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8.572270 - BIZET, G.: Clovis et Clotilde / Te Deum (Jovanovic, Do, Schnaible, Pas-de-Calais North Regional Choir, Lille National Orchestra, J.-C. Casadesus)
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Georges Bizet (1838–1875)
Clovis et Clotilde • Te Deum

 

Georges Bizet naquit à Paris en 1838. Son père, Adolphe Armand Bizet, descendait d’une famille d’artisans de Rouen et s’était d’abord établi à Paris en qualité de perruquier et de barbier, mais lors de son mariage en 1837, il se définit comme un professeur de chant. Georges était fils unique, et sa mère, qui s’était mariée en dépit des objections de sa famille, était une pianiste de talent. Bizet prit ses premières leçons de musique avec ses parents, et avec son oncle, professeur de chant très couru, et sa tante, pianiste elle aussi, qui lui apprit des rudiments de solfège et d’harmonie. Ses dons précoces pour la musique et sa remarquable mémoire musicale poussèrent son père à lui suggérer une carrière de compositeur, assouvissant à travers lui sa propre ambition, demeurée embryonnaire. Le jeune garçon fut reçu au Conservatoire à dix ans, remportant divers prix et prenant tout de même quelques leçons avec Charles Gounod. En 1853, il devint l’élève de Fromental Halévy, compositeur d’opéra prolifique dont il épousa la fille en 1869, même si celle-ci était, à l’instar de sa mère, sujette à des accès d’instabilité mentale.

C’est en 1856 que Bizet fit sa première tentative pour décrocher le Prix de Rome, qui réclamait la composition d’une cantate sur un texte donné, à écrire dans des conditions draconiennes. A cette occasion, le texte imposé était David, de Mlle Chevalier de Montréal, qui écrivait sous le nom de plume Gaston d’Albano. Cette année-là, le premier prix, consistant en un séjour à la Villa Médicis de Rome et cinq ans de bourse, ne fut pas remis, et Bizet reçut le second prix, honneur qui lui permit d’accéder gratuitement à tous les théâtres musicaux de Paris. En 1857, le texte imposé pour le concours était Clovis et Clotilde d’Amédée Burion, auteur ambitieux quoique médiocre. Cette foisci, les jurés du pan musical de l’Académie des Beaux- Arts de l’Institut de France décernèrent le premier prix, avec les cinq années de traitement, à Charles Colin, qui devint par la suite professeur de hautbois au Conservatoire, et le second prix, une bourse de quatre ans, à Bizet. Mais en fin de compte, l’Académie dans son ensemble, avec des représentants de tous les arts, décerna le Grand Prix de Rome à Bizet, lui permettant de partir pour la ville éternelle fin décembre 1857 ; il y arriva vers la fin du mois de janvier.

La cantate du Prix de Rome Clovis et Clotilde met en musique un texte visiblement approuvé par Gounod, le mentor de Bizet, toujours disponible pour lui prodiguer ses conseils. L’écrivain Amédée Burion, qui par la suite signa une série d’ouvrages de type religieux, n’était pas particulièrement talentueux. Son livret, lauréat des textes proposés pour le Prix de Rome, retrace la conversion du roi franc Clovis au christianisme par l’entremise de son épouse Clotilde. Le véritable Clovis vainquit les Alamans lors d’une bataille livrée sur les rives du Rhin en 496, attribuant sa victoire au Christ. Il fut baptisé par l’évêque Remigius (Rémy) en la cathédrale de Reims, établissant ensuite sa domination sur les Francs sur tout un territoire qui est la France d’aujourd’hui et unissant les Francs et les Gallo- Romains avant d’établir dans son royaume la chrétienté catholique plutôt qu’arienne.

A la manière dont Bizet met le texte en musique, on peut assister à l’éclosion de ses dons de compositeur de théâtre, même dans le cadre étroit des conventions du Prix de Rome. La partition présente l’aspect illustratif attendu, avec une prière implorante, les sons du combat et du désarroi tandis que Clovis relate sa victoire, et la vénérable sagesse de Saint Rémy. Comme pour le Te Deum, Bizet a trouvé l’occasion de réutiliser une partie du matériau de sa cantate dans son opéra Les pêcheurs de perles, qui contient des éléments empruntés aux deux ouvrages. La cantate a fourni l’air de Leila du deuxième acte O courageuse enfant, et le Te Deum a été réutilisé pour une partie de l’invocation à Brahma du premier acte. Clovis et Clotilde fut repris pour la première fois en 1988, à l’occasion de la célébration du cent cinquantième anniversaire de la naissance de Bizet.

