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8.572366 - SAURET, E.: Violin and Piano Music - Scenes villageoises / Souvenir d'Orient / Souvenir de Los Angeles (Wiancko, Vainshtein)
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Émile Sauret (1852–1920)
Musique pour violon et piano

 

Violoniste et compositeur, enfant prodige et virtuose de renom international, Émile Sauret connut pendant plus d’un demi-siècle une carrière jalonnée de succès extraordinaires sur deux continents. Il était né en 1852 à Dun-le-Roi en France, mais on possède peu d’informations sur le début de sa vie et sur sa formation. Selon certaines sources contemporaines, il suivit des cours au Conservatoire de Paris, d’autres soutiennent que c’était au Conservatoire de Strasbourg. On ne sait pas de façon certaine s’il s’inscrivit au Conservatoire de Bruxelles, mais le fait est qu’il étudia avec le célèbre violoniste et professeur belge Charles de Bériot, ainsi qu’avec Henri Vieuxtemps, à qui il dédia une partie de son Gradus ad Parnassum du violoniste. Ce qui est sûr, toutefois, c’est que dès ses huit ans, Sauret était déjà invité à donner des concerts publics à Vienne, Londres et Paris, où il se produisit souvent à la cour de Napoléon III. Sa réputation ne tarda pas à croître, et il commença à effectuer des tournées européennes qui le menèrent en Russie, en Suède, en Angleterre, en France, en Italie et en Allemagne, entre autres pays. Les critiques étaient unanimes pour vanter son intensité émotionnelle, la délicatesse de son phrasé, sa technique époustouflante et sa phénoménale mémoire musicale.

En 1872, après avoir passé deux ans sous les drapeaux, Sauret effectua le premier de ses nombreuses voyages en Amérique, où il fut vite extrêmement populaire. C’est lors d’une tournée aux Etats-Unis qu’il rencontra celle qui allait devenir sa première femme, la pianiste vénézuélienne Teresa Carreño. Ils se marièrent en 1873, et Teresa donna naissance à une fille peu de temps après, mais le couple divorça à peine deux ans plus tard. La seconde union de Sauret, qui fut plus heureuse, se célébra en 1879. Entre-temps, il continua de voyager, de se produire et d’enseigner. Il était connu non seulement pour son travail de soliste, mais aussi en qualité de musicien de chambre. Il eut de nombreux élèves à titre privé, et occupa également des postes dans diverses institutions, y compris la Neue Akademie der Tonkunst de Berlin, la Royal Academy of Music de Londres, où il s’était fixé en 1890, le Musical College de Chicago, poste qu’il accepta en 1903, et enfin le Trinity College de Londres, où il prit ses fonctions en 1908. La publication de son ouvrage pédagogique Gradus ad Parnassum du violoniste—série d’exercices d’une grande difficulté conçus pour former ses élèves aux compétences qui avaient fait sa renommée—eut lieu en 1896. Depuis 1892, il était également membre de l’Académie royale suédoise de musique. Pendant les dernières années de sa vie, il demeura à Londres, où il s’éteignit le 12 février 1920.

Les Scènes villageoises op. 50 furent dédiées à son ami et élève Frederik Frederiksen, violoniste qui interpréta bon nombre des oeuvres de Sauret. Constitué de quatre mouvements aux titres évocateurs, le morceau fut achevé en 1895 et publié cette même année à Londres et à Leipzig. Le premier mouvement, intitulé Le Matin, débute par un refrain berceur du violon, soutenu par de délicates figurations de la partie de piano, tandis que dans le second, Pastorale, les mélodies mélancoliques du piano et du violon s’entremêlent, atteignant un apogée avant de s’effacer peu à peu. Vieille chanson commence par une mystérieuse introduction de piano, avant l’émergence d’une mélodie lyrique de violon. Elle se fait de plus en plus urgente et passionnée au cours de la section centrale, puis revient à la poignante tendresse de l’ouverture. Dans Danse, enfin, des sonorités rappelant des cloches au piano annoncent une mélodie de danse joyeuse au rythme irrésistible confiée au violon.

On ne sait pas exactement quand Sauret composa son Souvenir de Los Angeles op. 11. Toutefois, il fut sans doute écrit pour la série de concerts qu’il donna dans cette ville en juin et juillet 1875. Commençant de façon hésitante, le douloureux refrain de violon devient progressivement plus orné, jusqu’à ce qu’il laisse place à une deuxième section très nettement différente. Ici, la musique devient de plus en plus virtuose, faisant alterner des envolées lyriques et des passages pizzicato et des trilles au violon. Finalement, les instruments renouent avec l’atmosphère initiale avant de conclure par une cadence théâtrale. Le morceau dans son ensemble utilise beaucoup les doubles cordes, technique pour laquelle Sauret était particulièrement connu.

Les Souvenirs d’Orient op. 63 comportent six mouvements, chacun d’eux avec son titre individuel. Dans le Souvenir de Constantinople - Allegro non troppo introductif, le piano commence avec un geste audacieux qui annonce une mélodie de violon étonnamment douce et extatique. C’est ensuite la Danse colorée, dans laquelle des passages tendres et fluides alternent avec des moments d’espièglerie joueuse, puis la charmante et insouciante Ronde introduit une note d’humour bénin. Le quatrième mouvement, intitulé La Revue, comprend une mélodie enjouée et dansante qui est répétée avant de finir par s’élever en spirale vers un finale plein d’élan. La section suivante, Gondoliera, transporte l’auditeur de l’atmosphère enjouée de la page précédente à une ambiance de deuil éplorée. Pour finir, A Péra conclut le recueil avec une vivacité mutine.

L’évocatrice Farfalla (Papillon) imite le mouvement de l’insecte en question avec des envols et des trilles effervescents dans la partie de violon. Ces sections sont alternées avec des passages mélodiques d’un lyrisme attendrissant, avant de mener à une vive coda où les instruments entremêlés concluent le morceau de manière étincelante. Le puissant et entraînant Scherzo fantastique op. 9, qui semble avoir été publié pour la première fois à Berlin en 1880, met en valeur le flair théâtral du compositeur. Il débute par des octaves graves et grondants du piano, joués à la main gauche, qui introduisent une partie virtuose de violon, débordant d’arpèges, de roulades et de doubles cordes.

A l’évidence, Sauret était un interprète saisissant. Comme le légendaire Paganini avant lui, on considérait son talent si extraordinaire qu’il frisait le surnaturel. « Son jeu a quelque chose de démoniaque », écrivit un critique abasourdi. « Son public est forcé de le suivre, de sentir de rire, de pleurer, de plaisanter ou de s’attrister avec lui. Par la puissante fascination qu’il exerce sur ses auditeurs, il est sans doute le seul violoniste à se rapprocher de Paganini ». Les compositions de Sauret—à la fois lyriques, espiègles, éthérées et extatiques—reflètent cette séduction vitale, qui ouvre à qui les entend les portes d’un univers musical distinctif et envoûtant.


Caroline Waight
Traduction française de David Ylla-Somers


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