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8.572402 - TANSMAN, A.: Clarinet Concerto / Concertino / 6 Movements for Strings (Fessard, Decker, Silesian Chamber Orchestra, Blaszczyk)
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Alexandre Tansman (1897–1986)
Concerto pour clarinette et orchestre • Concertino pour hautbois, clarinette et orchestre à cordes • Six Mouvements pour orchestre à cordes

 

Pour Alexandre Tansman, 1952 est une année particulièrement difficile. Au retour d’un voyage à Venise, les médecins parisiens diagnostiquent chez son épouse, la pianiste Colette Cras, un cancer qui aura une issue fatale. C’est dans ce contexte qu’il dirige à Paris le 5 mai, la première de son oratorio Isaïe le Prophète et qu’il compose aussi le Concertino pour hautbois, clarinette et orchestre à cordes, dont le manuscrit indique sans autres précisions, “Paris 1952”. L’oeuvre est dédiée à Sylvie et Bronis1aw Horowicz, proches amis et soutiens du compositeur en cette période douloureuse. Ce Concertino fut créé en 1953 par l’Orchestre de Chambre de la Radiodiffusion française sous la direction de Pierre Capdevielle.

Avec ses six mouvements, la structure de la composition évoque plus la suite que le concerto. Mais, ce mélange d’éléments néo-baroques (Ouverture, fugue du Final), d’écriture linéaire (Dialogue, Élégie, Canon), de dissonances et rythmes modernistes (Scherzo), d’expressivité intense et sombre (Élégie) est un témoignage de la richesse « polystylistique » de l’art Tansmanien, qui n’écarte aucun des moyens à la disposition du compositeur moderne.

L’Ouverture, pétillante et jubilatoire, commence sur une impulsion rythmique de l’orchestre qui lance un duo volubile des instruments solistes. D’une brève imitation aux vents émerge une intervention tendue de la clarinette, qui combine figurations baroques et effets sonores de jazz, et à laquelle répond un motif plus souriant de quatre notes (si-do#-si-fa#) au hautbois. Après un passage aux cordes seules, une seconde imitation du hautbois par la clarinette introduit un moment plus polyphonique. Cette exposition intégralement reprise, est suivie d’une courte conclusion fondée sur l’impulsion rythmique et la musique volubile du début.

Le Dialogue, très intérieur, apporte un contraste saisissant. Le dialogue porte ici essentiellement sur la conversation entre les deux solistes de ce « Double Concerto », mais aussi sur l’alternance entre des sections réservées aux solistes et d’autres destinées à l’orchestre à cordes, et fondées sur un balancement minimaliste d’accords mystérieux.

Le Scherzo commence avec une musique légère qui oppose solistes et orchestre et continue avec un motif rythmique (noire-deux croches) aux bois, pimenté de secondes dissonantes. Un motif malicieux passe brièvement aux solistes avant un long solo du hautbois assez chromatique et d’ambitus réduit. Plus tard, le chromatisme s’intensifie. Des secondes mineures plaintives, aux cordes seules, précèdent un sévère contrepoint à deux voix, d’abord aux solistes, puis aux violons avant une conclusion combinant le motif rythmique aux cordes et le motif malicieux aux bois.

L’Élégie de caractère grave est entièrement confiée aux cordes. Le cinquième mouvement Canon joue en fait le rôle d’une partie médiane car l’Élégie est reprise intégralement, mais avec sourdines. Le thème du Canon entre successivement au premier violon solo, à l’alto solo, à la clarinette, au hautbois et au tutti des premier violons.

Le Final comporte trois parties. La première possède une légère touche stravinskyenne. En second figure une fugue, dont le sujet entre successivement aux violons II, I, altos et violoncelles. La dernière partie revient littéralement au premier mouvement, avec le thème de la clarinette aux inflexions baroques et de jazz, le motif « souriant » du hautbois et le passage des cordes, alors que les dernières mesures correspondent à la conclusion de l’Ouverture.

Contemporain de l’oeuvre lyrique maîtresse de Tansman, Sabbataï Zevi, Le Faux Messie, le Concerto pour clarinette et orchestre (1957) utilise un orchestre de chambre. Il est dédié au clarinettiste Louis Cahuzac (1880–1960) qui le crée à Paris le 14 juin 1959 avec l’Orchestre de Chambre de la R.T.F. dirigé par Tony Aubin.

