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8.572623 - MAILLARD, R.: Surviving after Hiroshima / Concerto Grosso / Concerto da Camera No. 2 (Jouffroy, Royal Philharmonic, Dervis-Bournias)
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René Maillard (b. 1931)
Survivre après Hiroshima • Concerto Grosso • Concerto da Camera No. 2

 

Peu de temps après l’obtention de son Prix de Rome, l’affrontement avec les réalités de la vie avait eu rapidement raison des “grandes espérances” de ce compositeur. L’indépendance, aussi bien matérielle que philosophique, dont il a toujours fait preuve, avait obligé cet artiste à se reconvertir à la “vie civile”, celle qui permet d’assurer le bien être matériel, à défaut de la consécration. Et pourtant, les quelques oeuvres qu’il avait eu le temps d’écrire démontraient que ce musicien était en pleine possession de son art. N’appartenant à aucune chapelle, il laissait s’exprimer une sensibilité profonde et une imagination naturelle. Son Concerto da Camera, écrit en 1953 et donné en première audition publique à l’Ecole Normale de Musique de Paris le 21 mai 1954 par Bernard Wahl, à la tête de l’Orchestre de chambre de Versailles, rencontra à l’époque un certain succès; l’auteur avait écrit ici une oeuvre sincère, directe, destinée à un public presque populaire. Après avoir marqué un point d’orgue, qui a duré plus de 40 ans!, c’est au début des années 2000 que René Maillard est revenu à la composition…

Né le 8 avril 1931 dans la banlieue parisienne, à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), René Maillard fait notamment ses études secondaires au collège Gay-Lussac de Limoges au cours de la seconde guerre mondiale. Il se souvient d’ailleurs parfaitement de son tout premier professeur de violon dans cette ville, Charles Paillier, pour lequel il conserve une profonde estime. Elève ensuite d’Arthur Hoérée (1897–1986), professeur de composition à l’E.N.M., ami d’Albert Roussel et d’Arthur Honegger, qu’il qualifie lui-même de “personnage brillant”, il fréquente également le Conservatoire de Versailles, où il bénéficie de l’enseignement d’Aimé Steck (lauréat du Prix de Rome en 1922) dans sa classe d’écriture, avant d’entrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Dans cet établissement, René Maillard suit les classes d’harmonie, de contrepoint et de fugue de Samuel-Rousseau et de Noël Gallon, où il obtiendra les premières récompenses, puis intègre la classe de composition de Tony Aubin. En 1955 il concourt pour le Prix de Rome avec la scène lyrique d’après Rabelais, Le rire de Gargantua, sur un livret de Randal Lemoine. Interprétée le 28 juin 1955 par l’Orchestre de l’Opéra-Comique, sous la direction de Jean Fournet, avec René Bianco, Louis Rialland et Jacqueline Cauchard, elle est primée par un Second Grand Prix.

René Maillard n’avait pas attendu son Prix de Rome pour taquiner la muse. Il avait déjà notamment composé auparavant un Essai chorégraphique pour piano (1949–1950), créé en 1950 au Théâtre Montansier de Versailles, un Quatuor pour bois (1950) et une fort belle Sonate pour piano (1951) qui sera interprétée à la salle Cortot de l’E.N.M. de Paris, le 16 avril 1953, par Hélène Pignari. C’était d’ailleurs à l’occasion de la première parution en public du Groupe Pentacorde, formé de cinq jeunes compositeurs d’esthétiques diverses: René Maillard, Pierre Doury, Jacques Boisgallais, Bernard Wahl et le canadien Clermont Pépin, qui se produisait parfois lors des concerts du Triptyque de Pierre d’Arquennes. La critique musicale soulignait à cette occasion le style incisif, le rythme étudié et la sensibilité très vive de cette oeuvre. Le 31 mars 1955, c’est Jean Della Valle à son tour qui la jouait dans cette même salle de la rue Cardinet. Cette page pour piano, donnée également par la Radio les 21 mars et 13 mai 1953, était suivie peu de temps après d’une Sonate n° 1 pour alto et piano, interprétée le 15 février 1954 au Cercle Paul Valéry de la rue de Clichy par Colette Delagarde et Denise Chirat, puis d’une autre Sonate pour violon et piano, écrite durant la même période et jouée en première audition publique par Robert Quattrocchi et André Collard le 1er juin 1954 à la Salle Cortot, dans le cadre des concerts du Groupe Pentacorde. Maurice Fueri et Jean Hubeau l’interprétèrent plus tard eux aussi à la Radio, les 17 février et 15 mai 1957. Révisée en 2006, cette nouvelle version sera créée à Paris, le 28 avril 2006, par Geneviève Laurenceau et Lorène de Ratuld.