Le Prix de Rome était lié à diverses obligations, et il fallait notamment que le lauréat soumette des envois annuels, compositions tributaires de l’approbation de l’Académie. La première composition de Bizet à Rome fut un Te Deum, qu’il présenta pour le Prix Rodrigues, concours ouvert aux titulaires du Prix de Rome. Son ouvrage ne remporta pas le prix espéré et Bizet, manquant comme souvent d’assurance vis à vis de ses nouvelles compositions, conclut qu’il n’était pas fait pour la musique religieuse, décidant de ne pas envoyer de messe à Paris. En fait, il était plutôt attiré par Mozart et Rossini, qu’il considérait comme les plus grands musiciens du monde, tout en professant le respect dû à Beethoven et Meyerbeer, ainsi qu’il le déclarait dans une lettre envoyée aux siens. Son premier envoi de Romefut donc un opéra-comique, Don Procopio, qui, même s’il dérogeait aux usages, fut d’abord bien reçu par le comité parisien ; toutefois, cette entorse au règlement lui valut par la suite une remontrance d’Ambroise Thomas, qui rappela à Bizet les impératifs liés au Prix. Son deuxième envoi fut une ode symphonique, Vasco da Gama, d’après Camõens, et le troisième consistait en deux mouvements d’une symphonie inachevée (qui allaient s’intégrer à la Symphonie Roma), ainsi qu’une ouverture, La chasse d’Ossian. Les dignitaires parisiens jugèrent ces compositions raisonnablement acceptables.

En septembre 1860, Bizet revint à Paris plus tôt que prévu en raison de l’état de santé de sa mère. Il gagnait désormais sa vie en écrivaillant pour le théâtre et pour les éditeurs, trouvant aussi le temps pour des projets plus ambitieux, comme l’opéra Les pêcheurs de perles, qui obtint un modeste succès au Théâtre-Lyrique en 1863, suivi, en 1867, par La jolie fille de Perth, produit dans la même salle. En 1872, l’opéra Djamileh, monté à l’Opéra-Comique, essuya un échec, tout comme la partition originale du mélodrame L’Arlésienne, écrit en collaboration avec Alphonse Daudet. Il connut son succès le plus important et le plus durable grâce à l’opéra Carmen, créé en 1875 à la suite de difficultés considérables. L’ouvrage n’avait toujours pas quitté l’affiche lorsque Bizet mourut brutalement cette même année.

On peut s’interroger sur l’évaluation par Bizet de ses propres capacités, qui selon lui tendaient clairement du côté du théâtre, même si bon nombre de ses projets pour l’opéra demeurèrent soit inachevés, soit furent abandonnés à peine esquissés. Son Te Deum ne remporta pas le prix escompté, celui-ci revenant à Adrien Barthe, le seul autre compositeur de cinquième et dernière année de bourse. L’ouvrage, dont l’orchestration comportait à l’origine un ophicléide (généralement remplacé par un tuba), débute dans un style grandiose et emphatique qui se modifie sur les paroles Tibi omnes Angeli (A Toi tous les anges), énoncées plus paisiblement avec un accompagnement de clarinettes, de bassons et de cordes sur les temps faibles, au-dessus du rythme pointé insistant des violoncelles et des contrebasses. Le choeur à quatre voix introduit un ténor soliste qui entonne sur un accompagnement léger le texte Patrem immensae majestatis (Père d’infinie majesté). La soprano soliste chante les mots Sanctus, Sanctus, repris par le choeur. Le mouvement s’achève comme il avait commencé, avec les paroles initiales et leur musique répétées d’une manière qui traite le texte du cantique avec une certaine liberté. La seconde section de l’ouvrage présente un rythme pointé d’accompagnement opératique pour les cordes et un solo introductif du trombone, puis la soprano reprend le thème. Le ténor suit, rejoint par les basses sur les paroles Judex crederis (Nous croyons que tu seras notre juge), sotto voce, puis par l’ensemble des chanteurs. La troisième section, Te ergo quaesumus (Ainsi, nous Te prions), débute avec les bois, suivis des cordes avec sourdine qui accompagnent la soprano, bientôt rejointe par le choeur. Le Fiat misericordia tua (Accorde-nous Ta miséricorde) final introduit l’écriture contrapuntique typique de ce genre de composition, le sujet fugué se voyant abrégé alors qu’il mène à l’hymne de louanges final, le même qui ouvrait le Te Deum.


Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers


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