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8.572604 - RODE, P.: 12 Etudes for Violin Solo / Duos for 2 Violins (N. and R. Koeckert)
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Pierre Rode (1774–1830)
Douze Etudes pour violon seul • Trois Duos pour deux violons

 

Jacques Pierre Joseph Rode naquit à Bordeaux le 16 février 1774. Fils de parfumeur, il manifesta un talent musical précoce et fut emmené à Paris dès l’âge de treize ans par son professeur, Flauvel. Peu après son arrivée à Paris, Rode devint l’élève vedette de Giovanni Battista Viotti, le violoniste le plus en vue de l’époque et fondateur de l’école de violon française moderne. Encore adolescent, Rode effectua sans doute ses débuts de soliste en 1790 avec le Concerto pour violon n° 13 de Viotti ; il intégra aussi l’orchestre du Théâtre de Monsieur, où il rencontra celui qui allait être son confrère toute leur vie durant, Pierre Baillot. 1792 fut l’année où Rode fit sa percée. A l’occasion des concerts traditionnels de la Semaine Sainte, il se produisit six fois entre le 1er et le 13 avril, jouant notamment deux concertos de Viotti. Pendant les seize ans qui suivirent, Rode mena une existence de virtuose itinérant, même s’il rejoignit le corps enseignant de la classe de violon du Conservatoire de Paris nouvellement fondé. Tout en étant associé au Conservatoire, Rode collabora avec Baillot et Kreutzer sur une méthode d’instruction du violon. Rode fut nommé violon solo pour la musique particulière du Premier Consul (Napoléon) et fut brièvement premier violon à l’Opéra. Il passa quatre ans en Russie (1804–1808), où il fut nommé violoniste de cour auprès du tsar. A son retour à Paris à la suite de ce séjour russe, il connut un revers de fortune : au lieu de retrouver le succès qui l’avait porté depuis son arrivée de Bordeaux à treize ans, le public ne reçut ses prestations qu’avec tiédeur. Spohr, qui l’entendit souvent avant et après son aventure russe, écrivit qu’après la Russie il trouvait le jeu de Rode “froid et maniéré”. Rode recommença à sillonner l’Europe en 1811 ou 1812. A Vienne fin 1812, il créa la Sonate pour violon op. 96 de Beethoven avec l’archiduc Rodolphe. Il passa une bonne partie de la période comprise entre 1814 et 1821 à Berlin, où il connut et épousa sa femme et devint un intime de la famille Mendelssohn. Lorsque Rode et son épouse quittèrent Berlin, la mère de Mendelssohn écrivit : “le charme de nos soirées musicales d’hiver…s’est complètement terni”. En 1821, Rode retourna se fixer dans la région de Bordeaux, où il vécut dans une sorte de demi-retraite. En 1828, il tenta une dernière fois de donner un concert public à Paris, mais ce fut un tel fiasco que pour certains musicologues, il précipita son décès, survenu le 26 novembre 1830.

Les oeuvres de Rode représentent la pleine effloraison de l’école de violon française dont l’origine remonte à l’arrivée de Viotti à Paris en 1782 et, à l’instar de celui-ci, qui était son mentor, Rode composa presque exclusivement pour son propre instrument. On lui doit des sonates, des quatuors, des airs variés, treize concertos pour violon, diverses pièces en tous genres, ainsi que des oeuvres pédagogiques, et notamment les 24 Caprices en forme d’Etudes (Naxos 8.570958). Alors que les 24 Caprices ont à juste titre pris leur place au répertoire comme l’un des plus importants recueils de ce type, Rode laissa à sa mort un autre recueil de douze études qui illustrent ses talents intacts en matière d’écriture pour violon seul. De telles oeuvres sont certes pédagogiques, mais entre les mains de Rode, ce sont aussi des oeuvres d’art dignes d’être exécutées en public. Le don caractéristique de Rode pour les mélodies charmantes se prête particulièrement bien à ses duos pour violon. Comme on peut le lire sur le site Web du Grove, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, les duos pour deux instruments à voix égales étaient “particulièrement populaires auprès des amateurs”, et “même si une bonne partie de ce répertoire était simple du point de vue technique et léger du point de vue musical, il sut attirer des compositeurs comme Pleyel, Mozart et Boccherini”. Rode apporta son importante contribution au genre avec deux livres de trois duos chacun. L’importance de la musique écrite pour que des amateurs puissent la jouer chez eux a largement été oubliée à une époque où l’on peut instantanément avoir accès à une vaste quantité d’enregistrements musicaux, mais on peut déceler un peu de leur importance et de leur attrait dans les paroles que prononça Leah Mendelssohn, la mère de Félix et de Fanny, lorsque Rode quitta Berlin après y avoir séjourné pendant six ans : “Sa jolie femme et lui sont un couple délicieux, on le voit bien ; il était si aimable qu’il jouait pour nous à chaque fois que nous le souhaitions, et c’était un immense plaisir que d’accompagner un artiste aussi excellent pour les enfants, qui essayaient de se montrer à la hauteur de son talent d’interprète.” Fanny chantait ses propres lieder à Rode lors de ces réunions intimes, et Rode composa pour elle “un petit souvenirmusical”. Deux des compositions de chambre de Rode (des quatuors) sont dédiés à Félix Mendelssohn. Les duos reflètent cette agréable atmosphère domestique et regorgent d’une simplicité ensoleillée.