En dépit de son apparence traditionnelle en trois mouvements, la conception formelle en est originale et la touche personnelle. L’oeuvre est fondée sur une cellule de quatre notes séparées au milieu par un large intervalle de septième, formule unitaire dont dérive une grande partie du matériau thématique des trois mouvements. L’Introduction et Allegro obéit en fait à une structure tripartite lent-vif-lent. Une section «grise » et mouvante en accords débute aux cordes seules avec sourdines. L’entrée de la clarinette coïncide avec un motif en rythme pointé des violoncelles qui prendra, à la flûte, l’aspect de mystérieux appels. L’Allegro con moto est fondé sur deux thèmes, le premier introduit au hautbois, incorpore à la clarinette une allusion à l’Octuor de Stravinsky. Le second, dans un tempo un peu moins vif, est délicat et expressif. Un tutti de l’orchestre (le seul de l’oeuvre) sur le motif initial de l’Allegro, précède la troisième entrée de la clarinette qui imbrique les deux thèmes. Un ralentissement du tempo marque le retour aux matériaux de l’introduction organisés différemment, avec un rappel à la clarinette seule du second thème.

Dans l’Arioso, l’orchestre se fait discret. Après une introduction syncopée des cordes, se déploie une des plus belles inventions mélodiques de Tansman, tendre et lyrique. La mélodie incorpore la cellule génératrice de l’oeuvre. Un contre-chant mélancolique du hautbois vient donner une touche presque baroque.

Une cadence de la clarinette solo précède la Danza popolare finale, une musique d’inspiration populaire, stylisée à la manière d’un folklore imaginaire. Le thème principal, aux contours sinueux et aux nombreux chromatismes, est exposé aux premiers violons. Après une partie contrastante, le thème initial repris aux altos, puis aux violons I, est continué par la clarinette qui prend une couleur plus extériorisée, presque klezmer.

Les Six Mouvements pour orchestre à cordes, dédiés au compositeur et chef d’orchestre Pierre Capdevielle (1906–1969), sont composés en 1962–1963 à Paris et Rome. Ils sont créés le 2 octobre 1963 par l’Orchestre de Chambre de la R.T.F. dirigé par André Girard. Il ne s’agit pas de six compositions différentes pouvant être jouées séparément, mais d’une oeuvre en six parties qui forment un cycle fortement unifié par de nombreuses relations internes.

Le mouvement initial Introduzione e Allegro giocoso s’ouvre mystérieusement avec une introduction tripartite et aux nombreuses symétries. Des entrées successives en trilles créent une surface sonore mouvante, avec une vie interne très différenciée. L’Allegro, mouvement complexe d’une forte originalité de conception, est construit sur trois idées. La troisième sera en fait le sujet de la fugue conclusive du cycle. Chromatisme atonal et polytonalité sont employés librement, selon les nécessités.

Dirge est une simple forme ternaire ABA´. Le titre est associé au deuil et au rite funéraire. Il s’agit d’un chant sombre et intime, expression d’une douleur authentique.

Le Perpetuum mobile est un mouvement de virtuosité sonore fondé sur des notes ou accords répétés qui prennent parfois l’allure d’une musique de toccata. Trémolos, notes appogiaturées, saltando, staccato, pizzicati, sons harmoniques participent à ces jeux sonores abstraits et modernistes, sans cesse variés, sur ou sous lesquels viennent s’affirmer des thèmes en accords ou des motifs ostinatos. Parfois la musique devient totalement athématique et n’est plus qu’un pur phénomène sonore rythmique. La palette harmonique est aussi d’un large spectre, de la simple dissonance de deux (ou plus) secondes mineures superposées en clusters, d’accords aux structures recherchées, jusqu’à la conclusion résolue sur l’accord d’ut majeur, après une coloration polytonale d’arpèges en si majeur.

L’Intermezzo est à nouveau une forme tripartite ABA´. L’orchestre, avec sourdines, revient aux sonorités raffinées de l’introduction avec les entrées progressives en « éventail ». La partie médiane fait entendre dans l’aigu une première texture contrapuntique de trois lignes, répétée dans une disposition instrumentale différente. Une seconde texture introduite par les seconds violons, aboutit à un apogée, une progression chromatique d’accords de huit sons aux violons et altos divisés, sur une tenue des violoncelles. La dernière partie revient aux matériaux de la première mais de manière inversée.

Le Scherzino est une pièce rythmique qui commence en pizzicati avec des motifs condensés et saturés de secondes mineures et de quartes augmentées qui dissolvent la tonalité. De cette urgence rythmique d’une facture plus sonore que thématique, affleurent, par trois fois, des dessins plus mélodiques.

La Fugue obéit à une structure libre et inventive, dans laquelle le compositeur réintroduit à la fin, des éléments empruntés au Perpetuum mobile. La construction du sujet est caractéristique, avec son saut initial de septième descendante et ses six sixtes alternant avec des chromatismes.


© 2010 Gérald Hugon


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