriait toujours. Sa musique souriait aussi. C’est pourquoi je me suis permis, en toute humilité, d’intituler mon hommage: Un sourire.’


David McCleery
Traduction française de David Ylla-Somers


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