Les Douze Etudes pour violon seul furent publiées après la mort de Rode en 1830. Sa veuve vendit le manuscrit à Launer, lui-même violoniste et éditeur musical. Outre les Douze Etudes, Launer publia le Concerto n° 13 de Rode, ainsi que trois séries de variations. L’Etude n° 1 en sol majeur est marquée Andante et présente un thème gracieux joué en doubles cordes du début jusqu’à la fin. L’Etude n° 2 en ré mineur (Allegro moderato) contient des glissandos chromatiques par doubles croches. L’Etude n° 3 en mi bémol majeur (Vivace) est une vive galopade par triolets spiccati tout au long du morceau. L’Etude n° 4 en ré mineur (Moderato) est marquée legato e dolce et met à l’épreuve le legato du violoniste sur des doubles croches continues. L’Etude n° 5 en si bémol majeur (Andantino), marquée duetto cantabile, est un gracieux duo en doubles cordes—celles-ci sont présentes pendant presque tout le morceau. L’Etude n° 6 en mi majeur (Presto) est une pièce aux airs farouches avec des coups d’archet marqués et de nombreux trilles, et elle met l’endurance de l’interprète à rude épreuve. Comme beaucoup des morceaux des fameux 24 Caprices, l’Etude n° 7 en fa majeur comporte des sections contrastées. L’Etude commence par une section adagio comportant des glissandos, des trilles et des doubles cordes. La section de moderato suivante présente un flot ondoyant de doubles croches qui soulignent la note de “basse” tombant sur le temps. L’Etude n° 8 en si mineur (Allegro risoluto) est un exercice de rythmes pointés. L’Etude n° 9 en sol majeur (Allegro moderato) est une étude qui fait alterner les coups d’archet legato et marcato. L’Etude n° 10 en fa mineur est une nouvelle étude en deux parties. L’Etude débute par un Adagio à 3/4 ; elle laisse place à un Allegro agitato à 4/4 consistant largement en des triolets de doubles croches. Du point de vue de la notation, l’Etude n° 11 en ut majeur est sans doute la plus exceptionnelle des oeuvres de Rode. La Fantasia initiale et l’Allegro moderato et Adagio suivants se dispensent des barres de mesure ; c’est seulement avec le début de la section Vivace conclusive que l’Etude est notée de la manière traditionnelle. Fait intéressant, cette étude ne s’achève pas en ut majeur, mais elle est suivie sans interruption par l’Etude n° 12 en la mineur (Allegro maestoso). Les mesures finales de l’Etude n° 11 forment un pont vers l’Etude n° 12 ; une gamme mélodique mineure en la mineur et un accord débutant sur un mi—la dominante de la mineur—sont suivis de l’Etude n° 12, expression dramatique (deux blanches suivies d’un dessin de gammes descendantes) en la mineur. Le drame se poursuit avec vigueur par des doubles cordes et divers dessins de gammes, pour s’achever définitivement en la mineur.

Rode écrivit plusieurs recueils de duos pour violon, et ceux-ci illustrent le meilleur versant de sa sensibilité mélodique. Bien qu’il ne s’agisse pas de pièces virtuoses, ce sont des pièces bien agencées et mélodieuses, à la manière de morceaux similaires de Mozart et de Boccherini. Le premier livre de trois duos fut d’abord publié par une maison d’édition dont Rode et quatre autres compositeurs étaient partenaires. Le second livre de trois duos, également publié à Paris par le « Magasin de musique » de Cherubini, Méhul, Kreutzer, Rode et Boieldieu, fut dédié “A Son Excellence le Sénateur Teploff, premier violoniste de Sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies” et avait probablement été écrit vers l’époque où Rode séjourna en Russie. Les premiers mouvements des duos de Rode sont typiquement constitués de deux sections principales : la première section présente le matériau thématique avec quelques modifications à mesure que le matériau est répété (et avec diverses figurations), et la deuxième section comporte une section “centrale” puis du matériau de la première section retravaillé. Le Duo en mi bémol majeur (Livre 1, n° 1) débute par un gracieux Moderato ; la section initiale commence par une première phrase de blanches et un dessin de rythme pointé ascendant suivi d’un thème forte. Après que le matériau a été varié, le second violon joue un accompagnement ondulant pour la mélodie lyrique principale du mouvement. La deuxième section présente à la fois du matériau nouveau et des éléments déjà entendus, et se referme sur des accords double forte. Le duo s’achève par un Rondo Allegro à 3/4 à la manière vive et gracieuse de Rode, la mélodie du rondo alternant avec des sections faisant contraste. Le Duo en sol majeur (Livre 1, n° 2) compte lui aussi deux mouvements. Le mouvement initial (Maestoso) fait alterner des phrases forte et piano, finissant par mener à un thème lyrique au premier violon, auquel fait suite une élaboration de triolets s’achevant par des accords forte. La seconde section suit le schéma coutumier du matériau central, suivi par une nouvelle version du matériau de la section d’ouverture. Le Rondo à 2/4 est l’un de ces finales tout en délicatesse dont Rode avait le secret, et sa bonne humeur est communicative.

Si les duos du Livre 1 suivent le schéma mouvement initial/rondo, ceux du Livre 2 comportent tous trois mouvements au lieu de deux, et aucun d’eux ne s’achève par un rondo. Le premier mouvement du Duo en ut majeur (Livre 2, n° 2), Allegro con moto, suit le schéma habituel de Rode, avec deux grandes sections (commençant par un motif ascendant à l’unisson), un “centre” au début de la deuxième section, répétition du matériau de la section initiale légèrement varié et se concluant sur des accords forte. L’Allegro con moto est suivi d’un bref Adagio qui mène immédiatement à un mouvement Andante con variazione (un poco allegretto) au lieu du rondo habituel ou finale rapide. Le mouvement comporte l’énonciation du thème et trois variations, et se clôt sur des accords fortissimo.


Bruce R. Schueneman
Traduction française de David Ylla-Somers


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