C’est de cette époque que date le Concerto da Camera n° 1 de René Maillard, l’une de ses oeuvres majeures qu’il révisera également plus tard (2010). Ecrite en deux mois au cours de l’été 1953 et composée pour cordes seulement, cette pièce est conçue dans l’esprit du “concerto grosso”, réservant une part importante aux instruments solistes de l’orchestre. Elle comporte trois mouvements: un Moderato, écrit dans la forme sonate à deux thèmes; un Andante non troppo, utilisant un thème unique présenté par les solistes, puis repris par les différents groupes de l’orchestre; et enfin un Allegro assai avec un sujet principal et en arrière plan des allusions au folklore. Donné à la Radio le 4 mai 1954 par l’Orchestre de chambre Armand Belai, puis par celui de Gérard Devos, ce Concerto fut ensuite exécuté à l’Ecole Normale de Musique le 21 mai, puis par Louis de Froment, à la tête de l’Orchestre de chambre de l’ORTF, le 23 décembre 1956, et plus tard par l’Orchestre de Nice le 15 mai 1958. L’année 1956 sera particulièrement riche sur le plan créatif, avec un Trio à cordes (révisé en 2005), une mélodie Le Rougegorge sur un poème de Paul Fort, une Sérénade pour quintette à vents et une scène lyrique pour soprano ténor, baryton et orchestre, d’après Molière, livret de Charles Clerc: Le mariage forcé, donnée en première audition à l’Opéra de Paris, le 27 juin 1956.

En 1957, René Maillard entre chez EMI, comme directeur artistique. Durant trois années il est en quelque sorte, suivant sa propre expression, “le façonnier” de grands artistes, tels Samson François, Paul Tortelier ou encore Villa-Lobos. Mais ce genre de travail ne correspond guère à ses aspirations! En outre, cette situation est peu rémunératrice et ne lui laisse aucun instant de répit pour composer! Dépité, et de plus se heurtant à un système institutionnel décourageant les jeunes compositeurs à se produire, René Maillard démissionne d’EMI, renonce à toute carrière musicale et se résout à faire profession dans un tout autre domaine. C’est ainsi qu’il est recruté comme cadre supérieur par un important laboratoire pharmaceutique américain (absorbé plus tard par les Laboratoires Roche), où il dirige notamment les secteurs des ventes et de la formation. Peu de temps avant d’abandonner à regret la musique, il compose néanmoins une page pour orchestre intitulée Tre partite attaccate (devenue plus tard le Concerto da camera n° 2), créée par Serge Baudo au Festival d’Aix-en-Provence le 23 juillet 1960, et surtout, un Contre Pas pour quintette à vent et orchestre à cordes (révisé en 2003 avec ajout d’un final, Adagio moderato - Allegro molto e giocoso, et renommé Concerto Grosso). Cette dernière pièce, commandée en 1961 par l’Etat, ne fut jamais exécutée à l’époque faute d’argent pour faire établir le matériel d’orchestre! Ce n’est que près d’un demi-siècle plus tard qu’elle sera jouée et enregistrée (2009)…On lui doit également quelques autres oeuvres, écrites dans les années cinquante ou soixante, notamment une Suite sur des thèmes populaires pour orchestre (1958–1959), en 3 parties: Le Nid à cousins, La Danse des Farfadets (commandes de l’ORTF, éditées à la Sofirad), Pour la fête du Printemps (ORTF, Paul Bonneau), et de la musique légère (éditions Salvet) enregistrée sur disques (Emi, Barclay).

Par la suite, une fois retraité et installé sur la Côte d’Azur où il s’adonne à ses passions de toujours: le golf et le bridge, René Maillard, après une interruption de plus de quarante ans, revient à la composition au début des années 2000, sur les conseils de Nicolas Bacri. C’est ainsi qu’il produit une Sonate n°2 pour alto et piano pour le duo Arnaud Thorette et Johan Farjot, une Petite Suite pour deux contrebasses, un Quatuor à cordes créé le 2 février 2005 par l’Ensemble Syntonia, et procède au remaniement de son Trio à cordes à la demande du Trio des Solistes de Cannes (Berthilde Dufour, Eszter Biro, Philippe Cauchefer), qui le crée le 21 février 2005 au Théâtre des Variétés de Monaco. Fin 2003, Nicolas Bacri lui demande de rejoindre l’association de compositeurs qu’il vient de fonder: Cantus Formus. C’est au cours d’un des concerts de ce groupe, donné au Grand Auditorium du CRR de Paris, qu’est créée, le 13 octobre 2004, sa Sonate n° 2 pour alto et piano. Depuis, le goût pour la composition n’a pas cessé de l’habiter et c’est avec bonheur qu’on lui doit plusieurs opus supplémentaires avec trois pages pour orgue: une Sonate (2007) une Toccata (2008) et une Hymne à Saint Denis (2010), trois pièces de musique de chambre: un Nocturne pour violoncelle et piano (2005), une Sonate en duo pour violons (2005, disque Triton) et un Prélude, aria et fugue pour violoncelle et orgue (2007), deux pages pour piano seul: une Toccata (2009) et des Poèmes (2010), des oeuvres pour la voix: Cinq mélodies sur des poèmes érotiques de Jean-Marc Stricker (2006, créées en avril 2006 à la Péniche Opéra) et Fébrilité, cycle de trois mélodies sur des poèmes de Dominique Pagnier (2008), ainsi qu’une cantate pour mezzosoprano, choeur et orchestre, sur un poème de Monique Charles, d’après l’histoire vraie de Kyoko Hama, intitulée: Survivre après Hiroshima (2006–2007). Celleci, sous-titrée “Un message d’espoir”, véritable hymne à la vie et chant d’espoir, est une oeuvre marquante et profondément humaine, dans laquelle sont rassemblées toutes les qualités du compositeur: sensibilité, clarté dans le discours, richesse de la palette orchestrale, écriture intemporelle, classique mais riche en idées nouvelles. On y voit là la continuité de la tradition musicale française des d’Indy, Dukas, Ravel et autre Florent Schmitt. Les oeuvres éditées le sont chez Le Chant du Monde et Delatour France.

Denis Havard de la Montagne

 

Survivre après Hiroshima: Un message d’espoir

La cantate narre l’histoire poignante de Kyoko Hama, âgée de 20 ans en 1945 fuyant Osaka et la destruction de ses bâtiments pour aller se réfugier chez des parents à Hiroshima. Elle n’échappera pas à l’atrocité causée par l’explosion de la première bombe atomique ne devant la vie sauve qu’à l’abri précaire qui la protégera de la pluie mortelle. Hymne à la vie, cette cantate est un chant d’espoir: survivre contre la haine et la guerre dans le monde des hommes enfin réunis. Kyoko vit à Osaka où sa fille enseigne la philosophie. Elle-même donne actuellement des conférences sur son passé, conférences qui ont fait l’objet d’articles élogieux dans la grande presse japonaise.

Concerto Grosso pour quintette à vents et orchestre à cordes

Respectant la tradition, le Concerto Grosso adopte une forme orchestrale divisée en deux groupes: d’un côté les solistes ou « Concertino », de l’autre la masse orchestrale « Ripieno » ou « Grosso ». Au cours des 1ers et 3èmes mouvements le groupe soliste sera en dialogue constant avec l’orchestre à cordes. Au 2ème mouvement: Tema con Variazioni, les interventions individuelles vont s’échelonner, chaque soliste rivalisant de brio jusqu’au « bouquet final » en traits fulgurants de la 5ème variation. L’oeuvre s’achève par un mouvement rapide dont les thèmes sont des projections de ceux déjà exposés précédemment amenant une conclusion Majestueuse en forme d’hymne.

Concerto da Camera N° 2 pour orchestre à cordes

Le Concerto da Camera N° 2 se présente comme un divertimento de forme classique laissant une large place aux solistes de l’orchestre. Après l’exposé des thèmes principaux, ceux-ci auront pour rôle de présenter tour à tour des thèmes secondaires souvent inspirés du folklore ensuite repris par l’ensemble de l’orchestre; le dernier mouvement commence par une fugue au rythme incisif et s’achève par un rappel des thèmes principaux avec l’adjonction d’une trompette ad libitum. Création au Festival d’Aix-en-Provence 1960 direction: Serge Baudo.


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